Lordonnance du 2 février 1945 sur la jeunesse délinquante une nouvelle fois en question
Note aux parlementaires
Jean Pierre Rosenczveig,
président du tribunal pour enfants de Bobigny
président de l'ANCE
15 janvier 1998
AVERTISSEMENT : Ce texte destiné aux parlementaures date déjà de trois ans etdemi. Il est pourtant d'une grande actualité. Je le livre tel que. Dans le même temps il est en cours d'actualisation sur les données factuelles pour alimenter le débat qui s'emballe dans les premières batailles de la campagne électorale.
P l a n : Six questions - et bien d'autres -en attente de reponses
1° L'ordonnance du 2 février 1945, un texte obsolète ?
2° La réponse judiciaire n(est-elle pas devenue laxiste ou incpable derepondre aux besoins de protectionde despersones etdes biens ?
3° Les juges d'instrcution et le sjuges des enfanst armés de leur seule bonne volonté ne sont-ilspas les mùains nues devant des jeunes délinquants multirécidivistes?
4° Existe-t-il une prison propre et efficace?
5° Dans ces conditions les juridictions ne sont-elles pas démunies pour répondre à la délinquanc e juvénile moderne?
6° La PJJ peut-elle être l'instrument d'une réponse judiciaire moderne ?
01 Depuis quelques années la question dune réforme fondamentale de lordonnance du 2 février 1945 relative à lenfance délinquante est récurrente. Le premier Ministre L. Jospin na donc pas détonné le 25 octobre 1997 en annonçant lors du colloque Des villes sures pour des citoyens libres réunis Villepinte la mise en place dune mission interministérielle animée par deux députés avec pour objectif dévaluer le dispositif public actuellement en vigueur bâti autour de lordonnance de 1945 (et proposer) au gouvernement les adaptations nécessaires [1]
La veille, J.P. Chevénement, Ministre de lIntérieur, après bien dautres politiques comme C. Pasqua, J.L. Debré, et auparavant G. Deferre et même des professionnels de lenfance, avait repris publiquement linterrogation avec bien évidemment une réponse convenue : lévolution de la société et de la délinquance juvénile impose de réformer un texte qui date de lutopie de la Libération. A période différente, réponse différente ! La police et la justice seraient aujourdhui désarmées face à la montée et à laggravation de la délinquance des jeunes.
02 Les arguments avancés à lappui de cette assertion ne manquent pas.
Un texte dont le laxisme ne serait plus dépoque
Lordonnance du 2 février 1945 privilégie léducation sur la répression, sous-entendu, elle ne permettrait pas les réponses fermes quimpose la toute-puissance ou la récidive de certains jeunes, notamment ceux âgés de moins de 16 ans. En dautres termes, sil faut modifier lordonnance du 2 février 1945, cest bien pour veiller à ce que les jeunes qui troublent lordre public - évalués par les maires concernés à 10 à 20 dans certaines cités ou quartiers - soient éloignés de leur terrain de prédilection, coupés de leurs racines, dun monde qui a ses jeux de pouvoir, ses lois sociales et économiques en marge des nôtres.
Et les tenants de la réforme dajouter que ce nest certainement pas par la prison quil faut répondre à cette délinquance des plus jeunes car nul nignore quelle est criminogène ! Il faut donc retrouver des lieux éducatifs dans lesquels les moyens matériels et humains seront réunis pour rééduquer avec autorité, mais sans violence excessive, des jeunes profondément différents de ceux de limmédiat après Lexpression maison de correction fait peur; alors on parle de centres éducatifs fermés ou de formules intermédiaires pour ne pas parler de " maisons closes ".
Une nouvelle délinquance juvénile
Car, et cest là une donnée essentielle sur laquelle chacun saccorde, la délinquance juvénile a non seulement considérablement cru mais sest sensiblement transformée.
On relève déjà une explosion relative de la délinquance juvénile. On évalue désormais la délinquance des jeunes à quelques 17 % de la délinquance générale (soit une augmentation de 1 à 2 points ces dernières années). Dans certains départements, de source policier, il est avancé que souvent un acte sur trois de la délinquance de voie publique serait commis par des mineurs. Pour le ministère de lIntérieur la délinquance juvénile aurait doublé de 1986 à 1996. [2]
On nentrera pas ici dans le débat de savoir si, comme sagissant de la maltraitance à enfant, il y a augmentation des faits à due proportion ou plus grande efficacité policier dés lors que le parquet est plus présent auprès des enquêteurs. Plus de fièvre ou un meilleur thermomètre. Dévidence, les deux.
Dans un pays qui na pas de tradition de collectes et danalyses fiables de données sociales, on est encore dans linterrogation et donc dans la subjectivité. [3] Ainsi dans les statistiques on parle de mises en cause, mais on ne comptabilise pas les jeunes délinquants, car le même jeune commet souvent plusieurs faits !
On exagère en mettant toute la délinquance urbaine sur les seuls mineurs comme si les jeunes majeurs ne prenaient pas une part non négligeable dans linsécurité quotidienne. Par-delà ces remarques et nuances retenons quand même laugmentation sensible des passages à lacte de toute nature dont des enfants plus jeunes, voire de très jeunes enfants, sont aujourdhui les auteurs.
Plus de faits, des actes plus graves et commis par des jeunes de plus en plus jeunes : voilà bien les trois caractéristiques modernes et nouvelles de la délinquance juvénile urbaine.
Surtout, le sens de cette délinquance a considérablement mué
Grosso modo dans les années de la reconstruction du pays suite à la Deuxième Guerre Mondiale, puis dans la période des "Trente Glorieuses" qui lui a succédé, il sagissait alors de juguler la crise dadolescence et de combattre les phénomènes de bandes. Aujourdhui, beaucoup enfants vivent dans un autre univers et sont en rupture dintégration sociale, trés tôt privés de cadres éducatifs. Les attaques de bus, les agressions de policiers ou denseignants et autres actes de violences urbaines, ou incivilités quotidiennes, les meurtres ou viols gratuits et les autres actes de violences, souvent répétés par des jeunes qui exaspèrent la population et appellent les pouvoirs publics à des réponses fermes.
On est confronté, dés avant ladolescence, à des enfants et des jeunes qui ont souvent poussés seuls, orphelins de père et de mère, hors toute autorité parentale ou dadultes, sans père mais sous lautorité de leurs pairs ajoute Alain Bruel, président du Tribunal pour enfants de Paris [4] . Fréquemment - mais pas toujours - issus de limmigration nord-africaine ou africaine, ils se trouvent enfermés dans la culture de quartier, membre dune "tribu" toujours prête à en découdre avec les autres quartiers de la ville. Ils nhésitent pas, de plus en plus jeunes, à passer à lacte hors tout processus de culpabilisation.
Privés de protection parentale,
ils se sont trouvés des "parrains"
On ne peut pas dire quils sont sans repères car ils ont leur règles du jeu qui ne sont pas celles de limmense majorité du pays. Ils sidentifient, à défaut dautre chose, le plus souvent à un quartier quand ce nest pas à une origine ethnique (ex. : Les Blacks). Les jeunes dun quartier peuvent ainsi décider dinterdire tel territoire ou sa traversée pour aller dans un autre quartier, à ceux venus de lautre bout de la ville ou sattaquer à ceux qui ne sont pas de la même négritude (les Africains contre les Antillais ou "les Français" !). Malheur par exemple à celui qui ose même porter loeil sur lun deux : ' Il ma manqué ! sous-entendu, Il ma manqué de respect.!
Il faut aussi intégrer que parmi ces jeunes, nombre naviguent à la lisière de la maladie mentale et ont dans leur environnement familial proche des pathologies sérieuses. Ceux-là refusent généralement tout traitement.
Ainsi, indéniablement nous sommes aujourdhui à un carrefour : pour beaucoup, la démarche sécuritaire qui a émergé crément dans les années 1975 devrait aujourdhui lemporter; le temps du laxisme éducatif serait révolu. Il faudrait désormais passer à loffensive contre une délinquance juvénile expression dun refus collectif des termes de lordre public républicain. Le mot dordre est à la fermeté. Pourquoi une nouvelle fois ne pas sinspirer du modèle américain qui prône désormais la "délinquance zéro " [5]
Au coeur de lapproche des journées de Villepinte, on trouve bien lidée que la justice sociale justifie lapproche sécuritaire [6] . Les plus modestes, ceux qui vivent dans ces cités difficiles, ont autant droit à la sécurité que les beaux quartiers. Chacun devrait lentendre avec les mesures qui en découlent quand un certain extrémisme politique se nourrit de la petite délinquance quotidienne, des incivilités, du racisme et de la xénophobie.
Ceux qui, sans pour autant nier une aggravation de la situation et la nécessité de garantir protection à chacun, tentent de garder la mesure de ces phénomènes pour éviter des dérapages dangereux, sont taxés dappartenir à la "gauche caviar prétendument attachée au mythe éducatif de la Libération qui naurait aucune idée de ce que vivent certaines populations défavorisées dans les quartiers chaud de nos banlieues [7] .
Lopposition entre les deux approches nest-elle pas en grande partie artificielle ? Comme si jusquici langélisme lavait emporté! Comme si la réponse répressive résoudrait à elle seule à court mais également à moyen terme les difficultés.
Personne ne conteste quil faille réagir à toutes les formes de violence, mais à quel prix et avec quelle efficacité réelle é Lenfermement a ses limites. Sa forme et ses modalités sont loin dêtre eux-mêmes neutres. Ainsi le Ministre de lintérieur ne veut pas entendre parler de maisons de correction et conteste même avoir utilisé lexpression [8] . Dont acte. Parlant des multirécidivistes J. P. Chevènement a même rejoint E. Guigou, Garde des Sceaux quelques jours après le "pavé dans la mare" de Villepinte en affirmant " Je suis hostile à la prison et il faut trouver des formules adaptées ".
03 Bien évidemment sur une question aussi complexe il est des contrevérités et des simplifications auxquelles il faut faire .... justice. Il ne sagit pas dopposer des contre-arguments à un argumentaire et de refuser de prendre en compte le problème posé. Bien au contraire, on aura le souci de montrer que la réponse recherchée - la lutte contre les sentiments dimpunité et dinsécurité, la réduction de la délinquance juvénile, la protection de lordre social dans le respect des valeurs communes - est possible à un autre prix que celui qui nous est de plus en plus explicitement avancé et dans la prise en compte de lindividualité des jeunes concernés.
Encore ne faudra-il jamais omettre que police et justice ne peuvent supporter seules tout le poids de la réponse sociale. En attendant, un mieux être social général lié à un redémarrage économique, la politique de la ville aujourdhui en stand-by, pour ne pas dire quelle nest purement et simplement en panne, devrait tenir toute sa place. Mieux, au risque de dérouter au moins dans un premier temps, il faut affirmer que les stratégies publiques trouveront leurs limites sans une mobilisation de lensemble des habitants afin de refuser certains comportements asociaux. Sans tomber dans les processus dautodéfense, cest bien à léchelle du quartier, voire de la cage descalier, que des diagnostics [9] doivent être portés, des stratégies de revitalisation sociales développées voire des attitudes citoyennes observées
En dautres termes, il est évident que le souci permanent de réformer la loi trahit bien un sentiment dinsatisfaction de la réponse institutionnelle . On ne peut pas imaginer faire léconomie de répondre aux critiques développées pour mieux cerner les évolutions toujours possibles, soit dans lécriture des règles du jeu, soit dans leurs mises en oeuvre.
On peut même affirmer que lenjeu est bien aujourdhui , par-delà le rappel à la loi par la punition, de réunir les moyens réellement éducatifs qui font trop souvent défaut à la justice des mineurs et surtout de sattacher aux facteurs déclenchant de cette délinquance.
Un travail social éducatif simpose plus que jamais [10] qui doit avoir pour objectif de remobiliser les parents et parfois de pallier leur irréductible carence.
Changer la loi nest pas la priorité. Encore faut-il le démontrer. Pour faciliter lexercice on reprendra successivement chacune des étapes du raisonnement.
I - Lordonnance du 2 février 1945, un texte techniquement obsolète
Voilà lexemple même dune approche simplificatrice. Trois éléments de contre-réponses peuvent ici être apportés
1 - Un texte régulièrement réécrit.
04 Depuis 1945 de nombreuses adaptations [11] sont intervenues pour répondre aux besoins nouveaux en prenant en compte les suggestions des professionnels qui, à lexpérience, émergeaient. La dernière date du 1er juillet 1996 et a été conduite par M. J. Toubon, Garde des Sceaux de M.
Juppé. Bien évidemment, dautres améliorations sont encore en carton et pourraient être introduites.
2° Un texte performant si on veut bien lutiliser
05 A-t-on bien relevé que les initiatives développées dans les juridictions ces dernières années pour répondre à lattente sociale devant laggravation de la délinquance juvénile, intervenir le plus tôt possible à légard des primo-délinquants, mobiliser les parents, etc. se sont appuyées sur le texte existant Les magistrats - et dabord les parquetiers confrontés en première ligne aux exigences dordre public - nont pas attendu un changement de loi pour réagir avec une efficacité tellement reconnue que la démarche est désormais modélisée par les services de la Chancellerie.
Et cest bien a posteriori, que le législateur est venu une nouvelle fois légitimer ces avancées (la médiation pénale, la convocation par Officier de Police Judiciaire devant le délégué du procureur ou un juge des enfants, etc.), afin de les rendre plus explicites et les généraliser.
Ces pratiques innovantes se sont développées dabord avec des magistrats et fonctionnaires de greffe motivés, ayant la capacité de concevoir et danimer un autre fonctionnement judiciaire, de réunir les moyens humains et méthodologiques nécessaires.
Cela a notamment été le cas pour " le travail en temps réel - le parquet suit les affaires traitées par la police dans le temps de leur déroulement - et surtout le traitement autonome du parquet - sous-entendu autonome par rapport aux juges des enfants alors réputés peu sensibles à la pression sociale sur la délinquance juvénile-!
3° et surtout, elle ninterdit pas lincarcération des mineurs
06 Cest une méconnaissance des textes que dappeler à une modification de lordonnance du 2 février 1945 pour garantir une plus grande certitude de répression. On dénonce notamment limpossibilité dincarcérer les très jeunes ou, à tout le moins, de les contraindre à demeurer hors de leur quartier.
On sait en effet que depuis 1989 - lincarcération provisoire est impossible en tous cas pour les moins de 13 ans même criminels et pour les auteurs de délits simples qui nont pas encore 16 ans. On voulait alors réagir à la flambée dincarcération provisoire contre les moins de 16 ans [12] . Petite révolution affirma A. Chalandon, le Garde des Sceaux (RPR) dalors. En revanche que la condamnation à une peine de prison est toujours possible dés 13 ans.
07 Mais cest le code de procédure pénale (art. 144 à 150) quil faut interroger dans ses dispositions sur la détention provisoire et les peines encourues par les mineurs, mais pas lordonnance du 2 février 1945 qui ninterdit nullement le mandat de dépôt. Son célébrer article 2 qui définit la philosophie applicable, recommande seulement au juge de privilégier les mesures éducatives sur les mesures répressives, mais rien ninterdit de recourir à lincarcération, au cas par cas et quand les démarches éducatives engagées au bénéfice dun enfant auront épuisées leur effet.
Article 2 de lordonnance du 2 février 1945 : Le tribunal pour enfants et la cour dassises des mineurs prononceront des mesures de protection, dassistance, de surveillance et déducation qui sembleront appropriées.
Ils pourront, cependant, lorsque les circonstances et la personnalité du délinquant leur paraîtront lexiger, prononcer à légard du mineur âgé de plus de treize ans une condamnation pénale conformément aux dispositions des articles 20-2 à 20-5.
Le tribunal pour enfants ne peut prononcer une peine demprisonnement, avec ou sans sursis, quaprès avoir spécialement motivé le choix de cette peine .
08 Dans les années 70-80, les tribunaux ne se sont pas privés duser de cette facilité au point doublier souvent que lincarcération même avec sursis devait rester exceptionnelle. Cest tellement vrai quil a donc fallu que le législateur interdise carrément de recourir à lincarcération avant 16 ans pour les faits les moins graves et, en tout état de cause, avant 13 ans pour les crimes. [13]
09 Lordonnance du 2 février 1945 ne mérite donc pas le procès qui lui est fait. Elle reste adaptée au point où nombre de juges sagissant des jeunes délinquants de plus de 16 ans travaillent uniquement sur la base de ce texte et ferment désormais le dossier dassistance éducative souvent ouvert en parallèle au titre de lenfance en danger. Dés lors il dommage que des républicains sincères tombent dans le panneau et songent à sattaquer à lun des pans juridiques les plus novateurs du droit pénal français qui a inspiré le droit des majeurs moderne avec le souci dune réelle efficacité sociale de la France, et ce dans le respect de notre tradition des droits de lhomme.
Aujourdhui, faute dutopie, on naurait pas le courage politique dadopter un tel texte. Pour autant faut-il le mettre à la trappe par ignorance ? Lapproche sécuritaire est certes légitime, mais elle appelle dautres réponses.
II - La réponse judiciaire nest-elle pas alors devenue laxiste ou, à tout le moins, répond-t-elle aux besoins de protection des personnes et des biens ?
Telle est bien la vraie critique.
10 On les arrête et les juges des enfants les relâchent de telle sorte ils reviennent chez eux avant nous. Quand on ne nous demande pas de les raccompagner! etc. Que de fois a-t-on entendu cet argument, y compris de la part de commissaires de police, cadres A de la fonction publique dEtat, parfaitement informés de la réalité des faits et de la production judiciaire.
Répété en boucle devant des publics peu ou pas informés et fonctionnant au sentiment, le propos simplificateur a de quoi cristalliser un profond sentiment de déphasage entre la justice et les citoyens. Au point où finalement les juges seraient les responsables de linsécurité ! Il ny a pas loin ensuite pour justifier toutes les attitudes dautodéfense et autres violences, y compris des porteurs de la loi républicaine qui, eux, ne sont pas cadres "A".
11 Là encore, cet argument ne convainc que ceux qui le sont déjà. Il suffit de reprendre les données statistiques des dernières années pour voir que le recours à lincarcération pour les moins de 18 ans est une forte réalité [14] . A Bobigny, on a doublé en deux ans les mandats de dépôt contre les mineurs [15] . Ils ont quadruplé en 5 ans sur lensemble de la région parisienne, et encore par deux de 1996 à 1997. Les quartiers des mineurs sont plut»t en sureffectif que désertés.
Les parquets à lancienne ....
Il est tout aussi choquant de laisser à penser que la justice libère systématiquement les jeunes qui lui sont présentés sans prendre la moindre mesure sous prétexte quils ne sont pas incarcérés.
Au contraire, labsence ponctuelle dincarcération ne signifie pas quil ne se passe rien au tribunal : indemnisation immédiate des victimes, mesure de réparation, mise en liberté surveillée, contrôle judiciaire, non-retour dans le quartier par une prise en charge familiale ou institutionnelle, on dispose de nombreuses formules dintervention, sans compter que lheure du jugement définitif viendra qui pourra voir une peine ferme prononcée.
En Seine Saint-Denis [16] , il nest guère de mineurs présentés pour infraction avec arme qui sortent libres du tribunal après leur déférement à un juge des enfants ou à un juge dinstruction.
Conscients des difficultés qui résultent de la circulation de ces contre-vérités les parquets informent désormais les policiers, les enseignants voire les élus des suites données tout état de cause, il est inexact de parler dimpunité des mineurs et daffirmer que les juges sont indifférents devant des infractions graves.
12 Mieux, nombre de juridictions ont désormais une stratégie pour éviter que de très jeunes enfants ne sinscrivent dans la délinquance.
Jusquici on se contentait le plus souvent de décider ... de ne rien faire en pensant que le temps ferait son office (et au final le mariage vers 25-26 ans !) et quéventuellement les parents alertés réagiraient en temps utile. Le parquet avait une arme simple, sinon une ligne simpliste : le classement sans suite de la procédure.
En moyenne nationale, pour ne pas submerger les juges et apaiser les conflits, le parquet classait à 60% les procédures dinfractions contre les biens, mais à 40% les violences contre
les personnes. Plus grave, il sagissait dun classement sec, cest-à-dire sans explications, voire même sans que les intéressés soient prévenus. Tout au plus, la victime était informée si elle demandait des comptes. En vérité, seules les affaires graves ou la répétition des passages à lacte pour le même jeune appelaient à une réponse judiciaire.
On pouvait voir sans peine dans cette attitude une certaine conception de la justice campée sur son piédestal et décidant de ce qui valait dêtre poursuivi sans avoir de comptes à rendre à quiconque au nom dune pseudo-indépendance. On ne doit pas sétonner du fossé qui a pu se creuser avec le corps social et de la défiance dans laquelle elle était tenue par certaines institutions comme la police.
Cependant dans une période récente (1990-92) on vit certains parquets demander aux policiers et aux gendarmes de convoquer les mineurs pour les admonester cest-à-dire de leur donner un avertissement au nom de parquet. La peur du gendarme certes qui se gardait de gratter la situation personnelle ou familiale pour y découvrir les possibilités de réitération ! Point à la ligne. Faut-il ajouter que le fossé entre justice et éducation nationale namenait pas à travailler sur labsentéisme scolaire
14 Les parquets modernes - avec Bobigny pour pilote, et pour cause la situation "séquanodionisiaine " [17] appelait à linnovation !- ont pris délibérément le taureau par les cornes. La montée de la violence dans les établissements
scolaires à feu, sinon à sang dans le début des années 90 et le sentiment que la police passait à c»té de la délinquance des jeunes et que justice fonctionnait à vide [18] ont justifié cette nouvelle stratégie.
Conscients quil ne servait à rien de submerger les juges des enfants de procédure - 300 à 500 par an et par cabinet - au risque de priver fréquemment les jeunes, leurs parents et les victimes dune réponse judiciaire, les Procureurs font maintenant le choix de traiter par eux-mmes ce qui peut ne pas relever dune saisine dun juge des enfants, pour ne laisser à celui-ci que les cas les plus lourds qui supposent réellement un traitement éducatif sérieux inscrit dans le temps.
Grâce au traitement en temps réel, aux débats instaurés sur lopportunité des poursuites et à une capacité dintervention propre, le parquet se donne les moyens de remonter les bretelles aux jeunes délinquants dans le temps de la primo-délinquance, mais surtout de remobiliser les parents dans lexercice de leurs responsabilités et de répondre aux victimes.
15 Une telle politique, qualifiée au mieux dactivisme et au pire de liberticide par ceux qui ignorent le travail engagé par la juridiction auprès du jeune, de ses parents et des victimes, est exigeante en temps et énergie. Il faut plus de personnels [19] . Comme la ligne des postes des magistrats nest pas extensible, il a fallu sappuyer sur un personnel de greffe motivé et faire des choix ou faire preuve dimagination, notamment en inventant les fonctions de Délégué du Procureur de la République rémunéré sur fonds de justice comme enquêteur de personnalité comme les assesseurs du tribunal pour enfants assistent le juge des enfants.
Les Délégués sont devenus les yeux et les bras du Procureur de la République en recevant sur lannée plusieurs milliers de jeunes afin dapprécier leur délinquance, leur itinéraire, leur personnalité, les ressorts familiaux avant que le parquet décide déventuelles poursuites ou des conditions du sursis à poursuites qui sera accordé. [20]
Il a fallu ici braver à un certain corporatisme judiciaire qui, approche classique oblige, tenait ces délégués du procureur pour illégitimes alors que rien ne dit dans le code de procédure pénale comment le parquet doit assumer ses responsabilités ! Ce combat difficile a été gagné.
16 Là où les parquets nont pas su enrichir leurs moyens dintervention et valoriser leurs équipes, il est clair que ce réinvestissement sur la délinquance se traduit par un surcroît de saisines au pénal des juges des enfants plus submergés que jamais, au détriment de lenfance en danger, ce qui nétait pas le but de la manuvre.
17 Alors quen Seine Saint-Denis, on y maintient sciemment dans les cabinets des juges des enfants la proportion dun dossier pénal pour trois ou quatre dassistance éducative. [21] En effet, le parquet ne se contente pas dêtre présent, mais traite lui même les situations délinquantes quil considère les moins graves.
Pour tenter dempêcher quun enfant ne sinscrive dans le processus délinquanciel, le parquet sest attaché à traiter les situations des primo-délinquants que, de toute façon, les juges des enfants nauraient pas abordé, submergés quils étaient par les cas pénaux lourds ou lenfance maltraitée ou en danger. Pour cela, il sest astreint à les recevoir (7 à 8000, cas par an), à décider de sursis à poursuites avec ou sans conditions décidées après audition des intéresses par les Délégués du Procureur avec le souci de remettre les parents, voir les enseignants, dans leurs responsabilités, de faciliter aux jeunes lengagement dans un processus de culpabilisation.
18 Mieux, au pénal comme en assistance éducative, on a présent à lesprit les considérations dordre public mais aussi la prise en compte de lenfant et de la nécessité de le restituer dans ses droits fondamentaux (droit à la sécurité, droit à des parents responsables, droit à léducation, droit à laccès aux soins, etc.).
Bien sûr, il faut encore améliorer ce dispositif notamment en tenant compte des victimes, mais on est déjà surpris des résultats quantitatifs et qualitatifs atteints. Les cas de maintien dans la délinquance de la part de ces jeunes â"primo-délinquants " sont extraordinairement bas : moins de 15 %. Ces " échecs " relèvent dune intervention judiciaire et éducative sérieuse et inscrite dans le temps. Ce sont les cas dont les juges des enfants notamment seront saisis
19 Lun des problèmes techniques posés aux Délégués et aux Procureurs est de bien repérer dans la masse de ceux quils reçoivent et sans perdre de temps, ces jeunes qui, par labsence dexercice de lautorité parentale et de repères sociaux récidiveront. Cette évaluation entre le cas qui mérite et celui qui ne mérite pas une intervention spécialisée nest pas toujours facile. Les difficultés de lexercice et les échecs qui arrêtent plus lattention que les réussites, ne doivent pas remettre en cause la démarche.
20 La mise en place des Groupes de Traitement Locaux de la Délinquance sur des sites ou des quartiers particuliers est une autre des modalités de réponse judiciaire ad hoc. [22] Il sagit dy concentrer de moyens, non pas pour les augmenter en nombre, mais pour en améliorer lefficacité.
21 Ninsistons pas sur le travail de prévention mené à travers les campagnes développées par le Parquet avec le relais de la police et de lEducation nationale dans les établissements scolaires sur le racket ou le recel ou encore la lutte contre le port darmes ou les violences.
22 Il est donc manifestement inexact de dire que la justice est indifférente à la délinquance juvénile. Le parquet a pris à charge une fonction qui nétait pas totalement exercée de rappel de la loi ; les juges des enfants ont de facto été amenés à se concentrer sur les cas plus lourds soulagés quils étaient de situations moins graves. Seuls ceux qui sinscrivaient dans uns stratégie de pouvoir ont eu le sentiment de voire leur fonction dégradée par la nouvelle donne judiciaire et lémergence du parquet nouveau; les autres ont eu le sentiment dêtre plus que jamais inscrits dans lessence de leur fonction : rendre justice aux enfants victimes ou délinquants ! A cet effet, ils doivent être les garants au long terme du droit à léducation des enfants et des jeunes, des droits de la victime et de la société.
Ce nouvel équilibre a quand même interrogé linstitution judiciaire et ses interlocuteurs. Il na pas toujours été compris. On pourrait même démontrer que lon sest attaqué - insuffisamment peut-être - à faire connaître les nouvelles démarches développées. Car il ne suffit pas de faire si on ne fait pas savoir à ceux qui sont concernés ce que lon a fait. Ces efforts ont été menés [23] . Reste que là-encore on ne fait pas entendre raison à ceux qui ont décidé dêtre sourds !
Certaines juridictions au travers dexpériences remarquables et désormais valorisées par le Ministère de la justice ont eu le souci de traiter avec plus defficacité la délinquance juvénile pour répondre au sentiment dinsécurité et dimpunité, mais également dans une approche de protection sociale et de protection de lenfance pour prévenir la cristallisation de situations tellement lourdes quelles deviennent irréversibles. Il fallait aussi miser sur le long terme. La justice sy efforce.
Dans un temps où la crise sociale et économique sest installée, où le différentiel socioculturel saggravaient, cette stratégie aura eu déjà le mérite de limiter les dégâts dune montée de la délinquance juvénile, sans tordre le cou aux grands principes fondateurs de la démocratie française la justice des mineurs a su être conforme à sa tradition dinnovation permanente [24] en inventant récemment une nouvelle méthode dintervention, lexpérimenter, la valider au point de pouvoir tenter de la généraliser.
Elle a su faire pièce aux critiques premières dêtre liberticide. On peut démontrer quau contraire, elle est conforme à la lettre et à lesprit de lordonnance du 2 février 1945 (personnaliser et individualiser la réponse) et même aux termes de la Convention internationale sur les droits de lenfant du 20 novembre 1989 (art. 37 et 40 engageant à privilégier des réponses non juridictionnelles). Faut-il souligner que la France na pas été condamnée à la différences dautres - la Grande Bretagne par exemple - par la Cour de justice européenne é
On na pas encore mesuré tout limpact de cette nouvelle stratégie judiciaire sachant que, seule, elle ne peut pas prétendre éradiquer la délinquance juvénile. [25] Tout au plus peut-elle aspirer la cantonner et ne pas laisser se développer un discrédit de lEtat et de dangereux phénomènes dautodéfense.chaleureux au jeune et gérer son angoisse, évaluer sa situation et le protéger des sollicitations extérieures.
2 de structures qui prennent en charge des jeunes au long terme avec sur projet scolaire soit un projet de formation professionnelle.
Mis à part la prison qui, jusquà présent ne refuse personne, force est de constater que ces équipes susceptibles dhéberger des jeunes avec un projet au long terme (scolarité ou formation professionnelle) sont de moins en moins nombreuses. A léchelle nationale, on les compte sur les doigts de quelques mains. Sans compter que les Conseils généraux qui pourtant pourraient se voir confiés des jeunes sur la base de lordonnance du 2 février 1945 essaient dy échapper sagissant de jeunes de plus de 13 ans au profit de la P.J.J.-Etat.
Qui plus est le seuil de tolérance de certaines structures publiques et privées - on pense aux divers foyers des Apprentis Orphelins dAuteuil - peut être très bas.
26 Et puis disons le tout net, les jeunes dans leurs difficultés actuelles attendent de trouver en face deux des adultes authentiques qui leur inspirent respect; souvent ces hommes quils nont jamais eu comme pères. Or, une génération déducateurs - justement celle issue de lEducation Surveillée de 1945 - est en train de partir vers la retraite laissant la place à des équipes plus jeunes, comptant peu dhommes, formées non pas sur le terrain, mais dans des écoles de travail social, moins aptes à vivre avec des jeunes à problèmes quà analyser et accompagner. Ce nest pas faire injure aux travailleurs sociaux issus des centres de formation que dobserver leurs difficultés à offrir aux jeunes en révolte les adultes quils recherchent [26] .
27 Deuxième observation : ces structures daccueil sur la durée sont aujourdhui essentiellement à gestion privée, ce qui interroge plus que jamais sur la capacité de ladministration de la Protection judiciaire de la jeunesse (P.J.J.), moderne héritière de lEducation Surveillée, à prendre en charge dans sa logique administrative ces jeunes qui appellent à des réponses structurées inscrites dans la durée. La P.J.J. peut au mieux faire des "accueils hôteliers en urgence "
Les enfants et leurs parents nhésitent donc pas à venir solliciter le juge pour une place en internat en début ou cours dannée. [27]
30 Par ailleurs, nous manquons pour les adolescents et jeunes majeurs déquipements éducatifs (internat ou familles daccueil) en nombre, diversifiés, sur lensemble du territoire national.
Et puis, tout simplement, il faut régulièrement faire du sur-mesure pour ces adolescents difficiles quand ils ne sont pas déjà criminels ou multirécidivistes. Trouver le lieu ou la famille ad hoc adapté à tel enfant qui ne le serait pas pour tel autre. Cela suppose du temps, de la souplesse dintervention, une rigueur administrative bien placée.
31 b - Lévolution des méthodes éducatives - en a terminé dans les années 60-70 avec les maisons de correction et autres foyers à hauts murs où le dressage lemportait sur léducation. En 1977, Alain Peyrefitte a fermé Juvénile, survivance ultramoderne type Fleury-Mérogis dun long passé. Faut-il le regretter ? Certainement pas si on prend la référence anglaise et galloise ! Rappelons que la France naura jamais été condamnée par la Cour de Justice européenne.
Toutes les structures éducatives
sont donc aujourdhui ouvertes
32 Il est donc clair que la présence dun jeune dans un établissement relève souvent de la seule conviction : il est convaincu que son intérêt passe par cette prise en charge; les parents auront généralement appuyé cette réponse, le juge aura éventuellement fait miroiter les risques dun refus.
Mais ces lieux ne sont pas clos et il est aisé den partir, pour ne pas dire den fuguer. On est donc surpris quil y ait si peu de fugues ! Ce qui ne signifie pas quil ny en ait pas, ce qui ne veut pas dire que pour certains jeunes qui mériteraient ce type
de réponse parents, éducateurs et juge parviennent toujours à convaincre lintéressé daccepter lorientation préconisée [28] .
Au-delà de 16 ans on peut bien se jouer du contrôle judiciaire en imposant un séjour dans tel lieu sous la sanction de recourir à lincarcération en cas de violation de lordre du juge. Cest donc bien une alternative à lincarcération.
Pour des mineurs de moins de 16 ans, en létat, on dispose de peu de moyens de contrainte juridique, sauf la menace de la à condamnation à une peine de prison intervenir devant le tribunal pour enfants ce quil faut reconnaître est bien peu de chose tant la menace parait lointaine et difficile à mettre en oeuvre
33 Cest ici que se pose la question de lincarcération provisoire en prison ou de laccueil dans des lieux éducatifs fermés qui ne seraient pas la prison ni les maisons de correction de fâcheuse réputation.
En quoi cette question est-elle nouvelle ?
34 Elle nest effectivement pas nouvelle en théorie, mais en pratique force est dobserver que le rajeunissement dune certaine délinquance lié à laggravation des faits commis cristallise plus fréquemment le problème. Jusqualors lorsquil sagissait de vols de ou dans les voitures ou dans les magasins on pouvait se permettre de prendre le risque dune récidive. La délinquance juvénile nest-elle pas par définition une période plus ou moins longue de révolte ? Dans le temps où un jeune commet un acte délictueux, il en commet dautres qui seront ou non connus. Par principe, un jeune délinquant est un récidiviste. Sinon on ne parle pas de la délinquance, mais daccident.
Or désormais cette délinquance recouvre des séquences dagressions verbales ou physiques souvent sérieuses contre les biens et surtout contre les personnes, quand elles ne sont pas gravissimes. Il est clair que la société - et localement le quartier ou lécole - ne peut pas avoir la même tolérance que par le passé. On ne peut plus attendre que jeunesse se passe [29] quand dautres victimes de faits
graves et intolérables sont à la clé.
35 Et on est là au cur du débat : il faut du temps - plusieurs années au mieux - pour remonter 12 à 15 ans dune éducation ratée ou dune vie particulièrement dramatique. On nest pas à Lourdes ! Les miracles nexistent pas à Bobigny ou ailleurs. Et même à Lourdes ou à Lisieux, les juges des enfants locaux ont besoin de donner du temps au temps. Or, il ne saurait plus être question aujourdhui de prendre le risque dune récidive au niveau où se situe la délinquance juvénile moyenne et ceci quel que soit le jeune concerné mme sil est très jeune. Doù la réactualisation de la demande denfermement dés le passage à lacte établi à défaut dun éloignement sérieux et garanti du quartier organisé dans un cadre judiciaire par la famille ou le recours à uns structure daccueil.
Cest ici que se situe la demande dincarcération pour les multirécidivistes mais dans une prison propre ou des lieux éducatifs fermés qui ne soient pas des maisons de correction. Va-t-on rétablir la prison pour les actes délictueux commis par les moins de 16 ans ou ouvrir des lieux éducatifs clos é Disposera-t-on, de suffisamment de structures daccueil au regard des problèmes posés dans un quartier ? Dans laffirmative, lordre public sera-t-il vraiment protégé par cette élimination provisoire du quartier ?
IV - Existe-t-il et peut -il exister une prison propre qui soit efficace ?
36 J. P. Chevènement dans son interview à Libération [30] ne cache pas quil a entendu au Colloque de Villepinte sur "les Villes sûres " que nos prisons pour mineurs ne sont pas correctes. Il le regrette et on lentend rver, quitte à y mettre le prix en moyens humains et matériels, dune prison clean comme dans les pays nordiques. Ce faisant le ministre rejoint une opinion largement partagée.
37 Sur le constat actuel de létat de nos prisons ninsistons pas. Malgré les efforts développés dans les centres modernes, la prison française reste loin et risque culturellement de rester longtemps encore loin des rêves ministériels. [31]
a Améliorer la prison ?
38 Certes on peut songer à introduire des améliorations à lunivers carcéral des jeunes détenus qui, nul ne lignore, en a bien le besoin.
Ainsi, il serait utile de ne plus mélanger les jeunes de moins de 18ans avec les jeunes majeurs de 18-21 ans mme sil est souvent observé que les plus anciens calment les plus jeunes !
Les conditions matérielles de détention peuvent être revues pour, tout simplement, mieux assurer la sécurité physique des jeunes détenus. Les soins pourraient être de meilleure qualité, lencadrement humain complété, un bilan scolaire engagé, etc. Il faut encore facilité le maintien des relations entre le jeune et sa famille et son encadrement éducatif. Des efforts ont déjà été entrepris; beaucoup reste à faire au quotidien. Ce sont de petites unités quil faut créer qui soient véritablement des centres pour mineurs et quil convient dimplanter au plus prés des juridictions qui les alimentent!
Les difficultés rencontrées ces dernières années pour élaborer, par exemple à Villepinte (Seine Saint-Denis), un centre de détention pour mineurs correct malgré la bonne volonté des personnels, éclairent sur la possibilité pour ladministration pénitentiaire daller très loin pour introduire les avancées souhaitées.
39 Pour autant, ces améliorations supposées acquises, cela ne changerait rien au fait quon ne peut guerre attendre de lenfermement quêtre un temps plus ou moins limité de privation de liberté ! Une prison propre restera toujours un lieu non éducatif; un lieu dans lequel on ne peut pas apprendre les responsabilités sociales, mais simplement subir le plus dignement possible sa peine. En attendre autre chose est utopique. A ceux qui prétendent le contraire den faire la démonstration en mettant en exergue les moyens à réunir. On leur souhaite bien du courage !
Par ailleurs, on sait les limites de lincarcération pour éradiquer la délinquance. Quand on connaît le taux de récidive en sortant de prison (54%) on peut affirmer que lincarcération - justifiée pour punir - peut protéger lordre public à court ou moyen terme, mais certainement pas à long terme. Pour reprendre lexpression dA. Peyreffitte dans son célèbre rapport sur la Violence de 1977 : La prison est (bien) lécole du crime , à défaut dy apprendre autre chose !
b De nouveaux lieux éducatifs clos ?
Doù lidée dun lieu fermé qui pour autant ne serait pas une prison car géré par une autre institution que ladministration pénitentiaire et qui serait réservée aux seuls mineurs. Ainsi on parle parfois du retour des maisons de correction tout en indiquant bien quelles ne peuvent pas être à lidentique; dautres rejettent la référence dans la mesure ou elles ne correspondent pas, cest un euphémisme, à la plus belle page décriture des droits de lHomme en France. [32]
On retombe sur largument clé pour résister à ce retour dun passé contestable : limpossibilité dune socialisation dans un monde clos qui secrète ses propres règles du jeu fondées sur la violence des rapports qui na rien à voir avec ce que lon vit dans la démarche éducative au bénéfice de jeunes élevés déjà dans la toute puissance. Un monde clos nest pas et ne peut pas être un lieu naturel dapprentissage des responsabilités. On peut apprendre à marcher dans une pièce mais pas à courir et à maîtriser la rue !
41 En vérité, est ainsi posée la vraie alternative : répression ou éducation ? Il faut choisir au risque de choquer les bonnes conscience qui ne se satisfont pas de ce que des jeunes soient en prison, mais dans le même temps refusent de dégager les moyens pour éviter que le problème ne se pose !
On est donc obliger de choisir entre incarcérer (pour éliminer provisoirement) et éduquer. On ne peut pas avoir les deux dans le même instant, mais répression et éducation peuvent se succéder.
Il est des cas où il faut recourir à lincarcération, y compris à une détention provisoire. Cette détention sera nécessaire ou utile un certain temps, et puis il faudra passer à une autre séquence. Mais punir et éduquer ne jouent pas dans le mme temps. Comme à la maison où le dialogue succède à la gifle ou à la fessée !
Autorité, coercition et violence
43 On confond trop souvent autorité et violence. Comme de nombreux parents qui sestiment délégitimés dés lors quils ne peuvent plus frapper leur enfant à coups de ceinture ou les attacher au radiateur, certains estiment quil ne peut pas y avoir déducation sans contrainte dans les institutions. Dautres, poussant le raisonnement, nhésitent pas à revendiquer cette violence au nom de théories comportementalistes régulièrement déclinées.
44 Or, il existe des structures dans ce pays qui accueillent des jeunes particulièrement durs sans recourir à lenfermement et sans sen laisser conter. Certains créent des conditions objectives pour canaliser la violence ou la révolte des jeunes dans le cadre dun séjour de rupture de quelques mois ou pour une durée plus longue permettant une scolarisation ou une formation professionnelle
Des pistes existent pourtant pour des structures cadrantes
A "Cheval pour Tous " (Vosges), pour faire face à la violence potentielle des jeunes accueillis, on a adopté la stratégie de la force de dissuasion : les éducateurs sont plutôt karatékas ceinture noire troisième dan et si les portes de la propriété sont ouvertes, lévasion appelle objectivement à une route longue et compliquée style " la vache et le prisonnier "! Sans compter que la nuit, des rondes toutes les 20 minutes limitent lavance que certains pourraient prendre. Le séjour dure un an : il commence par un mois à la dure dans les Carpates roumaines o les jeunes trouvent des rapports à la nature et aux hommes qui ne prennent pas pouvant permettre un retour en cours, à lécole ou en la tête et rappellent la ruralité des années 50. Par étapes, ils peuvent parvenir à une rescolarisation individuelle formation professionnelle.
Des démarches d'éducations sans complexes
Au JET-Juniors de la Souchére (Puy de Dôme), des militaires volontaires animent la "base" sous lautorité de lamiral Brac de la Perriére et les conseils techniques de lancien directeur départemental de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Les stages durent trois mois avec une permission de 4 jours au milieu pour les jeunes et les encadrants. On joue de lordre du juge qui peut se transformer en demande dincarcération pour évasion pour ceux qui exécutent ainsi leur fin de peine ou lincident à contrôle judiciaire pour ceux dont les dossiers sont à linstruction. dans ces conditions, la porte de la propriété souvre matériellement sans difficulté et le jeune qui voudrait partir naurait guére de mérites. En si peu de temps, lobjectif nest rien dautre que retrouver un rythme de vie et un minimum dhygiéne de vie permettant de redémarrer avec laide dun service social, dans ou hors le quartier dorigine.
Dans dautres lieux - comme à La Juine (Essonne), les foyers Concorde de Monfermeil (93), les centres de Montaut (64) de Mareuil (17) ou la Belle Etoile Mercury (Annecy), etc. cest dabord lautorité morale du directeur qui, à lancienne , fait le respect. Respecté il lest car respectable il est vécu ! Les séjours peuvent là sinscrire dans la durée : un an, deux ans, etc. voire comme jeune majeur si après la majorité si le jeune le demande comme cela arrive régulièrement.
On sait que le projet initial dUnité Educative à Encadrement Renforcé (U.E.E.R.) - version des ministres Debré et Raoult - développé en 1995 prévoyait des centres matériellement clos. Devant les résistances des professionnels et de bien dautres la version définitive -thèse Toubon - se voulait certes "contenante", mais ouverte. Plus question de â prisons éducatives é !
Moins dune vingtaine de structures [33] , bien moins que prévu faute de financements et de candidats-éducateurs ont été créées à des coûts élevés [34] . Lévaluation de ces premières structures a été engagée afin de vérifier si réellement elles ont été ouvertes aux jeunes dits multirécidivistes et avec quel impact.
Il sera en effet intéressant de voir qui y a été orienté quand au départ on voulait politiquement y orienter - telle était la justification avancée - des multirécidivistes qui polluent les banlieues et non pas obligatoirement les jeunes auteurs dun fait considéré comme grave et ayant justifié une incarcération ) à titre provisoire, donc des jeunes en règle générale âgés de plus de 16 ans.
On sait déjà que ces structures, en concentrant des cas lourds, sur trois mois, sans être au clair sur leur devenir, ont été en grande difficulté. La précipitation de la mise en place du projet du fait de la pression politique, labsence dencadrement sérieux voire même de travailleurs sociaux formés, la pluralité de la commande, etc. nont pas peu contribué aux difficultés rencontrées par les U.E.E.R.
Ces premiers acquis sont conformes à ce que nous prévoyions sans grand mérité. Reste quau fond les U.E.E.R sont une réponse maladroitement mise en musique à un vrai besoin : offrir aux jeunes une prise en charge où des adultes de chair et dos sont présents et en responsabilité permanente auprès deux, pour les cadrer mais aussi pour soccuper deux et les considérer. [35]
On retiendra
- que la loi offre des possibilités de recourir à la prison y compris sous registre de la détention provisoire, sauf pour les mineurs de moins de 16 ans qui ne sont quauteurs de faits délictueux ou de la condamnation. Les multirécidivistes causes dune certaine insécurité peuvent mme être jugés à court délai tant en cabinet quau tribunal pour enfants;
- que les "alternatives " à lincarcération permettant un éloignement du quartier se réduisent comme peau de chagrin.
Ajoutons lessentiel peut-être : la prise en charge nest plus une fin comme dans le passé, mais un moyen. Léloignement dun jeune de son quartier et de sa famille ne peut être quun temps de sa prise en charge éducative. Magistrats et travailleurs sociaux doivent toujours avoir une étape davance. Préparer le retour au moment du départ !
On voit bien combien des accueils échouent faute davoir été au préalable finalisés avec le jeune et ses parents. En dautres termes se doterait-on de la gamme la plus parfaite et la plus complète de structures daccueil quon ne pourrait pas faire léconomie de travailler sur le fond la relation du jeune avec les siens et avec lui-même. Cest ici que se retrouve le besoin dun travail social éducatif.
V - Dans ces conditions les juridictions pour mineurs sont-elles démunies pour répondre à la délinquance juvénile moderne ?
44 Non, en se référant à ce qui a déjà été développé, on voit bien que les juridictions ont des moyens dintervention somme toute performants même sil est vrai quon doit entreprendre un effort conséquent pour compléter et diversifier le dispositif.
Lordonnance du 2 février 1945 et le code de procédure pénale offrent en théorie de quoi construire une réponse judiciaire " sur-mesure " à la nature et à lévolution éventuelle de lattitude délinquante dun jeune. Cela suppose que tous les maillons de la chaîne soient performants et le demeurent.
45 Ainsi informé en temps réel, le parquet mobilisé sur la délinquance des jeunes, dés que lenquête de police est bouclée, pourra évaluer la bonne réponse judiciaire. Il tiendra compte de la gravité objective des faits, du trouble à lordre social et bien évidemment de la personnalité du jeune qui sera ou non déjà connu.
Pour les faits peu graves
Si les faits, sans être dune gravité excessive, méritent une réaction judiciaire certaine, un rendez-vous pourra déjà être donné à quelques jours par le procureur de permanence via un officier de police judiciaire devant le délégué du Procureur. Les parents et la victime seront également convoqués (et généralement présents).
Le procureur de la République, après que le jeune aura été reçu par un délégué, appréciera sil faut le poursuivre notamment dans lhypothèse où il pourra craindre une récidive faute pour les parents de se mobiliser ou du fait de la personnalité du jeune.
Avec ou non le passage chez le délégué, le parquet peut faire délivrer au jeune une convocation à comparaître devant le juge des enfants, non seulement pour être mis en examen et ainsi veiller à ce quau plus tôt une évaluation judiciaire soit faite. Il peut même demander au juge qui nest pas tenu par ses réquisitions de juger le jeune en cabinet. Cette innovation introduite par la loi du 1er juillet 1996 pour répondre déjà aux auteurs de nombreux délits.
10 jours au moins doivent séparer la date de la C.O.P.J. de louverture de la procédure. La condamnation intervenue mme si elle ne peut pas aller au-delà dune mesure éducative (admonestation, remise à parents, placement en liberté surveillée, par exemple) permettra de servir de base à une situation de récidive légale si le jeune concerné ne tirait pas les leçons de son passage devant le juge des enfants.
Pour des faits plus graves
Si les faits apparaissent plus graves ou si la personnalité du jeune semble le justifier le procureur pourra se le faire présenter le jeune dés la clôture de la procédure par la police. On parle de déférement. Le jeune viendra au tribunal, après éventuellement 48 heures de garde à vue, et séjournera encore quelques heures au dépôt du tribunal
Le procureur de la République en rencontrant le jeune et au vu du rapport du SEAT appréciera si les faits dont il sagit et la personnalité du jeune justifie sa traduction immédiate devant un juge - juge des enfants ou juge dinstruction - avec à la clé une demande de mandat de dépôt, de contrôle judiciaire ou de mesure éducative. Cest là que le juge pourra être amené à décider dun non-retour dans le quartier passant ou non par laccueil dans une structure spécialisée si cela simpose mais surtout si cela est matériellement possible compte tenu de ce qui lui est généralement offert par le SEAT lequel aura pris les contacts nécessaires dans la journée. On pourra parfois se contenter dun simple éloignement en sappuyant sur un proche parent. Ce doit être loccasion dune reprise en main par la famille souvent très inquiéter.
Cet éloignement peut bien être accompagné, si elle navait pas déjà été instaurée, dune mesure de liberté surveillée [36] . Le juge pourra compléter dun contrôle judiciaire qui comme son nom lindique impose des obligations à celui qui nest pas placé en détention provisoire, donc celle de demeurer justement en tel endroit et, à tout le moins, de ne pas fréquenter telle personne ou tel lieu. On reviendra sur ce point infra.
Lors dun déférement le jeune ne peut pas être jugé sur linstant par le magistrat qui le met en examen - on refuse le flagrant délit ravageur pour les mineurs -; il pourra parfois être incarcéré et renvoyé détenu devant le tribunal pour enfants pour y être jugé. Cette procédure accélérée, peu utilisée aujourdhui, peut trouver son sens pour un jeune posant beaucoup dactes de délinquance. Cette disposition introduite en 1996 a suscité beaucoup dinquiétudes car on craignait quelle noffre une arme ravageuse au parquet après celle de la C.O.P.J. pour jugement. Juges des enfants et des éducateurs conscients de la nature (répétitive) de la délinquance juvénile savent que la situation ne manquera pas de se présenter et que la systématisation dun jugement rapide ne résoudra rien : il faut du temps pour développer une démarche éducative.
Le parquet dispose donc de la possibilité de forcer lintervention dun juge et il peut même pour les cas les plus simples se passer de son intervention. Il dispose encore de la possibilité de faire accélérer la gestion de la procédure. Il est devenu le désormais maître réel du temps judiciaire; le juge des enfants a perdu ici un privilège essentiel. Le parquet peut vis-à-vis de lopinion justifier dune réaction judiciaire. Mieux il a une prise réelle sur cette réponse quand auparavant il était totalement dépendant du juge.
Fort heureusement, les parquets ont compris quils ne gagneraient rien à mettre trop la pression sur les juges pour obtenir des condamnations à court terme. Une fois quils ont décidé de saisir le juge, ils le laissent développer sa stratégie, apprécier sil faut juger rapidement ou non en fonction du travail éducatif engagé. Reste que demain, au cas par cas ou systématiquement, la loi offre une possibilité de jugement à très court délai. La césure possible du procès pénal (une décision rapide sur la culpabilité pour permettre lindemnisation et un prononcé des mesures plus tard - introduit encore en 1996 offre une autre souplesse au juge.
Le tribunal pour enfants aura (ou retrouvera) la possibilité dincarcérer, y compris le jeune de moins de 16 ans si les faits et la personnalité le justifient. Si la peine prononcée est supérieure à un an il peut délivrer mandat darrêt ou de dépôt.
Devant la juridiction, même si lordonnance de 1945 recommande encore loption éducative il est clair que la nature des faits et la personnalité du jeune inclinent à des mesures à coloration nettement répressive. La peine encourue est de moitié moindre que celle prévue pour un adulte. Mais pour des faits commis par un jeune de plus de 16 ans, le tribunal a encore la possibilité de supprimer le bénéfice de lexcuse atténuante de minorité ce qui a pour objectif et effet de permettre la même sanction que pour un adulte.
Une justice lente ?
Ici une remarque simpose pour ne pas se méprendre : on accuse souvent la justice des mineurs dêtre lente et on en prend pour illustration le temps mis à juger certaines affaires.
Mais
1 - cest loi elle-même qui demande aux juges de ne pas se presser : il lueur faut se pencher sur la personnalité de lauteur et surtout mobiliser les moyens éducatifs pour faire en sorte quil sorte de sa délinquance. Lidéal est de juger un jeune qui nest plus délinquant !
2 - cest négliger que si le jugement définitif interviendra peut être longtemps après coup entre temps et souvent dés sa présentation au tribunal dans la foulée de son arrestation des mesures provisoires (détention, contrôle judiciaire, mesure de préparation , etc. auront pu être prises
Enfin la loi de 1996 à introduit la césure du procès pénal qui permet de condamner rapidement sur les faits mais dattendre avant de prononcer la peine définitive que les mesures éducatives aient pu produire leurs effets.
En pratique dans une juridiction comme Bobigny, les affaires sont jugées en cabinet en quelques 2 à 3 mois et le tribunal intervient pour les mineurs les plus engagés dans la délinquance autour de période charnière de la vie du jeune comme les 16 ans ou les 18 ans. Quant aux affaires les plus graves notamment criminelles elles suivent le même rythme dinstruction que les majeurs.
Le tribunal pour enfants pourra prononcer un sursis à exécution avec mise à lépreuve. Dans le cadre cette mise à lépreuve, des contraintes (soins, résidence, etc.) peuvent être inscrites qui devront être respectées sous peine dincarcération dans le cadre dune révocation totale ou partielle du sursis dans le délai fixé pour lépreuve (jusquà 3 ans). [37]
46 Nous avons laissé de côté la possibilité pour le juge de rechercher une mesure de réparation soit en faveur de la victime soit dune collectivité (mesure récemment introduite dans larsenal juridique) ou encore de placer le jeune en liberté surveillée ans des hypothèses où ne se posent pas la question de lincarcération.
47 En dautres termes, il est bien démontré que lordonnance du 2 février 1945 offre les mécanismes permettant de tenir loption répressive si celle-ci simpose au regard des faits et de la connaissance que le juge a de la personnalité du jeune.
*
Cest donc une approche purement idéologique, camouflant une demande de répression accrue qui nose pas dire son nom, qui conduirait à douter de lefficacité technique de lordonnance de 1945. Sous réserve daméliorations des régles de procédure pour ouvrir notamment le contrôle judiciaire aux moins de 16 ans (conf. infra), ce texte tient la route. Et les magistrats de la jeunesse lont démontré sur le terrain.
Reste que certaines mesures pénales ne sont pas aisément mises en oeuvre par les services de la P.J.J. notamment les sursis avec mises à lépreuve, les Travaux dintérêt Général (T.I.G.) ou encore les mesures de réparation soit parce que les services sont submergés faute de moyens [38] , soit parcequ'incarnant le volet éducatif. [39] les travailleurs sociaux estiment quils nont pas à participer dun dispositif répressif.
En dautres termes le non-exercice des mesures ne répond pas seulement à une absence de moyens. Il faut ici comprendre que les fonctionnaires de la PJJ ont mis plus de temps que les procureurs et les juges des enfants - du fait de leur positionnement institutionnel, mais encore de leur fonction, à prendre en compte la nouvelle commande sociale.
Pendant des décennies (1960-1980) ils ont été formés à lécole de la prévention de la délinquance. Il fallait sattacher aux jeunes en rébellion contre papa et maman ou délaissés pour quils ne deviennent pas délinquants. La délinquance elle-même nappelait pas à un énorme investissement les jeunes ayant en aux les capacité à rompre avec ce mode de v vie. Les juges ders enfants eux-mêmes étaient concentrés sur la priorité de lassistance éducative. La réforme de décembre 1958 où les juges des enfants vont être également mobilisés sur les enfants en danger symbolise bien cette attente sociale à laquelle éducateurs et juges vont répondre pendant 20 ans.
Or depuis le début des années 1990 la justice vient leur demander de contribuer à la restauration de repères sociaux y compris à travers des mesures coercitives pour des jeunes -élevés â hors la loi ". Poussés par les parquets, les juges des enfants ont été les premiers à devoir faire leur aggiornamento en veillant à être plus présent sur la délinquance dans pour autant renoncer à soccuper des enfants en danger sans compter que dans le même temps la société vient les remobiliser sur lenfance en danger.
Le virage ne faut pas facile à négocier pour les travailleurs sociaux de justice. Certains dentre eux navaient professionnellement plus de jeunes délinquants en charge mais uniquement des enfants en danger. Cest bien une révolution intellectuelle et professionnelle à laquelle ils sont appelés et peuvent difficilement échappé comme fonctionnaires de justice travaillent sur mandat judiciaire;pour autant les résistances sont fortes et demeurent parfois. on ne doit pas les condamner : cest aussi leur fonction institutionnelle de contre-pouvoir que déviter le basculement dans le "tout-répressif".
Pour autant faut-il ne pas tout mélanger et crier à la répression quand la justice prononce la mise en oeuvre de mesure de réparation et de T.I.G. dont la vocation éducative est évidente.
Ces idées ont cheminé dans les services sociaux judiciaires depuis 1990 et de singulières évolutions sont intervenues. Certains services ne travaillent désormais que pour les enfants délinquants renvoyant lA.S.E. et les services privés habilités à intervenir sur les jeunes délinquants. Là encore, lexcès est évident.
Ce non-exercice des mesures décidées par les juges fragilise la réponse judiciaire tant aux yeux des jeunes et de leurs parents que de lopinion, des policiers ou encore des élus. Il débouche sur une auto-censure des magistrats qui répugnent à se ridiculiser et à perdre en vain une énergie comptée. Parfois, il exacerbe lacrimonie de certains à légard du travail social.
VI - Des améliorations simposent quand même.
On peut penser à des améliorations juridiques, mais lessentiel nest pas là.
48 Le premier ministre anglais fait des envieux sinon des émules par sa liberté de ton et ses projets pour juguler la délinquance des jeunes. Mais est-il vraiment si innovant ? A y regarder de prés notre système ouvre déjà les voies qui nous sont signalées comme venant de lautre côté de la Manche. Et puis ce que lon a pu découvrir depuis 20 ans sur les institutions du dispositif de protection de lenfance de Grande Bretagne devrait quand même amener à un peu de sens critique aux pro-blairiens.
1 Des réformes juridiques
A Revenir à la prison pour les moins de 16 ans pour les simples délits ?
49 Pour faire face aux critiques développées sur notre dispositifs certains ne manqueront pas de proposer le rétablissement pur et simple de la détention provisoire pour les délits commis par les moins de 16 ans. Il faut résister à ce retour. Les mêmes causes ne pouvant produire que les mêmes effets. Le risque serait grand de retrouver les réflexes davant 1989 en se contentant de cette solution de facilité et à courte vue quest lincarcération provisoire.
Les dangers pour la société et pour les jeunes
dun retour massif à lincarcération provisoire
On peut déjà y recourir pour les crimes, sauf avant 13 ans. Pour les délits simples, cest bien loption éducative qui doit être suivie, compris pour les multirécidivistes pour laquelle elle simpose dévidence.
Le recours à lincarcération provisoire pour les jeunes criminels de sang ne se discute guère : le plus souvent cette "sanction" simpose même, ne fut-ce que pour permettre au jeune criminel de tenter de tourner rapidement la page de son crime en pouvant dire quil a payé. Un sursis simple après quelque années dinstruction est ici à proscrire. Le jeune sachant avoir violé un tabou fondamental pourrait continuer à rechercher une punition rédemptrice.
En revanche, on doit résister sur lincarcération provisoire des moins de 16 ans auteurs de délits simples que nous avons déjà connue et qui était loin dêtre exceptionnelle. Affirmer vouloir la réserver aux seuls cas de récidive est un faux-nez car on ne voit pas dans quels autres cas on pourrait songer à y recourir ! Et puis, on la dit, la vraie délinquance juvénile est par définition répétitive.
Non, cest ici que notre société est dans un choix : ou elle fait le pari doffrir aux très jeunes enfants pas encore structurés par ladolescence un autre modèle de référence que celui quils ont vécu jusque-là et essentiellement fondé sur la violence et les passages à lacte; ou doutant delle même, elle désespère de tenir ce pari et se sent incapable de trouver ces hommes et ces structures capables dintervenir. Il est évident que nos compatriotes sont aujourdhui tenté de renoncer à la première voie pour adopter la seconde.
Le piége est évident bien plus dangereux quen 1987 avec la récente montée en puissance de la délinquance juvénile et labaissement du seuil de tolérance sociale. Ce sont des centaines et des centaines de places de détention quil faut sapprêter à ouvrir. Et on sait ce que génère un milieu carcéral : un durcissement de la personnalité, lacquisition un réseau relationnel et linscription dans un plus fort sentiment dinjustice sans compter les nombreux incidents qui guettent tous ces jeunes à vif et ne supportent pas, de longue date, le moindre carcan.
Un nouveau développement de la détention provisoire pour les mineurs conduirait par ailleurs à une montée sensible des condamnations à lincarcération au moment du jugement.
En dautres termes, par-delà les quelques 10 ou 20 cas que chacun se plait à avancer dans chaque juridiction, cette orientation nous conduirait à coup sûr à retrouver les époques où lenfermement était la seule vraie réponse à la délinquance, coupant court alors aux efforts déployés pour rechercher des réponses alternatives.
On jouerait avec le feu, mais il faut reconnaître que la solution est séduisante et efficace ... à court terme
Mais alors que faire si justement un jeune fait obstacle à la réponse éducative avancée. Il est guère contestable que ce sont bien les 13-16 ans qui aujourdhui â bénéficient é des failles de notre dispositif : dans le rapport de force avec leurs parents, les éducateurs et les juges, ils peuvent paralyser toute réponse à court terme.
B Etendre les possibilités de contrôle judiciaire aux moins de 16 ans
Cest ici quon peut préconiser le développement légal du contrôle judiciaire pour tous les faits commis par les 13-16 ans quand pour linstant il nest possible que si lincarcération provisoire est elle-même possible.
Il suffirait de dire quune infraction constatée au contrôle judiciaire - par exemple le refus de respecter les cadres daccueil fixés par le juge - conduirait à une saisine immédiate du tribunal pour enfants qui statuerait dans un délai dun à deux mois. Avec elle, des possibilités dincarcération seraient donc possibles. On mesure la brèche ouverte dans notre droit, mais il faut être réaliste et sauver lessentiel : permettre une voie éducative dentrée de jeu pour ne réserver lincarcération quen extrême limite dans des cas qui le méritent et devant limpossibilité de développer une mesure éducative du fait de la résistance du jeune.
2 Accompagner ces jeunes et les accueillir
50 En revanche, il est vrai que les tribunaux manquent de structures daccueil - foyers ou familles daccueil - capables de prendre en charge pour quelques jours ou sur la durée des cas particulièrement lourds des jeunes en révolte contre la société, tenus par leur milieu sinon par le milieu qui veille souvent à le motiver pour quil rejette ce qui lui est offert ou avancé.
Des démarches rappelées supra démontrent quil existe des modèles de réponse y compris à travers les U.E.E.R. tant décriées.
51 La question alors est bien celle de trouver en nombre les personnes - plut»t des hommes ce qui ne signifie pas quil faille revenir aux univers masculins et uniquement masculins dantan- capables de se colleter avec ces jeunes très t»t dans la toute-puissance pour navoir jamais acquis le moindre respect des adultes.
Des hommes plus que des murs
Cest ici que se cristallise le pari politique : préférer les hommes capables de nouer une relation avec les jeunes sur les murs afin de tenir lordre public au long terme et pas seulement à court terme.
52 Il est certain également que les efforts engagés depuis peu pour redonner aux enfants des interlocuteurs de chair et de sang dans les établissements scolaires - 125 postes dinfirmières et 125 postes dassistantes sociales créés en 1998 avec sont certes importants, mais insuffisants à eux seuls, sans compter quil faut trouver à pourvoir les postes déjà vacants .
Les 40 000 emplois-jeunes pourront également permettre de rétablir une présence et un dialogue dans lécole.
Pour avoir appelé depuis des années à ces efforts on en mesure le coût.
53 On sera plus sceptique sur le rétablissement de léducation civique et citoyenne si, dans le même temps, la démocratie ne progresse pas dans lunivers scolaire pour nouer un vrai dialogue entre la direction et les enseignants, les parents et léquipe éducative, les adultes et les élèves. On suivra avec attention la mise en oeuvre du décret du 18 février 1991 sur les droits et obligations des élèves dans le secondaire et de ses quatre circulaires dapplication signées ... L. Jospin
c Il faut encore et surtout veiller à remettre la famille en selle. Ce devrait même être la priorité numéro 1 si on veut avoir une stratégie au long terme. Il faut avoir le souci de restreindre au maximum lintervention des policiers et des juges dans léducation des enfants.
53 On ne pourra presque jamais rien faire sans la famille - et pour cela il faut se garantir aujourdhui que les jeunes parents assumeront leurs responsabilités afin que dans 10 à 15 ans nous ne nous trouvions pas dans une situation encore plus dégradée quaujourdhui.
54 Cest ici quavec P. Verdier [40] nous prônons de commencer déjà par rendre obligatoire létablissement de la double filiation de lenfant quand aujourdhui trop denfants sont privés de père (plus de 80 000 chaque année) et de mère. On est loin du compte quand on voit les réactions au procès engagé par la jeune Aurore, fille supposée dY. Montand ! Il faut encore légitimer les beaux-pères et les belles-mères.
La loi étant faite il faut encore en informer les jeunes parents et les enfants pour que les parents exercent réellement leurs responsabilités. Là aussi le bat blesse car on part du principe que nul nest censé ignorer la loi sans que jamais le moindre fort pour parler et expliquer la loi. [41] Il faut les informer sur le contenu de leurs responsabilités mais encore sur les conséquences des actes commis par leurs enfants. Ainsi savent-ils quavec la nouvelle jurisprudence de la cour de cassation ( février 1997) ils échapperont difficilement à leur mise en cause et à être tenus pour leur enfant. D'où limportance pour eux dêtre assurés. Il faudrait même que la loi rende obligatoire lassurance parentale comme lassurance automobile lest : plus que jamais avoir un enfant est un risque objectif.
De la publication de documents remis en mairie aux parents en allant jusquà la conception dune campagne dinformation télévisée sur le thème " les enfants ont droit à des parents responsables et vous êtes légitimes à leur poser des interdits" le Conseil départemental de prévention de la délinquance de Seine Saint-Denis tire les conséquences de cet état de fait.
55 Pour rétablir les parents dans leurs responsabilités il ne suffit pas dun ordre de la loi et dune information sur ces obligations légales, il faut aussi apporter une aide (morale, éducative, matérielle, etc.) à ces familles. Cest là où doit se développer une articulation entre lEtat - en charge de la justice- et les collectivités locales responsables de laction sociale.
On peut songer à des dispositifs territoriaux comme des maisons des parents. Les procédures judiciaires dassistance éducative viennent compléter en tant quil est besoin dune certaine contrainte ce soutien à lautorité familiale défaillante
56 Certains sont ici admiratifs devant les projets blairistes consistant à condamner les parents qui nexercent pas leurs responsabilités ou les exercent mal. Que ceux-là sachent que notre droit le prévoit déjà (art. 227-17 du code pénal) :
art. 227-17 du code pénal : " Le fait, par le père ou la mère légitime, naturel ou adoptif, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre gravement la santé, la sécurité, la moralité ou léducation de son enfant mineur est puni de deux ans demprisonnement et de 200 000 f damende.
Linfraction prévue au présent article est assimilé à un abandon de famille pour lapplication de larticle 373 du code civil.
Dans certaines juridictions comme Bobigny on nhésite pas à y recourir, exceptionnellement bien évidemment [42] , mais sans scrupule dans une bonne dizaine de cas par an. Peut-être faudra-t-il par-delà une condamnation pénale sache mettre en place une obligation de suivre des cours ... à lEcole des parents.
A ceux qui entendent punir les parents défaillants par largent en leur supprimant les allocations familiales il faut rappeler que les prestations sociales sont un droit de lenfant, dues de son chef et quil ne doit pas en être privé, encore plus si ses parents sont inconséquents. Il faut ici placer les prestations sociales et familiales sous tutelle par décision de justice de telle sorte que le tuteur veillera à ce quelles bénéficie bien aux enfants. [43]
Ces mesures judiciaires ne suffiront pas si on ne rend pas justice aux enfants en difficulté, si on ne leur donne pas de lespoir, sils ne sont pas entourés et aimés. On entend déjà ceux qui vilipendent la prison pour préférer les centres de sécurité mineurs sinquiéter de la montée des enfants-roi. Quils se rassurent, on en est loin!
Lordre public à court, moyen et long terme
57 On voit bien combien régulièrement resurgissent les tensions sociales entre ceux qui sont présentés comme les tenants dun certain libéralisme utopiste et démissionnaire et les prétendus tenants inhumains de lordre et la loi. Les fausses représentations volent bas. Il nest pas plus question aujourdhui quhier de négliger lordre public. Personne ne peut contester lexistence de nombreux jeunes inscrits dans des attitudes asociales particulièrement inquiétantes, voire franchement dangereuses. Ce serait un service à rendre à personne que de nier leur existence.
58 Il peut être nécessaire "déliminer" ces jeunes plus ou moins longtemps du circuit social et on ne sen prive pas.
Pour autant comment réellement protéger lordre social au long terme et dans le même temps se donner lobjectif de sortir ces jeunes de litinéraire auquel ils sont voués si rien ne se passe ?
Une nouvelle protection sociale et une prise en compte des droits de lenfant vont de pair même si la question ne se pose pas dans les mêmes termes quen 1945. Voilà pourquoi lordonnance du 2 février 1945 est dune extraordinaire actualité.
Il faut être obscur ou idéologiquement bloqué pour ne pas sen rendre compte. Ceux-là ne doivent pas nous conduire à anéantir les efforts développés depuis un siècle pour humaniser la justice pénale des mineurs puis des majeurs. Quils sinterrogent quelques instants sur la manière de réduire les injustices sociales sinon il ne suffira pas de quelques maisons de correction ripolinées pour protéger leurs biens ou leur personnes : ils devront comme aux U.S.A. senfermer dans des ghettos pour riches avec des hommes armés et des dispositifs de surveillance électronique.
Cest bien cette perspective que nous refusons en ayant une attitude responsable, mais également respectueuse des droits de personnes et des engagements internationaux de notre pays.
En revanche, des jeunes, prêts peu ou prou à prendre leurs distances de la rue, doivent très rapidement recevoir des satisfactions : il faut donc valoriser leurs efforts et pour cela réunir les conditions dune réussite minimale. Le retour à lécole classique nest pas possible pour nombre de raison. Ils
ont réussi à se faire exclure et font peur. Il sera rarissime de pouvoir leur retrouver une place. Par facilité on leur proposera linscription au cours par correspondance (CNED) pour répondre à lobligation légale de scolarisation mais on sait que cela est artificiel et voué à léchec.
60 En vérité, à linstar de lAuto-Ecole créée à Saint-Denis par Mme Pierrelée au sein de lEducation Nationale, ce sont des classes intermédiaires quil faut offrir où on accompagnera humainement et psychologiquement ces enfants avec le soutien dune pédagogie adaptée. Ces classes intermédiaires où la PJJ est régulièrement associée se donnent pour objectif de permettre un retour du jeune dans le circuit normal. Elles semblent se multiplier mais sont exigeantes pour les institutions et les personnels..
On retrouve ici lintérêt de la proposition développée par M. Amsellem, maire de Beauvais, qui appelle à la création de nouvelles structures de ce type sous le contrôle de lEducation nationale.
Une (r)évolution à poursuivre
61 Un nouvel équilibre a donc bien émergé dans la justice pénale des mineurs même si toutes les juridictions nont pas encore fait leur révolution structurelle. La répression pure et dure nen est pas absente à travers la prison (détention provisoire et peines); loin sen faut. Il suffit de regarder les données chiffrées.
On a même la possibilité de prendre des sanctions plus positives et moins criminogénes que par le passé comme les travaux dintérêt général (T.I.G.) et autres mesures de réparation. Des soins et des mesures éducatives peuvent être développées à travers la mise à lépreuve. Sil le faut les mesures éducatives peuvent toujours être mises en oeuvre au-de là des 18 ans. On pense notamment à la procédure de mise sous protection judiciaire.
VII - La P.J.J. peut-elle être linstrument de cette politique ?
62 Le parquet a le souci de protéger lordre public à court terme. Qui pourrait le lui reprocher ? Cette approche simpose même si on entend prendre des risques éducatifs pour certains jeunes. En rassurant la population il faut alors faire monter le seuil de tolérance.
Il revient aux magistrats du siége que sont les juges des enfants dêtre les garants du droit et de lordre public à moyen et à long terme. Ils y parviennent plus souvent quon ne le dit, même si on ne voit ici, comme ailleurs, que les trains qui narrivent pas à lheure. Avec lappui des travailleurs sociaux, les juges des enfants tentent de rompre la chaîne de lexclusion et de permettre à des jeunes de retrouver peu ou prou une place légitime dans la société.
Il faut maintenir cet équilibre entre la recherche de la paix sociale à court et moyen terme. Basculer vers lun ou lautre des termes peut au final déboucher sur des solutions extrémistes. Les "blairistes " observeront que lon dispose déjà dans larsenal juridique français les mesures avancées et même que nous les mettons en oeuvre.
On mesure lintérêt et les limites de cette seule approche.
63 Où le bat blesse vraiment, cest bien sur le nombre trés limité de possibilités dintervention purement éducatives avec ou non une coloration psychiatrique et psychologique voire ethno-psychiatrique pour rompre réellement avec la délinquance. Il faut ainsi trouver des personnels compétents et les moyens financiers ad hoc; il faut encore lever les obstacles institutionnels et politiques.
Ne nous voilons pas la face. Il faudra déjà convaincre de la dangerosité du retour à la prison pour les trés jeunes enfants. La garde des Sceaux, Mme Guigou est pleine de bon sens (politique et humain) lorsquelle avance [44] " On ne peut pas abandonner la primauté de léducatif pour le jeunes, sinon, cest toute la société qui baisse les bras tout en observant quil faut savoir inventer des séjours de rupture ".
Reste à réunir les moyens utiles à la démarche éducative car du côté répression on est déjà bien doté !
Et la P.J.J. dans tout cela ?
64 Pour remplir ces objectifs, on néchappera pas à la mise en interrogation de la P.J.J. qui subit - souvent injustement - le feu croisé des critiques.
Si on peut sinquiéter dune défense pro forma dune institution qui doit une nouvelle fois évoluer, de larges circonstances atténuantes doivent être reconnues à ses personnels
a Ses moyens sont souvent limités, en retrait de ce quils étaient avant le coup de frein de 1987 sous le ministére Chalandon, quand, dans certains elle nest pas tout bonnement exsangue et dans lincapacité de répondre à la commande judiciaire. On ninsistera pas sur la misére de certains établissements : locaux dégradés voire dangereux, moyens financiers plus que comptés, etc.
b Les commandes qui lui sont faites par les magistrats sont complexes et parfois apparemment contradictoires. certains juges aujourdhui relayés parles parquets demandent de laccueil durgence en alternative à lincarcération et pour éviter un retour insupportable dans le quartier; dautres lui demandent des réponses au long terme. La hiérarchie de la PJJ est ballottée et souvent elle même démoralisée devant la rigidité de linstitution et des ses personnels
Les travailleurs sociaux expérimentés manquent
d Le mode de gestion administrative est incompatible avec le besoin en matière daccueil institutionnalise de constituer des équipes stables et mobilisées sur un projet autour dun leader qui lincarne.
Reste que le problème posé nest pas quune question de moyens. On a déjà parlé des résistances internes au "recentrage" sur les jeunes délinquants interprété comme la preuve dune plus grande répression à légard des jeunes concernés. [45] Et de fait! Mais comment sen étonner é En revanche, la logique éducative est légitime à tenter de convaincre les procureurs et les juges des limites du " tout-répressif". Cette dialectique éducatif-repressif est légitime et saine. Elle ne doit pas paralyser lintervention judiciaire.
Tout cela namène pas à condamner une institution, mais à rechercher à la mettre en situation de produire le meilleur delle-même en sappuyant sur ses savoirs-faire.
La P.J.J. est un instrument dont sest doté le ministère de la justice pour mettre en oeuvre la dimension éducative des mesures judiciaires. A travers les structures publiques ou habilitées, elle doit doter des juridictions des moyens quelles demandent.
Ici, le bat blesse trop souvent.
Pour aller plus loin : recentrer lEtat sur ses points-forts
65 Il faudra donc sinterroger publiquement sur les limites de lEtat pour prendre en charge directement à travers la P.J.J. les jeunes très délinquants par-delà lincarcération pure. Il va falloir admettre que lEtat ne sait pas tout faire.
Il se sagit pas ici de nier le r»le qua pu tenir ladministration de la P.J.J. dans le passé de la rééducation, mais de constater quelle nest pas aujourdhui, sur telle fonction, à la hauteur des aspirations et des attentes. Ses défaillances lui font du mal dans limage quelle donne delle-même.
Il faudrait bien sûr sérier la critique car il est des postes sur laquelle cette administration remplit pleinement son office dés lors que son mandat est clair et ses moyens réels :
- le " milieu ouvert "cest-à-dire le suivi des jeunes délinquants ou en danger demeurant à domicile par une équipe éducative peut parfois achopper, mais par manque de moyens au regard du nombre de mesures judiciaires prononcées;
- les ateliers transversaux ouverts en journée aux jeunes de la P.J.J. ne souffrent pas de critiques sauf à se demander parfois si certaines activités relèvent vraiment dune gestion pleine par des fonctionnaires la P.J.J. et sil ne faudrait pas limiter le nombre de personnels impliqués au profit de spécialistes extérieurs surtout si on veut sinscrire dans une logique économique aux exigences spécifiques;
- le travail accompli par les équipes éducatives affectée dans les juridiction (SEAT) pour éclairer dune manière éducative une affaire pénale ou une situation denfants en danger et aider ainsi à la décision mérite dêtre salué.
66 Mais la difficulté est aujourdhui réelle et dramatique pour les prises en charge en institution et les mesures pénales nouvelles. Dans les années 80 la P.J.J. sest débarrassée de la plupart de ses grandes structures; aujourdhui ses foyers sont souvent en crise. Les causes en sont multiples, notamment la place de ces structures trés proches des lieux de vie des jeunes qui restent sous linfluence du quartier. Mais il y a aussi des causes structurelles
Ce ne sont pas les personnels qui sont en cause car ils valent bien ceux du milieu associatif, mais les modes de gestion administratifs comme les commissions paritaires dans la P.J.J., ou encore labsence de souplesse dont disposent les Directeurs départementaux de la P.J.J. pour affecter leurs personnels en fonction des besoins.
Pour retrouver une crédibilité interne et externe, il faut maintenant à la P.J.J. se concentrer sur ce quelle sait bien faire.
67 Sans perdre quelle doive continuer à soccuper des jeunes en danger suivis en assistance éducative, sagissant des jeunes délinquants, la P.J.J. du début du XXI°, pourrait être centrée
- sur la prise en charge des jeunes pré-délinquants [46] ou délinquants pour éviter quils ne senfoncent dans cette démarche,
-sur la fonction daide à la décision de la justice et enfin être garant de la mise en oeuvre des mesures éducatives au long terme.
Elle pourrait encore pour chaque tribunal offrir un service daccueil durgence [47] permettant une évaluation de la situation du jeune et son orientation.
Passer commande
En revanche, lEtat peut plus que jamais passer commande au secteur associatif habilité et réunir les moyens nécessaires pour héberger des jeunes sur le long terme. On peut aussi concevoir que tout simplement des personnels publics soient détachés pour renforcer les structures associatives habilitées : le public et le privé associant leurs forces dans le cadre de la mission d e service public pour dépasser leurs limites propres.
Ainsi à travers un SEAT renforcé auprès des tribunaux, intervenant pour les magistrats du parquet comme du siége, elle deviendrait vraiment le garant de lapproche de la personnalité du jeune délinquant - et du jeune en danger - et du projet éducatif à mettre en oeuvre, dans ou hors la famille. [48] . Cest une nouvelle évolution à laquelle il faut inviter la P.J.J.
68 Lapproche proposée ici dans cette approche qui par dune question mal posée ne saurait prétendre à lexhaustivité. Mais elle se veut déjà plus exigeante que la réouverture de hauts murs ou une pseudo-réforme législative qui éviterait de se poser les vrais problèmes. Nos politiques sauront-ils la mener ? Les corporatismes professionnels seront-ils dépassés ?
Les dimensions politiques et financières céderont-ils devant les enjeux sociétaux ? Saura-t-on résister à la pression répressive à courte vue ? A voir justement ! Rien nest perdu, mais rien nest gagné.
A tout le moins on doit inviter à interroger lhistoire et on sapercevra que les réussites de notre dispositif sont plus nombreuses quon ne le dit habituellement. La donne sociale a certes évolué sensiblement, mais si nous avons été capables de bien faire dans le passé pourquoi nous dénigrer toutes compétences aujourdhui é
En revanche les voies à suivre tiennent plus dans les personnes et dans lorganisation des services, judiciaires, éducatifs mais encore psychiatriques, pour être plus performants. [49] Et ce nest donc que très partiellement (ex. le contrôle judiciaire étendu aux 13 ans) quil convient de modifier le code de procédure pénale et lordonnance du 2 février 1945.
69 La justice nignore pas quelle a une place à tenir pour garantir les droits de chacun et nomment les droits des plus fragiles qui auraient à souffrir de certaines formes de délinquance. Ces dernières années elle sest mise en ordre de bataille pour fonctionner. Elle a passé des alliances (Education nationale) et a su remobiliser la police. Elle a pris en compte les victimes; elle sefforce de remobiliser les parents. Il faut maintenant quelle sache maîtriser la tentation à lui demander de traiter de tout. Ainsi le disciplinaire scolaire ne doit pas se transformer en poursuites pénales. Elle ne doit pas oublier les termes de la Convention des nations unies sur les droits de lenfant doit le conseil dEtat vient de rappeler que certaines de ses dispositions étaient directement applicable en France. Or la convention recommande bien (art. 37) que lintervention judiciaire soit résiduelle sagissant des mineurs dâge et entière avec leurs parents ou à défaut avec des adultes susceptibles de leur marquer un intérêt. Dans les prochains mois ces débats domineront. De tous bords on appellera à un certain réalisme au nom dune situation est préoccupante. Mais saura-t-on éviter de sacrifier les jeunes des milieux les plus précaires à un ordre public à court terme: le réveil risque dêtre difficile. A linverse cest un service à rendre à nombre de jeunes que de leur restituer des cadres sociaux à condition que ce rappel à la loi rime avec justice. Là encore, faire ce quon dit et dire ce quon fait sont les deux lignes de comportement incontournables !
La bataille qui sannonce va être rude car sous la pression trés réelle de certains extrémismes et sous le choc émotionnel de certains actes intolérables qui sapent les credo de la démocratie et de démarche républicaine, la tentation peut être de céder aux seuls sirènes de la répression. En vérité les français en profondeur sont plus équilibrés que certains échos médiatiques peuvent le laisser à penser. Ils naccepteront pas de rendre les enfants de ce pays responsables de la crise que nous traversons et appelleront à des réponses despoir, valorisant les compétences des jeunes plus que les stigmatisant. Aux professionnels de leur montrer quils vont dans le bon sens.
[1] Mission confiée à M. J.P. Balduyk, député du Nord et Mme Christine Lazerges, députée de lHérault. Une quinzaine de fonctionnaires de différents ministères la compose. Son rapport sera déposé avant le 31 mars 1998.
[2] 87 406 mineurs en 1996 pour 48 162 (+81,42%). 32,75% des personnes impliquées dans la délinquance de voie publique et 25,19% dans les affaires de coups et blessures. J.P. Chevènement, AFP 27 novembre 1997
[3] Ainsi les poussées de procédures pour outrage et rébellion à agent de la forces publiques sont dabord intimement liées à des stratégies policières ou judiciaires !
[4] in Libération décembre 1997
[5] Qui vole un oeuf est susceptible de voler un buf ! On interviendra donc comme à New York dès le premier fait de déviance pour éviter dautres passages à lacte.
[6] Villepinte, Les actes du colloque, Editions SIRP
[7] in Libération 27 octobre 1997
[8] A.F.P. 19 novembre 1997
[9] La délinquance urbaine sassimile par certains côtés au terrorisme. Il faut la combattre en rétablissant la parole et en luttant contre lisolement.
[10] cf. Denis Salas, Les jeunes sont-ils devenus nos pires ennemis ?, in ASH, 21 novembre 1997
[11] On dénombre depuis 1945 une douzaine de commissions et de groupes de travail chargés de faire le point, dauditer ou davancer une réforme de lordonnance du 2 février 1945. Certains projets de loi nont pas franchi la barre de lannonce publique; dautres ont été menés à bien.
[12] 6004 mandats de dépôt en 1980 autant quen 1945 avec une augmentation de quelques 43 % dun an à lautre pour les moins de 13 ans.
[13] 923 mineurs étaient incarcérés au 1er janvier 1997; ils nétaient plus que 365 au 1er janvier 1991 après application de la réforme de 1989 pour remonter à un peu plus de 600 au 1er janvier 1996. Sur une année, 1600 mandats de dépôt sont décernés.
[14] Voir notamment J.D.J. 1997 ou encore Le dispositif français de protection de lenfance , chapitre IV, J. P. Rosenczveig
[15] Parquet des mineurs de Bobigny, Bilan et perspectives 1996, P. Moreau, Premier substitut
[16] Ces références à la Seine Saint- Denis simposent pour le président du tribunal pour enfants de Bobigny qui très tôt - à linitiative du parquet - sest engagé sur une nouvelle voie. Sa démarche tend à devenir une référence et non un modèle. Nous nignorons pas que toutes les juridictions ne fonctionnent pas (encore) sur ces bases.
[17] Comme nul ne lignore, les séquanodionisiens sont les habitants de la Seine Saint-Denis !
[18] Fort taux de classement sans utile décourageant la police; traitement largement différé par les juges des enfants quand il y avait un traitement tout court de nombreuses requêtes pénales, mesures non exécutées, casiers judiciaires non dressés, etc. La priorité était ailleurs
[19] Les substituts ont augmenté de 50% au service des mineurs de Bobigny.
[20] A Bobigny : 4 substituts dont un chef de service, 3 délégués du procureur, 1 assistante judiciaire, 2 Juristes du contingents (VSN).
[21] Si certains auraient tendance à oublier sont souvent des enfants en danger ou qui lont été compte de lautre commande sociale exprimée depuis les avoir soccuper prioritairement des enfants violentés notamment sexuellement. Les juges des en dune double pression : ils doivent être plus performants sachant que désormais ils ne doivent également dêtre très présents sur lenfance maltraitée.
[22] Il en a été constitué sept en Seine Saint-Denis chacun placé sous lautorité dun substitut avec des lettres de mission particulières. Les GLTD inspirent aujourdhui les contrats de sécurité.
[23] conf. notamment Le Monde du 15 janvier 1997
[24] Telle une terre dexpérimentation la justice des mineurs a, sur le siècle, expérimenté tout ce qui a ensuite été repris pour les majeurs donc la prise en compte du temps et du travail social pour transformer lindividu par-delà la seule répression de son acte.
[25] Voir cependant P. Moreau, Lexpérience du traitement direct à Bobigny. quelle justice pour quels droits? in Un péril jeunes , IHEHI n°29
[26] Les jeunes travailleurs sociaux le savent bien qui nhésitent pas à le dire eux-mêmes !
[27] Ainsi, deux internats scolaires existent en Seine Saint-Denis. Précisons quon leur offre un prix de journée de moins de 160 francs pour 600 à 800 en moyenne pour un foyer éducatif.
[28] On le peut dautant moins quon agite le concept de placement. Les enfants et les jeunes acceptent dêtre accueillis mais pas être placés, sous-entendu punis et mis dans ces maisons de correction dont ils encore la représentation à lesprit.
[29] Les chiffres démontraient le déclin de la délinquance à partir de 25-26 ans au moment où généralement les jeunes fondaient famille légitime ou non. Leur a-socialisation est telle que cette issue nest même plus assurée.
[30] 27 octobre 1997
[31] Létat du Centre de Jeunes Détenus de Fleury-Mérogis, principal lieu de détention de la région parisienne est ici éclairante. Un effort hors du commun est déployé depuis quelques mois pour y rétablir déjà un maximum de sécurité pou les jeunes détenus. Les jeunes de 13-16 ans ont ainsi bénéficié de laffection dun surveillant qui assure une permanence dans cette section et a par sa personnalité fait baissé de 80 % les signalements pour incidents.
[32] Henri Gaillac, Les maisons de correction, Ed. Cujas
[33] 17 ont ouvert : 10 sous forme associative, 7 gérées par la P.J.J. A la fin 1997, 13 continuent de fonctionner si on en croit lévaluation particulièrement sévère faire par le cabinet CIRESE (Libération du 03/12/1997)
[34] Le prix de journée peut monter à 1400, autant que pour un établissement médico-social très fourni en psy, soit deux fois plus quun financement classique. Limportance de lencadrement explique ce coût. Reste avant de sen indigner à vérifier lefficacité de cette réponse. Il y a des coûts qui peuvent se justifier
[35] Ces lignes ont été écrites en décembre 1997 sans tenir compte
- 1° du rapport du CIRESE (organisme privé mandaté par le ministère Toubon) rendu public fin 1997 pour qui le bilan des UEER est plus que mitigé mais qui tire de cette expérience nombre de questions à régler pour lavenir de la PJJ.;
- 2° ni du rapport des Inspections Justice, Intérieur, Affaires sociales publié part la presse le 17 janvier 1998 et plus favorable aux UEER. Ce rapport voit dans les premiers résultats acquis par les UEER la confirmation de lintérêt de la formule et surtout ce quen a retenu la presse la condamnation de la PJJ fonctionnant à lancienne du moins dans sa fonction daccueil. Ce travail est sévère est juste sur ce point. Comme nous les inspecteurs appellent à une profonde réforme institutionnelle mais restent apparemment optimistes sur la capacité de la PJJ de gérer laccueil durgence ou au long terme quand nous nen sommes pas convaincus du fait des règles qui commandent la gestion administrative.
[36] Parfois elle aura déjà été ordonnée mais pas encore distribuée du fait leur surcharge. LEducateur de permanence au SEAT fera donc passer le message pour quelle devienne prioritaire et effective !
[37] Reste à veiller à la mise en oeuvre de ces sursis mises à lépreuve ce qui est loin dêtre acquis faute de volontaires
[38] Plusieurs milliers - 4000 au 1er octobre 1996 sont en attente daffectation
[39] Cet argument très fort dans le début des années 90 sest estompé même sil reste bien présent. Les personnels de la P.J.J. ont du tenir compte du recentrage des la justice sur la délinquance juvénile avec un registre contraignant et réinscrire leur travail éducatif dans ce registre ce qui somme toute était son essence première en 1945 !
[40] 12 propositions urgentes et gratuites pour adapter le droit de la famille et de lenfance , T.S.A., juin 1997
[41] Trop souvent on rappelle la loi au tribunal : des élus subventionneurs abusifs aux pédophiles en tous genres, nombre en ont fait lexpérience ces dernières années !
[42] 27 fois en 1997
[43] La mise sous tutelle des allocations familiales et autres prestations sociales perçues du chef de lenfant est une mesure de protection de lenfance qui existe dans notre arsenal juridique depuis 1942. Sur lordre du juge des enfants les prestations sont versées à un tuteur privé ou public qui les gérera mais surtout qui veillera à apprendre aux parents à les gérer dans lintérêt des enfants. Il est vrai que quand des parents démissionnent totalement de leurs responsabilités et en pus touchent les allocations familiales il faut réagir. La suppression des allocations pour les enfants non scolarisés est une mesure bien plus drastique que la mise sous tutelle ! 40 000 familles ont déjà leur allocations familiales sous tutelle, généralement moins pour les punir que pour veiller au maintien du logement familial.
[44] Journal du Dimanche 2 novembre 1997
[45] Dans certains départements la PJJ travaille à 100% pour des jeunes délinquants laissant le secteur habilité intervenir pour les enfants en danger.
[46] On ne doit pas se satisfaire de voir le seul secteur habilité ou lASE intervenir pour des jeunes en grande difficulté dinsertion sociale, pas plus quon ne doit pas renoncer à ce que le secteur habilité ou lASE accompagnent certains jeunes délinquants quand ils sont mieux placés pour le faire.
[47] Sur le modèle des services daccueil durgence pour les jeunes en danger où le jeune est protégé mais aussi bénéficie dune réelle mobilisation pour préparer son orientation et non pas en référence aux centres dobservation et dorientation de jadis où sur une période préfixe de 3 mois on se contentait détudier et danalyser le jeune comme un objet à expertiser!
[48] Dans le même temps il faut enfin introduire une amélioration sensible à la défense des jeunes délinquants en veillant à ce que le même avocat défende ses intérêts dans la durée ce qui nest pas aujourdhui le cas, sauf le cas rare où un avocat est choisi par la famille. De telle sorte quactuellement chaque conseil intervenant à chaud au moment dune présentation ou dun nouveau rendez-vous judiciaire est loin de maîtriser lhistoire du jeune comme le juge et comme léducateur. Il faut donc en tenant compte des charges des avocats spécialisés veiller à la désignation au plus tôt dun avocat destiné à rester celui du jeune, sauf meilleur choix par lui et ses parents.
[49] Par exemple, pourquoi la P.J.J. renonçant à accueillir sur la longue durée ne renforcerait-elle pas ponctuellement des structures travaillant dans le secteur habilité? pour laccueil durgence ou laccueil au long terme par laffectation de certains de ses personnels.