POUR LANCER LE DEBAT SUR LES STRUCTURES EDUCATIVES OUVERTES, MAIS CONTENANTES

1998

Avertissement : on trouvera ci-joints un papier publié dans le JDJ pour alimenter le débat sur la nécessaire " contrainte éducative ". Il ne s'agit pas de un seul instant de cautionner une quelconque violence institutionnelle que depuis des décennies nous condamnons mais de constater que nombre d'enfants en grande difficulté d'aujourd'hui qui se trouvent dans des attitudes de violence le sont souvent parcequ'aucun adulte n'a su s'opposer à eux, c'est-à-dire les prendre en considération. Les laisser dans leur toute puissance, dans leur souffrance est criminel. L'exercice n'est pas pour autant facile ; et exige des hommes et de femmes capables d'être leurs interlocuteurs posés et responsables. Les pouvoirs publics ont osé affirmer en janvier 1999 la légitimité d'une démarche qui, on le verra n'est pas valable pour tous. Régulièrement interpellé par des travailleurs sociaux qui me font le procès de cautionner la violence sinon de dénigrer la PJJ, n'ayant d eleçn de service public à recevoir de personne, ni n'ayant jamais cautionné la violence d'où qu'elle vienne, je trouve opportun de mettre à disposition le matériau publié dans le JDJ et ci-dessous reproduit sans qu'aucune ligne en ait été changée malgré les poursuites pénales engagées contre le directeur de Cheval pour Tous.

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Septembre 1998


Le contexte

L'année écoulée aura été marquée par la pression mise pour trouver des réponses nouvelles à une certaine délinquance juvénile marquée par la violence et l'associalisation et l'explosion des statistiques (20% des affaires pénales concernent désormais des mineurs). Les Assises de la Sécurité de Villepinte en octobre 97 orchestrées par le ministère de l'Intérieur ont joué un rôle majeur dans l'aggornamiento de la gauche dite plurielle au pouvoir, sur le modèle du blairisme triomphant ou des nouvelles stratégies développée aux USA, spécialement à New-York dont la presse écrite et audiovisuelle nous a abreuvé durant tout l'hiver.

Le discours des média fut éclairant du sentiment de mise à jour. Première manche au ministre de l'Intérieur. Dans la foulée on parla de refondre l'ordonnance du 2 février 1945 tenue pour obsolète au regard de la nouvelle délinquance; on voulut en terminer avec le juge des enfants, juge des jeunes délinquants et des jeunes en danger soupçonné de sacrifier les uns aux autres; on parla de rétablir la prison pour les moins de 16 ans; on appela à de structures éducatives qui, sans être des prisons ou des maisons de correction d'antan devraient être closes.

La deuxième manche devait être gagnée par la ministre de la Justice qui s'appuyant sur ce qu'elle avait vu sur le terrain, sur les travaux du Conseil Economique et Social et de la mission confiée aux parlementaires Bladuyck et Lazerges sut inlassablement soutenir que la justice dans son fonctionnement réel n'était pas telle qu'on la présentait place Bauveau et du côté du syndicats des commissaires de police. Inlassablement Mme Guigou démontra combien il était erroné de parler de laxisme judicaire et démontra combien des magistrats avaient engagé depuis plusieurs années un traitement plus systématique de la délinquance des jeunes. Il n'était donc pas besoin de réformer l'ordonnance de 1945, mais il convenait plutôt de systématiser et de renforcer ce qui avait été impulsé.

Chacun veilla à ne pas prendre l'autre de plein fouet. La ministre de la justice eut des propos qui n'excluaient par une révision de la loi; le ministre de l'Intérieur affirma ne pas avoir voulu appeler à de nouvelles maisons closes ! Le compromis se préparait. La tension monta quand même à " OK Coral " pour déboucher sur le Conseil de sécurité intérieure du 8 juin 1998 qui donna globalement raison au ministère de la Justice, mais si on ne changerait par la loi on se donnerait enfin les moyens de l'appliquer tant dans les têtes qu'en pratique. Ce qui suppose effectivement de dégager des moyens nouveaux, mais aussi d'inventer de nouveaux modes de réponse en s'appuyant sur l'école, la ville ou encore la famille, et pas seulement sur l'institution judiciaire. La justice a certes engagé un processus. Non seulement elle doit continuer à bouger, mais d'autres doivent aussi bouger.

Réunir des moyens nouveaux plutôt que de changer d'orientation

Grosso modo, la ligne Bobigny est consacrée avec le traitement en temps réel. Tous les actes de délinquance imputables à un jeune doivent susciter une réaction judiciaire avec le souci de mobiliser les parents, d'indemniser les victimes, des responsabiliser les jeunes par les mesures de réparation. Et puis, pour les cas les plus lourds, il faut se donner les moyens de prises en charges institutionnelles qui, quand elles s'imposent, ne doivent plus achopper sur le manque de structures adaptées. On ne condamne pas les UEER toubonnesques. D'autant que la version 2 réellement mise en place dans les conditions que l'on sait et pour ce qu'il en subsiste après des fermetures aussi précipitées que les ouvertures imposées par les politiques, n'est plus aussi sulfureuse que la version n°1. Si ce n'est son coût ! On ne les fermera plus. Au contraire, on veillera à convertir d'autres structures pour accueillir ces jeunes difficiles qui ne peuvent plus rester dans leur quartier, dans leur famille, dans leurs rues et qui, pour autant, n'ont pas leur place en prison.

C'est là qu'il faut regarder ce dont nous disposons déjà comme structures capables d'accueillir et de contenir des jeunes qui de longue date n'ont pas connu de cadres et de repères socialisant. Ces jeunes asociaux, en révolte qui ne connaissent apparemment que la violence comme mode de communication, dangereux pour eux-mêmes et pour autrui (certains tuent sans le réaliser) dans la mesure où ils sont armés ou fonctionnent en groupe.

La prison est une structures cadrantes par excellence. Qui plus est elle ne souffre pas des quota. On lui demande d'accueillir, elle accueille. On y recourt de plus en plus : 3 945 fois en 1997 pour 2 247 en 1993. On en connaît les limites pour la protection de l'ordre public. Payante à court terme, à long terme la société voit revenir rapidement le boomerang ! Sans compter qu'en prison, elle ne peut même pas assurer la sécurité des jeunes qu'elle y met à l'écart ( conf. les problèmes de Fleury-Mérogis).


La gageure

Il faut donc trouver d'autres réponses qui soient contenantes pour ces jeunes en quète de repères sinon d'adultes de référence, mais dans un cadre ouvert. Telle est la gageure. Intenable pour certains; jouable pour d'autres si on s'en donne les moyens.

Certes quand on se retourne pour chercher des structures de cette nature on s'aperçoit de l'ampleur du vide intervenu en 20 ans. Il en existe encore une poignée. Qui plus est, il y a a longtemps que la P.J.J. a du renoncer à ses structures pour les raisons les plus diverses. Ces structures sont le plus souvent à gestion associative, mais sur fonds public. Et il est de fait que l'exercice n'est pas facile que de s'imposer à un jeune qui n'a jamais obéit à quiconque, qui tient les adultes pour négligeables dans la mesure où il ne les estime pas. Les magistrats et les policiers eux-mêmes ne sont plus tabous; on les respecte moins qu'on s'en méfie. Si l'impunité est un leurre, le discours sur l'impunité est dominant. Et celui de la toute puissance est premier.

Ils sont bien quelques éducateurs plus ou moins classiques à ne pas se laisser emporter et qui, par leur authenticité et leur charisme, dans le secteur public comme dans le privé, cherchent à nouer ce rapport minima avec ces jeunes qui peut gager à terme une évolution. Pour ceux-là, combien ont renoncé ?

JET-Juniors hier .....

C'est dans ce contexte de refus de l'incarcération pour ce qu'elle a d'inutile - ce qui ne veut pas dire une condamnation de principe - et l'absence de réponse éducative qu'ont émergé de " nouvelles " réponses. il y trois ou quatre ans on se gaussait de JET-Juniors (voir le JDJ) où les militaires de l'amiral Brac de la Perrière se donnaient pour objectif d'accueillir pendant des stages de 3 mois des jeunes sortants de prison, puis pour qu'ils n'y rentrent avec pour objectif de leur remettre une planche sous les pieds.

Prendre du recul par rapport au quartier, réfléchir sur soi, prendre en compte son corps, dormir à une heure de bourgeois et se lever à une heure de travailleur, faire et non pas détruire, etc.. Le projet peut faire sourire qui ne connait pas ces jeunes. Il est plus éducatif qu'on le croit. Mais bien entendu il ne peut pas à lui seul prétendre remonter une pente de 14-15 ans et n'est pas une fin en soi. Il doit permettre de se raccrocher aux aspérités d'une vie jusqu'ici trop lisse. L'organisation militaire (cadres de l'armée, uniforme, drapeau, activités sportives, etc.) a suscité des effets de rejet de la part de nombre de travailleurs sociaux; puis les choses se sont calmées et positionnées à leur juste place. " La Souchère " a des ambitions limitées et essaie de s'y tenir sérieusement. Ses stages sont enfin pleins.

......... " Cheval pour tous " aujourd'hui

" Cheval pour tous ", ce lieu de vie des Vosges devenu terre d'accueil de nombre - de trop - de jeunes garçons incasables ailleurs suscite aujourd'hui les mêmes critiques, et pire. Cette fois-ci, c'est le projet pédagogique qui fait réagir. On serait même pour certains sur une institution maltraitante.

Et de fait, ce lieu peut être lieu de violences dans certaines occasions. Les jeunes qui y sont orientés sont porteurs individuellement de cette violence et les adultes ne refusent pas de s'y colleter. Eux-mêmes créent des conditions de vie parfois dures, très dures, à la limite du supportable pour des enfants avec pour projet de retrouver un rapport " normal " entre adultes et enfants. " Tu n'as pas à cracher sur les adultes car ils sont là pour te protéger. Jusqu'ici tu n'as pas été protégé. Désormais tu l'es; donc tu n'as plus à agresser! ".

On ne demande par l'adhésion du jeune au séjour à " Cheval pour Tous " parce qu'il y a l'ordre d'un juge et qu'on n'a pas à adhérer à l'ordre d'un juge : on le supporte. C'était au juge de rechercher éventuellement l'adhésion ! On est loin du discours : "Tu reste si tu veux ! On t'aidera à partir de ton désir ! " trop souvent entendu dans la dernière période. Ce discours d'adhésion est difficile à tenir pour des jeunes qui ne savent pas et ne peuvent pas se projeter. Qui plus est la structure se donne les moyens de faire face. Elle ne facilite pas les fugues en étant vigilant, y compris la nuit où, au Climont, des tours de ronde sont faits toutes les 20 minutes. On va rechercher les jeunes quel que soit l'endroit où ils se trouvent - cela ne se fait guère plus dans les établissements classiques. Et si les jeunes habitués à la violence veulent la pratiquer ils ont en face d'eux des interlocuteurs plus animateurs sportifs que manieurs de concepts ! Une vraie force de dissuasion !

Reste l'essentiel : dans le quotidien aussi bien à travers le travail à la ferme ou dans les bois qu'à l'étranger dans le crapahutage dans les Carpates roumaines, il s'agit de forcer les jeunes à retrouver un autre rapport avec la nature , avec lui-même avec les autres. D'où les efforts à entreprendre et ces discoures simples : comme " On a ce qu'on travaille " qui rappelle le discours sur le R.M.I. en 1987 : pas de revenus sans effort d'insertion !

Disons le tout net : il y a effectivement de quoi dérouter, sinon choquer. Mais affirmons le tout aussi net : gardons la mesure. L'institution n'est pas maltraitante.

Incontestablement dans les rapports entre ces jeunes que l'on redécouvre enfants - et sans doute qui se redouverent eux-mêmes enfants - et les adultes, entre jeunes eux mêmes, il y a de la violence. Certainement moins que dans les cités; sûrement plus canalisée qu'ailleurs pour que finalement elle s'estompe. Mais il est vrai que les adultes cherchent à s'imposer dans le rapport de forces. Ils ont comme mot d'ordre - implicite ou explicite ? - de ne pas reculer. Les jeunes ne doivent pas faire la loi et ne l'a font pas. C'est même un point fort du projet pédagogique quand trop d'adultes ont démissionné devant ou pour ces jeunes.

Il ne s'agit pas ici de faire une défense pro domo de l'institution - face aux sérieuses interrogations critiques qu'exprime J.P. Cocco à qui le JDJ a demandé de visiter " Cheval pour tous " . Il s'agissait de se rendre compte de la réalité de la critique avancée dans une lettre particulièrement sévère d'un travailleur social de la P.J.J. reçu à la rédaction du JDJ. -

Quelle serait notre légitimité d'une telle défense ? Il s'agit simplement d'inciter à la réflexion. Ce débat n'est pas linéaire entre les bons et les mauvais. Si tant de juges des enfants et de travailleurs sociaux recourent à ce type de structures, c'est certainement qu'ils n'ont guère d'alternatives, c'est aussi que ce que les jeunes y vivent n'est pas si insupportable ou si contraire aux valeurs que juges et éducateurs défendent. D'ailleurs certains de ces juges et de ces éducateurs " placeurs " ont fait le déplacement du Climont et ont pu apprécier à travers la prise en charge de plusieurs jeunes ce que cela pouvait produire.

Un projet qui ne peut pas valoir pour tous

Il est certain que tous les enfants ne peuvent pas supporter cette ambiance. Comme toute structure, elle a ses contre-indications. Ce n'est pas La réponse. Au mieux, il ne peut s'agir que d'un temps - ici 1 an et non pas trois mois comme à Jet - où on remet une planche sous les pieds du jeune pour que jeune placé plus ou moins à chaud, puisse en venir à accepter au mieux une rescolarisation ou une formation individualisée d'abord, avant de retrouver un cycle adapté à sa situation en quittant " Cheval pour tous ". Pour certains jeunes ont est déjà dans l'utopie. Mais imagine-ton du jour au lendemain rescolariser ces jeunes en rupture? Connait-on une seule institution classique qui y parvienne simplement en claquant des doigts ? A tout le moins, ils doivent avoir rompu avec une certaine violence.

Pour un tiers des jeunes cela marche, pour un tiers cela échoue; pour un autre tiers, on ne peut pas dire.

Les failles autour du passage d'un lieu de vie à une institution

Les critiques que l'on peut faire à " Cheval pour Tous " sautent aux yeux pour qui s'y attachent quelques instants. Trop de jeunes pris en charge au regard des locaux du Climont et de l'encadrement réuni; une logique économique qui l'emporte donc sur l'éducatif; un encadrement qui ne peut pas être seulement être composé de personnes capbles de faire face physiquement à ces jeunes?. Il faut y introduire d'autres compétences, il faut renforcer l'encadrement; la durée de séjour doit être plus strictement respectée., etc.

Surtout comme dans toutes les strcutures éducatives; il faut introduire des contre-pouvoirs qui aujourd'hui n'existent pas oui seulement formellement .

Ces critiques ont été faites en interne et il a été commencé d'y répondre.

Le projet pédagogique qui a le mérite d'exister et d'être écrit doit déjà être respecté, mais contrôlé car effectivement il peut y avoir un jour un accident comme certains prêtres intégristes - on pardonnera la comparaison pratiquant " le Marche ou créve " sans s'interroger sur l'humain et les limites techniques à ne pas dépasser au risque de casser définitivement ce qu'on veut reconstruire, peuvent être dangereux si on leur confie des enfants au bord de la mer !

Un vrai conseil d'administration se construit depuis quelques mois; l'équipe se structure et sera renforcée. Quant aux autorités de tutelle, elles assument leurs responsabilités autant que faire se peut dans le système français, pas plus, pas moins avec " Cheval pour Tous " que pour beaucoup de structures éducatives, plus contrôlées financièrement que pédagogiquement, plus contrôlées que soutenues et assistées. La Chancellerie (DPJJ) suit de près le projet et son développement. Il y a même des choses intéressantes comme ce qu'a fait la DDPJJ de Corse qui, à la satisfaction générale, a visité d'initiative tous les jours le camps installé sur l'ile cet été, puis a souhaité apporter un soutien technique aux animateurs.

L'enjeu premier pour cette institution est de revenir à une échelle plus modeste pour garantir un réel encadrement (base et hiérarchie) aux jeunes et appliquer son projet éducatif. Ce qui signifie qu'il faut savoir dire non (ce qui est déjà partiellement le cas), mais encore que les institutions arrêteront de solliciter à tout crin " Cheval pour Tous " pour .... combler les lacunes des structures classiques.

A y regarder de près nombre de critiques développée sà l'encontre de " Cheval pour Tous " pourraient se retrouver dans nombre d'institutions plus traditionnelles. Reste qu'elle cumule le fait de vouloir réagir à certaines démissions de ces institutions. Qui plus est, elle souffre de l'image du lieu de vie que certaines administrations combattent que d'autres quand elles en ont le besoin. Doit-on rappeler qu'on ne décompte plus les institutions - traditionnelles ou moins - que les présidents de conseils généraux des terres d'accueil verraient mieux fermer.

Elle porte encore la croix de la médiatisation passée et encours. Il est évident que son animateur est charismatique et donc facilement égocentrique. Mais connaît-on une institution montée sans avoir un leader ayant une volonté inébranlable et des convictions. Il est facile d'ironiser sur le culte de la personnalité de l'animateur-chef. Il est comme tout le monde dans ce milieu. Il dérape, mais pas plus que d'autres. C'est une manière aussi de compenser.

Le point d'équilibre à rechercher

La critique est toujours un art facile. On peut aussi se boucher le nez et fermer les oreilles en s'adossant aux grands principes qui donnent bonne conscience. Sans que la fin justifie tous les moyens la vraie question est de savoir si pour certains jeunes des techniques plus "cadrantes" ne sont pas nécessaires aujourd'hui et si, à l'expérience, ce que fait " Cheval pour Tous " est positif ou non. Ce sont les mêmes qui auront tordu le cou à ce type de structures qui ensuite dénonceront la prison ou l'absence de prises en charge.

Indéniablement ces jeunes que l'on songe à confier à " Cheval pour Tous " ont besion de réponses de nature à les structurer. Pour autant la fin ne justifie pas tous les moyens. On peut aligner les articles de la Convention sur les droits de l'enfant. Ils ne seront violés que si, dans la forme et sur le fond, les attitudes tenues à l'égard de ces enfants visent à les humilier, à les violenter, à les déstructurer, à abuser d'eux comme on a pu le connaître jadis dans certaines structures étrangères ou françaises où encore récemment l'on pratiquait la baffe éducative comme système. Jusqu'à plus ample informé, rien de tout cela à " Cheval pour Tous ". Rien dans l'ambiance qui y règne au quotidien et que peut évaluer par lui-même celui qui se présente.

Car s'il faut citer le pr. S. Tomkiewicz sur les violences institutionnelles, on ne doit pas n'ignorer l'une des conclusions de ses travaux : une institution maltraitante est généralement refermée sur elle-même, derrière des hauts murs et elle ne reçoit personne. A l'expérience, à " Cheval pour Tous " la porte est ouverte sur l'extérieur (et dans le même temps on essaie de ne pas laisser partir facilement les jeunes) et est reçu qui veut quand il veut.

Appel à débat

Le débat aussi est ouvert.

Sur " Cheval pur Tous " si certains connaissent et peuvent témoigner mais aussi sur le(s) type(s) de prise(s) en charge dont ont besoin ces jeunes qui aujourd'hui posent problèmes et ont été à deux doigts de justifier que l'on emporte l'ordonnance du 2 février 1945 dans une " refondation " dont on voit bien ailleurs ce qu'elle signifiait.

Le passage à l'antenne de TF1 en septembre-octobre d'un film sur l'une des expédition de " Cheval pour Tous " en Roumanie ne manquera pas de susciter débats. Le JDJ a souhaité anticiper sur ce débat.

Le point de vue demandé à J.P. Cocco est une vision personnelle et respectable. On peut ne pas la partager comme s'y résoudre. A terme, chacun appréciera.

Puissions-nous quand même éviter les anathèmes avec d'un côté, les libertcides près à tomber dans le comportementalisme et, de l'autre, les angéliques purs et durs défenseurs des libertés. Nous ne progresserions guère. Essayons de dépasser l'approche au premier degré pour voir ce à quoi répond ou pas " Cheval pour Tous " et d'autres structures contenantes. Quels garde-fous leur mettre? A qui les réserver et dans quelles perspectives ? Cet exercice est d'autant plus nécessaire que certains voudront imiter "Cheval pour Tous " sans se poser les questions que se posent ses animateurs et que ceux là pourraient être dangereux.

Et par-delà cette institution qualifiée, il nous faut démultiplier la gamme des réponses utiles à ces jeunes, garçons et filles, quand il est encore temps de revenir sur des années et des années de carences et de violences, avant que leur univers naturel - leur famille, leur quartier - ne les réaspirent. Entre-temps, ils doivent avoir acquis la capacité de résister à cette violence.

Jean Pierre Rosenczveig


Annexes 1:
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Le débat : prisons publiques ou privées ? est-il possible d'éduquer en contenant ? quelle est la légalité de ces pratiques au regard des droits de l'enfant ?

Réaction de Jean-Pierre Rosenczveig

Le JDJ, alerté par un travailleur social de la région, a dépêché au lieu de vie "Cheval pour tous" un de ses collaborateurs, Jean-Pierre Cocco qui en est revenu horrifié. Pour lui, l'institution inflige aux mineurs des traitements inhumains et dégradants et, pédagogiquement, ne peut qu'augmenter la violence de jeunes accueillis sans discernement par des éducateurs amateurs.
La légalité de pareil placement lui apparaît douteuse : une institution privée ne peut être habilitée à pratiquer la détention de majeurs ou de mineurs et aucun juge ne peut prononcer des mesures privatives de liberté hors les cas prévus par la loi. Pour d'autres, la violence actuelle des jeunes appelle de nouvelles réponses et le ministère de l'Intérieur invitait récemment à la création des maisons éducatives fermées pour mineurs.
C'est une erreur de parler de laxisme de la justice pour mineurs, argumentait la ministre de la Justice face aux critiques du ministère de l'Intérieur : certaines juridictions ont engagé un traitement systématique de la délinquance des jeunes et il n'est pas besoin de réformer l'ordonnance de 1945, il faut s'appuyer sur ce que nous avons commencé à faire. Tous les actes de délinquance imputable à un jeune doivent susciter une réaction judiciaire avec le souci de mobiliser les parents, d'indemniser les victimes, des responsabiliser les jeunes par les mesures de réparation. Pour les cas les plus lourds, il faut se donner les moyens de prises en charge qui ne doivent plus achopper sur le manque de structures adaptées. La ministre ne condamne pas les UEER, on veillera à convertir d'autres structures pour accueillir ces jeunes difficiles qui ne peuvent plus rester dans leur quartier, dans leur famille et qui, pour autant, n'ont pas leur place en prison.

Eviter la prison

La prison est une structure cadrante par excellence. Qui plus est elle ne souffre pas des quota. On lui demande d'accueillir, elle accueille. On y recourt de plus en plus : 3.945 fois en 1997 pour 2.247 en 1993. On en connaît les limites pour la protection de l'ordre public. A long termes la société voit revenir le boomerang !
"Si tant de juges des enfants et de travailleurs sociaux recourent à ce type de structure, c'est certainement qu'ils n'ont guère d'alternatives, c'est aussi que ce que les jeunes y vivent n'est pas si insupportable ou si contraire aux valeurs que les juges et éducateurs défendent. D'ailleurs certains de ces juges et de ces éducateurs "placeurs" ont fait le déplacement du Climont et ont pu apprécier. Quant aux autorités de tutelle, elles assument leurs responsabilités autant que faire se peut dans le système français, pas plus, pas moins avec "Cheval pour tous" que pour beaucoup de structures éducatives. La Chancellerie (DPJJ) suit de près le projet et son développement".

Ces propos de Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, qui n'est pas précisément un liberticide tendent à démontrer que "Cheval pour tous " veut répondre aux réels besoins des jeunes auxquels les autres institutions ne peuvent faire face : "Il faut des structures éducatives ouvertes mais contenantes, alternatives à l'incarcération", déclare-t-il. Il poursuit : "Quelles sont les structures capables d'accueillir et de contenir des jeunes qui n'ont pas connu de cadres et de repères socialisant ? Ces jeunes asociaux, en révolte qui ne connaissent apparemment que la violence comme mode de communication ?
La vraie question
La critique est un art facile. On peut se boucher le nez et fermer les oreilles en s'adossant aux grands principes qui donnent bonne conscience. Sans que la fin justifie tous les moyens la vraie question est de savoir si pour certains jeunes des techniques plus "cadrantes" ne sont pas nécessaires aujourd'hui et si, à l'expérience, ce que fait "Cheval pour tous" est positif ou non. Ce sont les mêmes qui auront tordu le cou à ce type de structure qui dénonceront la prison ou l'absence de prises en charge. Il faut donc trouver d'autres réponses dans un cadre ouvert. Telle est la gageure.
Quand on cherche des structures de cette nature on s'aperçoit du vide : il y a longtemps que la P.J.J. a dû renoncer aux siennes pour les raisons les plus diverses. C'est dans ce contexte de refus de l'incarcération pour ce qu'elle a d'inutile - non par principe - et l'absence de réponse éducative qu'ont émergé de "nouvelles" réponses : JET de l'amiral Brac de la Perrière, puis " Cheval pour tous".
Jean Pierre Rosenczveig affirme que "Cheval pour tous" n'est pas une institution maltraitante, même si, comme ailleurs les risques de dérapage existent : "on ne demande par l'adhésion du jeune parce qu'il y a l'ordre d'un juge et qu'on n'a pas à adhérer à l'ordre d'un juge : on le supporte. C'était au juge de rechercher éventuellement l'adhésion ! Qui plus est la structure se donne les moyens de faire face.
Elle ne facilite pas les fugues en étant vigilant, y compris la nuit où, au Climont, des tour de ronde sont faits toutes les vingt minutes. On va rechercher les jeunes quel que soit l'endroit où ils se trouvent - cela ne se fait guère plus dans les établissements classiques.
Pas de maltraitance
Et si les jeunes habitués à la violence veulent la pratiquer ils ont en face d'eux des interlocuteurs plus animateurs sportifs que manieurs de concepts. Une vraie force de dissuasion ! Incontestablement dans les rapports entre ces jeunes et les adultes, entre jeunes eux mêmes, il y a de la violence. Pour autant la fin ne justifie pas tous les moyens. Les droits de l'enfant. ne seront violés que si dans la forme et sur le fond les attitudes à l'égard de ces enfants visent à les humilier, à les violenter, à les déstructurer, à abuser d'eux comme jadis dans certaines structures françaises même encore récemment. Jusqu'à plus ample informé rien de tout cela à "Cheval pour Tous". Rien dans l'ambiance qui règne au quotidien et que peut évaluer celui qui se présente. Car s'il faut citer Tomkiewicz, n'ignorons pas l'une des conclusions de ses travaux : une institution maltraitante est généralement refermée sur elle-même, derrière des hauts murs et elle ne reçoit personne. A "Cheval pour tous" la porte est ouverte sur l'extérieur (et dans le même temps on essaie de ne pas laisser partir facilement les jeunes) et est reçu qui veut quand il veut".
Un reportage sur l'institution est programmé pour septembre par TF1. Nos lecteurs y trouveront matière à réflexion. Et le ministère de la Justice devra répondre aux questions qui restent posées : prisons publiques ou privées ? est-il possible d'éduquer en contenant ? quelle est la légalité de ces pratiques en regard des droits de l'enfant ? Le JDJ suivra de près les réponses que suscitera ce débat, principalement celles des autorités.

Jean-Pierre Bartholomé


Annexe 2
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Cheval pour tous" : maison de correction écologique ? ou: le retour de la maison de correction !

par Jean-Pierre Cocco


Les méthodes de "Cheval pour tous" lieu de différents" Pour quelles raisons les autorités de tutelle de "Cheval pour tous" continuent-elles à habiliter cette association :

qui depuis plusieurs années fait l'objet de plaintes répétées pour violences sur mineurs;

qui, en toute impunité, pratique la privation de liberté et des méthodes éducatives basées sur un régime de terreur et de rapport de forces entre mineurs et adultes tout puissants;

qui ne répond pas aux normes sur l'obligation scolaire;

qui "accueille" 50 mineurs au lieu de 30 avec 14 animateurs non formés pédagogiquement pour une période moyenne d'un an dont trois mois à l'étranger (Roumanie, Pologne, Grèce, Espagne,...) qui rendent impossible un quelconque contrôle pédagogique.

Et enfin, comment comprendre le soutien de personnes éclairées tel celui de notre ami Jean-Pierre Rosenczveig à ce type de projet ? Il a passé deux jours à "Cheval pour tous" pour inspecter les méthodes éducatives qu'on peut qualifier de "terrorisme éducatif" : cautionne-t-il cette association en acceptant, selon Monsieur Superi, d'être consultant de l'association lors des réunions du Conseil d'administration ?


Présentation de "Cheval pour tous"
(extraits du Projet éducatif de l'association "Cheval pour tous" de novembre 1997)

"En 1987, l'association était créée dans un but touristique et pédagogique. Il s'agissait d'accueillir des enfants lors de périodes de loisirs pour les sensibiliser à l'environnement par la production agricole et ses dérivés - culture des céréales et fabrication du pain - et par l'approche du petit cheval - soins et observation du troupeau -. Très rapidement, il apparut que les enfants difficiles étaient très réceptifs au contact des l'animal et de la nature.
Depuis 1990, la structure n'a cessé d'accueillir des jeunes en détresse confiés par l'autorité judiciaire."
"L'association est située au lieu-dit "Le Climont" à quelques kilomètres de Urbeis et quelques dizaines de Saint-Dié. Ce sont là quelques maisons accrochées aux pentes vosgiennes sur leur versant alsacien dans des paysages de grandes verdures mais aussi de grande rudesse quand soufflent les vents de l'est.
C'est au pourtour de ce hameau qu'ont été aménagées deux fermes distantes de huit cent mètres l'une de l'autre et que fut construit un bâtiment agricole.
La première ferme appelée "Le Climont" regroupe la partie administrative, des ateliers, la salle de classe et une partie de l'hébergement d'une capacité d'accueil de 12 lits.
La seconde, dénommée "La Source", est un lieu de vie comprenant 4 chambres de 3 lits chacune.
La troisième structure est un vaste hangar abritant l'ensemble du matériel agricole ainsi que des écuries, une étable et un abattoir à volaille.
L'association dispose de 50 hectares de forêts et de prairies aux alentours immédiats des fermes."

Jeunes accueillis

"Les jeunes qui arrivent au Climont ont entre douze et seize ans. Ce sont, dans tous les cas, des mineurs placés sur ordonnance d'un juge pour enfant, soit au titre pénal, soit au titre de l'assistance éducative et sur demande de l'Aide sociale à l'enfance.
Nous accueillons de jeunes adolescents en pleine crise, violents pour eux-mêmes ou pour autrui. Souvent décrits comme véritables "bombes de souffrances", les adolescents arrivent à "Cheval pour tous" après des placements ratés et répétitifs ou des incarcérations ou des séjours en hôpital psychiatrique.
Nous sommes un ultime recours pour ces jeunes que plus personne ne peut ou ne veut éduquer.
Leur vie est, en général, constituée de trajectoires d'échec rompue d'épisodes douloureux. Souvent le relation à la mère est fusionnelle et le père absent. Dans la tête de ces jeunes, tout ce qui est autorité est automatiquement perverti. Seule la pulsion agressive leur permet de calmer les vides affectifs et de combler le manque cruel de repères pour se construire.
Rien n'est paix, tout est guerre réelle ou fantasmée dans leur tête au moment de leur arrivée. Tels des animaux blessés qui refusent des soins, ces adolescents nous arrivent éreintés par une vie chaotique et rebelles à toute forme d'aide éducative."

Personnel

1 directeur et 1 directeur adjoint
"Tel un bateau, la structure de "Cheval pour tous" a besoin d'un pilote. L'encadrement hiérarchique se compose du directeur et du directeur adjoint. Ils doivent offrir la garantie de la conformité des en rapport avec le projet institutionnel.
Ils apportent une sécurité technique, administrative et gestionnaire, mais le sens profond de leur pilotage reste lié aux objectifs éducatifs.
Ils maintiennent le lien entre toutes les personnes de l'intérieur de la structure mais également avec tous les réseaux extérieurs : magistrats, institutions, familles, personnels sociaux, etc.
Ils ont la responsabilité juridique et éthique de l'établissement. Ils veillent enfin, à la nécessaire émulation des personnes pour que rien ne devienne routine mais que tout soit susceptible de changement."
1 psychologue
"La détresse et l'extrême violence des adolescents, le refus de l'autre et la peur d'eux-mêmes, sont la résultante d'histoires morcelées qu'ils ne peuvent plus accepter.
Pourtant nous sommes convaincus qu'eux seuls peuvent redonner sens à leur vie en verbalisant leurs traumatismes y compris les plus refoulés.
En ce sens, la préservation des temps de paroles dans un colloque singulier avec in interlocuteur privilégié, neutre et spécialisé, est essentielle. Ceci permet d'aborder, de façon clinique, les phases d'introspection nécessaire à la cicatrisation des blessures de la vie de ces jeunes autant qu'à la compréhension d'eux-mêmes par des paroles réparatrices."

1 instituteur
"Dans la plupart des cas, l'adolescent est en échec scolaire. Neuf fois sur dix, il a rompu avec l'école.
L'instituteur est un membre de l'équipe à part entière.
Il travaille essentiellement sur trois axes :
- l'alphabétisation : dispense de programme d'initiation à la lecture;
- les acquis fondamentaux : l'apprentissage du calcul, de l'écriture et le perfectionnement à la lecture;
- la remise à niveau : restauration d'acquis scolaires orientés vers la formation professionnelle ou le retour en milieu scolaire ordinaire."

2 secrétaires
2 veilleurs de nuit
14 animateurs divisés en deux équipes réparties sur chacun des bâtiments
"L'équipe est pluridisciplinaire, les personnels viennent du monde du travail. Il y a peu d'intervenants sociaux spécialisés. Nous comptons beaucoup sur l'authenticité des personnes bien plus que sur des attitudes professionnelles modelées par des savoirs d'école.
L'association recrute des animateurs en fonction de leurs expériences de vie et non du nombre de leur diplôme"

2 agents de service

Projet actuel
(extraits du projet éducatif de l'association "Cheval pour tous" de novembre 1997)


Les objectifs

Nous accueillons, éduquons des jeunes bannis du fait de leur violence et de leur souffrance et en raison de vies intérieures fracturées. Nous tentons, à travers une démarche éducative originale, d'instaurer une dynamique de renaissance.

Les buts sont :

- La confrontation à la loi : restauration de comportements socialement acceptés et acceptables;
- L'instauration de processus de conscientisation : élaboration réfléchie des modes de pensée et de conduites vis-à-vis d'eux-mêmes et d'autrui;
- L'apprentissage et la connaissance : valorisation des savoirs par l'instruction, les voyages, les échanges avec le milieu rural, le travail de la terre, de ses produits directs ou dérivés.

Les principes éducatifs

"Si tu ne sais pas, on te montre,
Si tu ne peux pas, on t'aide,
Si tu ne veux pas, on t'oblige."

"L'adulte sera, dans tous les cas, plus fort que le jeune, en lui imposant l'impossible, en restant intérieurement calme, en lui montrant qu'il n'a pas peur de lui. L'adulte doit être indestructible à la condition qu'il se sente lui-même en sécurité en verbalisant le conflit auprès d'autres adultes qui vont l'aider, le soutenir dans la confrontation."

"Pour crédibiliser ses intentions et être en conformité avec ses exigences et ses principes, l'association apporte la garantie d'une présence constante d'un adulte auprès de l'adolescent."

"Nous ne cherchons pas l'adhésion du jeune. En effet, le placement est une mesure de contrainte imposée par l'autorité judiciaire à laquelle il ne peut que se soumettre. A ce titre, nous ferons en sorte que le mineur l'exécute comme telle."

"La convention passée avec les professionnels chargés du suivi éducatif sera négociée sur trois points :
- à partir du moment du placement, l'association "Cheval pour tous" devient maître d'oeuvre des méthodes et choix éducatifs;
- les personnels de l'association décident en accord avec leurs partenaires extérieurs du moment des contacts du jeune avec sa famille;
- les intervenants sociaux chargés de l'orientation et du suivi s'engagent à participer activement à la préparation du départ d'un jeune trois mois avant le terme du séjour. Ils demeurent les seuls référents de l'adolescent avant, pendant et après le placement."

Les moyens

L'environnement
"Pas de clôture, ni de barbelés, pas de clés ni de coffre forts. Si le placement comporte un caractère pénal, pour autant, rien, absolument rien, ne rappelle l'univers carcéral. Tout est ouvert sur un espace rural paisible et serein invitant à la découverte de soi et de monde."

2°) Le cheval
"La pratique du cheval dans ces conditions a une vertu :
- socialisante : apprentissage de règles avec de rudes sanctions en cas de faute;
- psychothérapeutique : transfert affectif, sensorialité, découverte de soi, de ses potentialités;
- cognitive : connaissance du monde animal et apprentissage des soins."


3) Les voyages
"Partir est une obligation. Sur une année, le jeune voyage trois mois. Les voyages sont longs et pénibles. L'adolescent va devoir participer obligatoirement aux règles de la collectivités pour gagner son confort et conquérir ce dont il a besoin : pas de feu s'il n'y a pas de ramassage de bois et interdiction de s'approcher d'un foyer s'il n'y a pas eu une contribution concrète et affective à la constitution des fagots. L'admission au sein du groupe, le bénéfice de sa sécurité, la possibilité de partager chaleur et nourriture sont conditionnés par le respect des règles et des lois. Dans le cas contraire, la sanction est impérative même si l'adolescent doit souffrir de la faim et du froid par exemple. Nous souhaitons, en imposant ces conditions sévères ou extrêmes, par exemple lors des raids en milieu hostiles, faire découvrir qu'il faut lutter pour sauver sa vie.
Les voyages dans ces conditions ont une vertu :
- socialisante : apprentissage des règles et des lois avec des pénalités vitales en cas de transgression;
- psychothérapeutique :prise de conscience de soi-même, de sa vie intérieure, dépassement de ses potentialités;
- cognitive : découverte d l'étrange et de l'étrange; confrontation avec d'autres communautés de vie, avec la pauvreté; avec d'autres cultures; découvertes géographiques et confrontation à la nature."


4 ) La ferme
"La ferme dans ce conditions a une vertu :
- socialisante : prétention à ne pouvoir bénéficier que du fruit de sa propre activité;
- psychothérapeutique : prise de conscience de soi, de l'essentiel de la vie;
- cognitive : accès à la responsabilité, découverte du monde du travail, apprentissage gestuel et acquisition de connaissances professionnelles."

5) Partenariat avec des agriculteurs
"L'association s'est associée avec un réseau de fermes environnantes devenues lieux d'accueil privilégiés pour des adolescents en apprentissage."

6) Activités physiques et culturelles
"Ces activités ont une vertu :
- socialisante : intégration au collectif par des activités physiques à caractère initiatique et confrontation aux règles;
- psychothérapeutique : prise de conscience de ses limites, dépassement de soi, humilité et transcendance;
- cognitive : découverte des cultures, éveil des curiosités et structuration des connaissances

Pourquoi "Cheval pour tous" est-il remis en question ?

Monsieur Superi, lors d'un long entretien le 31 juillet 1998, a expliqué en détail pourquoi il n'était pas prophète en son pays, voici la teneur de cet entretien.

Pour lui, "il existe plusieurs raisons à cet état de chose.
Tout d'abord, il y a un "marché des enfants" et il est tenu depuis très longtemps par les Catholiques en Alsace. Dans le schéma départemental rédigé il y a quatre ans il est dit qu'il y a trop de lits en Alsace mais pas assez pour les mineurs difficiles. Les Catholiques ont besoin d'entretenir leurs bâtiments et dix lits en moins pour eux ça pose problème.
En ce qui concerne le département, à "Cheval pour tous" tout est loué, donc l'association n'est ni contrôlable, ni corvéable et cela est inimaginable en Alsace. Par exemple, il y a conflit sur l'analyse du prix de journée (neuf cent francs par enfant et par jour). Le seul qui peur dire comment répartir ce prix de journée en activités, nourriture, personnel c'est moi (Monsieur Superi) pas l'administration. Celle-ci doit suivre le pédagogique et non l'inverse; mais d'accord pour justifier chaque centime.
"Cheval pour tous" gêne le département car si ce dernier dit que l'association est en ordre, il est responsable et être responsable d'un endroit à risque comme ici, c'est pas évident.
Les jeunes ne sont pas des enfants de choeurs, le personnel non plus; il y a des dangers sans arrêt, donc chaque autorité cherche à se protéger (le Préfet, le Département, la PJJ). De plus, la PJJ voudrait faire une convention globale avec tous les milieux de vie et le code de la famille est en préparation.

Mon approche c'est de dire que ces jeunes, c'est la société qui les a fabriqué; on est tous responsables et ce n'est pas en les mettant en prison qu'on réglera les choses. Je suis contre la détention provisoire pour les moins de 16 ans. Je suis d'accord pour la vocation éducative de la prison sur une très courte période pour son effet de dissuasion mais avec retour du jeune après une semaine dans le service. Si cette détention devient possible, on mettra des gamins en prison à 13 ans car personne ne voudra les prendre. Si certaines institutions ne sont pas capables de prendre ces mineurs qu'elles ferment et que d'autres prennent leur place.

En ce qui concerne le Tribunal de la Jeunesse de Strasbourg, il est très à gauche. Par exemple, Mme Bigot est l'épouse de la tête de liste P S aux Régionales.
Le Parquet est sous la pression des policiers qui sont à 50 % "fachos" et qui se sentent abandonnés car il n'y a pas de coordination ici, comme à Bobigny par exemple, où tous les quinze jours se réunissent commissaires de police, Juges pour enfants, Parquet, éducateurs du SEAT pour coordonner leurs actions lorsqu'un enfant revient plusieurs fois pour des faits délinquants. Ici ce n'est pas comme cela. Si cela se passait ici à moitié comme à Bobigny, il n'y aurait pas eu cent voitures volées et brûlées à Noël.

Ensuite, il faut tenir compte du contexte urbain de Strasbourg. Ici entre les beaux quartiers et les quartiers défavorisés, il n'y a pas de distance, ils se côtoient et la différence de niveau de vie est vécu comme injuste et cela crée des problèmes.

Il faut aussi savoir que les enfants moitié maghrébins et moitié gitans donnent des "bombes". Car le jeune maghrébin n'a plus de repères, n'est pas reconnu, n'a pas de statut mais en plus lorsque la mère est gitane donc nomade cela amplifie le phénomène de grandir à côté de la réalité. Et on le remarque beaucoup plus tard car déscolarisation des gitans. Cette double culture, cette vie dans un monde à part fait qu'à 10 ou 12 ans , ces enfants sont complètement déglingués. Ils n'ont ni la notion du temps, de l'espace, de la quantité.. Seul le tabou de l'inceste reste une règle, le vol, la violence est possible. Ils n'ont pas les mêmes normes. Et moi (Monsieur Superi) je suis celui qui a la chance de contenir ces gamins-là. En un an, il y a eu deux voitures volées par les pensionnaires de l'association et cela gêne les intervenants extérieurs. Ils disent que la seule façon d'expliquer cet état de fait est que "Cheval pour tous" et c'est un schéma simpliste, est de dire que a matraque est utilisée dès que les jeunes bougent et qu'ils tremblent devant les animateurs. Les autres services sont soit "laissez faire" : l'éducateur frappe avant d'entrer dans la chambre d'un jeune; il laisse fumer des joints, il laisse les garçons peloter les filles; soit, dès que le jeune pose problème, a une crise, il est viré.
Comme je pointe les choses et comme j'ai de bons résultats pendant le placement, ça dérange beaucoup de gens. Surtout quand j'ose dire qu'un éducateur doit faire 10 ans d'hébergement avant de faire du milieu ouvert; qu'il faut imaginer d'autres statuts que la Convention de 66 pour s'occuper des mineurs difficiles; qu'il y a trop de femmes dans les secteur et qu'on ne peut laisser une femme seule avec un groupe le soir dans un foyer.

Enfin, j'ai plus de problèmes à lutter contre les "c..." qu'avec mes cinquante gamins !!!"

Comment expliquer le développement de "Cheval pour tous" ?

Il est important de resituer ce développement dans le contexte actuel du grand débat entre défenseurs et adversaires de l'approche sécuritaire et autoritaire de l'éducation des mineurs posant des actes qualifiés de délinquants.
Tous les ingrédients semblent rassembler pour que ces mineurs en grandes difficultés trouvent de moins en moins de lieux où un projet constructif puisse être construit avec eux (que ce soit dans leur quartier d'origine ou dans une institution ou un lieu de vie).

Et c'est ici qu'entre en jeu Monsieur Superi qui se place en alternative.
Son association est, selon lui, le seul lieu de vie qui non seulement accepte ces jeunes mais qui garantit à l'autorité de placement que le jeune ne recommencera pas à délinquer tant qu'il sera pris en charge (nous verrons plus loin de quelle manière).
Il faut également insister sur les talents de Monsieur Superi pour promotionner "Cheval pour tous" auprès des médias mais aussi de personnes influentes de la région; promotion aussi massive que démagogique.

Je l'ai expérimenté personnellement lors de ma visite sur place.

Dès mon arrivée, cet après-midi du 31 juillet 1998, le malaise s'installe en moi.
En entrant dans les locaux de "Cheval pour tous", je suis accueilli par deux énormes molosses. Le malaise ne fera que croître tout au long de la journée : lors du long entretien avec Monsieur Superi, de la visite des deux lieux d'hébergement, du visionnage d'une cassette vidéo d'une heure trente sur un voyage en Roumanie début 1998 avec une trentaine de jeunes et c'est épuisé que je mets le cap sur Strasbourg après ces six heures particulièrement éprouvantes.

Monsieur Superi qui me reçoit seul est impressionnant, vif et massif; il ne se séparera pas du robuste bâton des paysans du pays. C'est un vrai patriarche : fier, entier, passionné, dur, sûr de lui, sans nuances, à l'image du projet qu'il a façonné petit à petit.
Il parlera deux heures sans temps morts; demandera à la dame d'ouvrage de me faire visiter les lieux; me montrera fièrement le reportage vidéo réalisé par une télévision nationale et, à la fin de ma visite, il m'offre une vidéo nommée "les incasables" et le projet éducatif de son association.

Au milieu d'un paysage magnifique, j'ai trouvé la violence omniprésente à "Cheval pour tous" : dans le discours de son directeur, dans les aménagements des locaux de "La Source", la section d'hébergement qui accueille les jeunes en début de placement, dans les méthodes employées par les animateurs pour entrer en relation avec les jeunes.

Cette violence est constamment banalisée par Monsieur Superi : "pour moi, l'éducation c'était récompenser si effort et mettre une baffe si violence"; lorsqu'il engage du personnel pour l'épauler : "j'engage un bûcheron qui est sorteur d'un dancing le week-end et je lui propose ceci : tu vas t'occuper des jeunes, faire du sport, faire du bois et si un jeune veut tout casser, tu lui mets une trempe"; lorsqu'il aborde le fait qu'un jeune a porté plainte il y a quelques jours : "pendant un séjour en Creuse, deux gamins se sont battus et un animateur leur a foutu une baffe à chacun";...

Plus grave encore est la violence inhérente aux méthodes éducatives prônées. Toujours selon Monsieur Superi, un jeune commet une tentative de suicide pour attirer l'attention sur lui, "il recevra une engueulade et une baffe". Un jeune qui ne participe pas aux activités sera exclu du groupe; en Roumanie par exemple, dans les Carpates, la température est de moins 20 degrés : celui qui ne récolte pas du bois ne peut pas s'approcher du feu ou ne mange pas.
Deux jeunes qui se disputent sont obligés de se battre jusqu'à épuisement complet et prêts à reconnaître qu'ils sont idiots de se comporter de la sorte;...

Manifestement, la Convention internationale des droits de l'enfant du 20/11/1989 n'est pas le livre de chevet de Monsieur Superi.

Quid de l'article 37 par exemple qui stipule : "Les Etats parties veillent à ce que nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants."

Sans doute aucun, les jeunes placés à "Cheval pour tous" sont régulièrement soumis à des traitements inhumains et dégradants au "Climont" et lors des voyages : cris, disputes, injures, punitions humiliantes, privations de nourriture et de chauffage, marches forcées ou combats jusqu'à épuisement, coups,...
Que dire de l'enfermement organisé dans la section appelée "La Source". En effet, tout là-bas est sous clé quoiqu'en dise Monsieur Superi et à toutes les fenêtres, de jolis barreaux en fer forgé empêchent quiconque de sortir. C'est tellement banal que Monsieur Superi lui-même cite l'anecdote de cette éducatrice du SEAT de Strasbourg qui s'y est retrouvée enfermée lors d'une visite à un mineur (sic).

Pourtant, les autorités de tutelle continuent à habiliter l'association alors que l'enfermement de mineurs est illégal et que l'article 3 point 3 de la Convention des droits de l'enfant rappelle que : "les Etats parties veillent à ce que le fonctionnement des institutions, services et établissements qui ont la charge des enfants et que assument leur protection soit conforme aux normes fixées par les autorités compétentes, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la santé et en ce qui concerne le nombre et la compétence de leur personnel ainsi que l'existence d'un contrôle approprié." Et que l'article 19 stipule que: "Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d'abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu'il est sous la garde de ses parents ou de l'un d'eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute personne à qui il est confié."
Et pourtant, selon Monsieur Superi des inspecteurs viennent régulièrement depuis plus d'un an effectuer des vérifications. On a de la peine à le croire !

Quid de l'article 12 qui stipule que : "Les Etats parties garantissent à l'enfant capable de discernement le droit d'exprimer librement son opinion sur toute question l'intéressant, les opinions de l'enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité."
Ici, rien de tout cela, les "principes éducatifs" repris dans le projet éducatif déjà cité sont à l'opposé à savoir "Si tu ne veux pas, on t'oblige".

Quid de l'article 28 qui stipule que : "Les Etats parties reconnaissent le droit de l'enfant à l'éducation, et en particulier, en vue d'assurer l'exercice de ce droit progressivement et sur la base de l'égalité des chances : (...). Ils prennent des mesures pour encourager la régularité de la fréquentation scolaire et la réduction des taux d'abandon scolaire."

A "Cheval pour tous", la déscolarisation fait partie du projet éducatif puisque le mineur placé pour une période moyenne d'un an ne suit que quelques heures de lecture ou de calcul avec un instituteur. Et cette déscolarisation est officialisée par les éducateurs, juges, inspection; les autorités de tutelle,...

Il y a un autre aspect qui pose gravement question et c'est la surpopulation. Le projet éducatif annonce la possibilité d'héberger vingt quatre jeunes et actuellement , ce sont cinquante jeunes qui sont pris en charge. Plus du double sans extension des locaux et sans accroissement du nombre d'animateurs. Sachant que l'association perçoit 900 francs par jeune et par jour et en rapprochant cet état de fait des paroles de Monsieur Superi sur "le marché des enfants", on est en droit de se poser des questions.

En conclusion

Monsieur Tomkiewicz nous rappelle que : "La violence à enfant est tout ce qui lui inflige une souffrance inutile, exagérée et non justifiée

Le Congrès Européen de l'enfance maltraitée, en octobre 1997 à Barcelone, faisait une série de recommandations dont celles-ci :

- "promouvoir plus fermement des politiques préventives favorables au bon traitements des enfants sans se limiter à l'action "contre" les faits déjà accomplis;
- il est urgent d'encourager des attitudes civiques plus conscientes et responsables à l'égard de nos garçons et de nos filles afin que la bonne évolution de leur enfance soit assumée comme un défi ayant des implications collectives. Les enfants doivent visiblement être pris plus en considération dans nos villes, dans notre vie quotidienne et dans toutes les relations interpersonnelles et les situations institutionnelles les concernant. Les enfants doivent sentir qu'ils sont importants pour nous aujourd'hui, qu'ils sont des citoyens et non seulement des mineurs."

Depuis plusieurs années des plaintes pour mauvais traitements et coups sont déposées par des mineurs, sans effets jusqu'ici. Faudra-t-il un événement grave pour que les autorités de tutelle interdisent purement et simplement à Monsieur Superi de prendre en charge des mineurs placés par un juge ou l'Aide sociale à l'enfance et permettre ainsi à l'association de revenir à ses buts initiaux qui étaient :"accueillir des enfants lors de périodes de loisirs pour les sensibiliser à l'environnement par la production agricole et ses dérivés" ?


Annexe 3 :
___________________________________________

"Cheval pour tous" et la Ligue des droits de l'homme. Retour à la barbarie ou occupation du terrain ?


L'article du J.D.J de septembre dernier à propos de "Cheval pour tous" pose de multiples questions quant aux méthodes "pédagogiques" utilisées dans ce lieu de vie; mais le communiqué de la commission enfance de la Ligue des droits de l'homme en pose tout autant. Avec l'impression d'avoir été rédigé "dans la foulée", ce texte est une artillerie lourde qui founit d'emblée un feu nourri : "bagne", "matons ", "mater ", "casser", "dresser", sont autant de fusées éclairantes qui permettent de baliser le terrain pour préparer l'impact des missiles: "des adultes qui ne connaissent qu'une loi: celle de la violence...", et bouquet final, la référence à la tragédie de Perros-Guirrec et à cet abbé intégriste assassin. Et dans tout ça, il y a ceux qui résistent et ceux qui "n'arrivent pas à résister à la pression de la police et du parquet et peut-être aussi à celle des "biens-pensants ". Que l'on soit clair, il ne s'agit pas d'approuver ou de cautionner de quelque manière que ce soit "Cheval pour tous"; il faut que les autorités de tutelle organisent une inspection rapide et soignée de cette institution, et, si cette institution est une "institution maltraitante" la ferme dans les plus brefs délais. Mais tirer à vue ne sert pas à grand chose, sauf à occuper le terrain.
Michel Robin
PS - Merci des recommandations pédagogiques telles que de ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier, ou de confronter à la loi républicaine par quelques jours passés en prison au moment d'une crise grave... Si les choses étaient si simples, il est fort à croire qu'elles se sauraient.
NDE - L'article de Jean-Pierre Cocco sur "Cheval pour tous" (JDJ 177 - sept. 1998) a suscité de multiples réactions de nos lecteurs dont le communiqué de la Ligue publié en octobre donne un bon reflet.
Nous en publierons sans doute la synthèse avec les réactions que nous aurons pu recueillir au ministère de la Justice à propos de la légalité des méthodes dénoncées (ou de l'opportunité de les légaliser ?).
Implicitement, Michel Robin pose bien - en post-criptum - la question essentielle : qui dispose de recettes pédagogiques susceptibles de prendre en charge ces mineurs dits "incasables" (dès lors que nombre de structures éducatives publiques ou associatives habilitées par la PJJ les rejettent sans remord) ?


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