Pour un code de l'enfance au bénéfice de la société
Claude Goasguen et JP Rosenczveig
Mai 2010
La délinquance juvénile est une réalité incontestable.
On peut diverger sur son ampleur ; on ne peut pas nier qu'elle existe à
un niveau supérieur à ce qu'elle était il y a un demi-siècle
même si l'on peut s'accorder sur un reflux depuis quelques années.
La violence qu'elle peut prendre est une préoccupation majeure même
si elle est à l'image d'une société où certains
tabous s'estompent.
Certes des adaptations juridiques du droit pénal des enfants peuvent
s'imposer demain comme déjà dans le passé nombreux ont
été introduites. Il nous faut ici veiller à ce que notre
système reste conformer aux normes internationales auxquelles notre pays
a souscrit et aux termes fixés par le Conseil constitutionnel lui-même
en aout 2002. Mais il est difficile d'imaginer que par un discours incantatoire
et dénonciateur ou même une simple réforme du droit pénal
on puisse éradiquer ce processus et, tout simplement, combattre la récidive.
La stratégie à suivre pour cantonner le nombre d' "enfants
en conflit avec la loi ", éviter que des enfants ne deviennent délinquants,
veiller à ce que ceux qui le soit un jour ne le demeurent pas , suppose
une politique ambitieuse. En d'autres termes poser des interdits et en sanctionner
la violation, n a jamais suffit et suffira encore moins demain s'agissant d'une
délinquance qui par-delà la crise d'adolescence trahit de la part
de trop de jeunes une non-inscription sociale, un refus d'une autorité
qui n'apparaît pas légitime.
La délinquance des enfants a des causes qui certes ne sauraient justifier
des passages à l'acte parfois nombreux et tout simplement condamnables
de la part de quelques jeunes personnes qualifiés de réitérants.
Pour autant nous gagnerions tous à tirer les conséquences des
observations qui expliquent communément ces passages à l'acte.
Il est possible de mieux renforcer la prévention de la primo-délinquance
et de combattre la récidive
Ainsi , plus que jamais il nous faut créer les conditions d'un meilleur
accueil possible des enfants et créer un environnement favorable au développement
du jeune enfant. Les responsabilités sur l'enfant doivent être
nettement identifiées, un appui public doit être apporté
très tôt aux familles dans et par-delà les allocations familiales.
La France se doit de retrouver une forte et réelle politique familiale
qui au final ait pour objectif de veiller à garantir à tout enfant
d'être élevé et éduquer par sa famille. L'enfant
qui bénéficie de la protection de sa famille acquiert le sens
du respect de la loi et intègre l 'enjeu de l'autorité
Il nous faut encore veiller à réunir les conditions de vie matérielles
décentes qui permettent aux enfants de France de se développer
harmonieusement et de s'inscrire complètement dans la société.
Plus qu'un code de justice pénale pour les mineurs c'est bien d'un code
de l'enfance dont nous avons besoin qui parte de l'observation désormais
partagée que l'enfant dès sa naissance est une personne c'est-à-dire
un être de chair et de sang, doué d'une sensibilité et d'une
conscience.
Il a des droits fondamentaux comme celui de s'inscrire dans une famille et une
histoire et d'être élevé par ses parents ou par des adultes
appelés à devenir ses parents. Ceux là exercent ses droits
patrimoniaux et extrapatrimoniaux et veille à sa protection et à
son éducation. Petit à petit, et notre droit le fait déjà
, l'enfant va devenir l'acteur de ses propres droits jusqu'à acquérir
à sa majorité la pleine capacité civile, civiques et politiques.
Droit à une famille, droit à une identité, droit à
une autorité parentale, droit à l'éducation, droit à
l'accès aux soins, droit aux loisirs, droit au logement,
.
Contrairement à une tendance qui s'esquisse in'y a pas d'un côté
l'enfant qui a des droits, notamment celui d'être protégé
et de l'autre le mineur qui doit rendre des comptes sur ces actes. Comme tout
individu l'enfant c'est-à-dire la personne de moins de 18 ans a des droits
et des devoirs. S'il viole la loi il s'expose au regarde de l'actr commis, des
conditions de sa survenance et à la hauteur de sa personnalité
à devoir engager sa responsabilité pénale, civile, disciplinaire
et morale.
A la montée en puissance de l'exercice de la responsabilité civile
de la naissance à son 18° anniversaire doit répondre la montée
en puissance de la responsabilité pénale. IL ne s'agit pas d'abaisser
l'âge de la majorité pénale mais d'être cohérent
dans le statut de l'enfance
D'ores et déjà à travers une foultitude de textes l'enfant
s' "est vu reconnaitre des droits et des devoirs Il peut même exercer
certains de ses droits come d'accomplir les actes de la vie courante , de consentir
à son adoption à 13ans ou d'être entendu en justice dans
toutes les matières le concernant. Il peut même saisir un juge
pour être protégé ou porter plainte. En plein et en creux
il existe déjà un statut de l'enfance que vient conforter la Convention
internationale sur les droits de l'enfant ratifiée parla France en août
1990 qui a pleinement intégré notre droit.
En rassemblant tous ces textes partiels dans un même et seul code on peut
conforter ce statut fait aux enfants dont notre pays n'a pas à rougir.
Ses droits et ses devoirs seront explicites
Le volet responsabilité trouvera alors toute sa place dans ce code. La
responsabilité des l'enfant sur les actes qu'il pose, mais encore la
responsabilité des personnes physiques (parents et autres adultes de
référence) ou morales, publiques (Etats et collectivités
locales) ou privées (associations) sur l'enfant, bénévoles
et professionnels en veillant à l'articulation de leurs interventions.
Implicitement il faudra y cerner ce qui relève de la sphère privée
et de ce relève de la sphère publique tant il est vrai que l'enfant
n'est pas objet d'appropriation familiale.
Ce code sera légitimé part le fait que la société
fait sa place à l'enfant : " De tes droits découlent tes
devoirs ! " pourra-t-on affirmer sachant qu'il est des droits qui ne sont
gagés par aucun devoir comme le droit d'être respecté dans
son intimité physique.
De cette démarche pourrait résulter un nouveau souffle donné
à une politique de l'enfance comme le code de l'éducation a contribué
à doner une cohérence aux efforts développés par
la puissance publique française dans ce champ.
Un pays come la France ne peut pas se positionner en défense contre ses
enfants comme s'il hérissait des barrières à travers des
interdits et des sanctions contre ses enfants. Il ne doit pas faiblir quand
une sanction s'impose mais il doit d'abord avoir le souci de faire leur place
à ses enfants. Il sera d'autant plus légitime à sanctionner
des dérapages qu'il aura créé les conditions de l'insertion
sociale. La société en sera au final la bénéficiaire
de cette démarche d'intelligence et de bon sens.
Un code ne saurait à lui seul résumer une politique mais il peut
en être l'ossature. Il faudra tant au plan national et au plan national
veiller à développer les politiques sectorielles qui réduiront
le nombre d'enfants laissés à eux-mêmes, en souffrance ou
sans encadrement. Cela supposera aussi de continuer à consentir l'effort
humain et financier en faveur des enfants les plus en situation fragile. Cela
implique des temps et des lieux d'évaluation des politiques de l'enfance.
Cela suppose enfin d'identifier des pouvoirs (ministre de l'enfance, délégation
parlementaire à l'enfance, conseils généraux et municipalités)
et des contrepouvoir (Défenseur des enfants et ONG).
La société au final n'en sera que mieux protégée.
Nous avons là l'opportunité une nouvelle fois de tracer une voie
que d'autres pays pourraient suivre
Cela suppose de quitter la posture de crispation et de jugement moral aujourd'hui
trop souvent adoptée.
Cela suppose d'avoir du souffle et de s'inscrire délibérément
dans la durée.
Cela implique dès lors une démarche de consensus sur laquelle
notre pays sait et peut tomber d'accord s'agissant de grandes causes nationale
et l'enfance et la paix sociale en sont.
Au proche de code de justice pénale pour l es mineur osons substituer
un code de l'enfance.
Auron- nous collectivement ce courage réaliste
dans notre propre
intérêt?
C'est l'appel que nous lançons à l'orée de ce XXI°
siècle.