Avec la disparition de Françoise DOLTO, la cause des enfants perd son avocat

 

avril 1988

Edito Lettre IDEF

            Françoise DOLTO disparaît au moment où sa pratique et sa réflexion l'amenaient à un engagement public et militant en faveur des droits des enfants. La Maison verte était l'expression de sa démarche dont le sens prenait désormais toute son ampleur, accessible également aux non professionnels.

            De l'enfant confronté à la séparation de ses parents, à l'univers scolaire, à la drogue ou encore à l'enfermement, la psychanalyste était devenue l'avocat engagé n'hésitant pas à promouvoir d'autres règles du jeu social -dépassant ainsi de strictes attitudes individuelles - prônant ainsi un autre statut civil, familial et social de l'enfance.

            les chemins de Françoise DOLTO et de l'IDEF s'étaient croisés. Ainsi l'an dernier, en apportant son soutien actif aux magistrats, avocats et éducateurs qui demandaient la suppression de la prison pour les jeunes de moins de 16 ans, elle a notablement contribué à faire voter quelques semaines plus tard une réforme préconisée depuis quelques vingt ans par plusieurs rapports officiels, mais que les pouvoirs publics renvoyaient toujours à un lendemain moins sécuritaire. Ce texte qualifié finalement de "petite révolution" par le Garde des Sceaux lui-même entrera en application en mars 1989.

            Nul doute aujourd'hui que ses dernières réflexions sur la majorité civile n'enrichissent le débat en cours sur le statut de l'enfance.

            Avocat des enfants, Françoise DOLTO l'était certes parce que dans les situations qu'elle rencontrait, elle savait restituer à l'enfant sa parole et son sens. Echappant à la démagogie fréquente dans ce domaine, elle était un peu leur porte-voix, avec le souci de rappeler aux adultes la différence

            Avocat, Françoise. DOLTO était d'abord soucieuse comme professionnelle d'aider les individus- parents et enfants- à dépasser leur douleur.Son article dans la Lettre de l'IDEF d'avril 1987 sur l'accueil d'un enfant handicapé en est un exemple. Elle devait faire progresser en général la cause des enfants en permettant à chacun, enfant comme adulte, de trouver sa place dans le respect de l'autre, au sein de l'univers familial et social.

            Françoise DOLTO n'est plus. L'impact de ses idées est cependant loin d'être épuisé, en cette veille de la commémoration de la Déclaration de Droits de l'Homme et de l'adoption par l'ONU de la Convention Internationale des Droits de l'enfant.

J.P. ROSENCZVEIG
Magistrat, Directeur


Cliquez ici pour imprimer cette page
Reproduction des textes de ce site autorisée si accompagné de la mention "diffusé sur le site web de JPR : http://www.rosenczveig.com/"