Les violences urbaines
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L'Humanité
6 janvier 1998
1 Ces flambées de voitures camouflent déjà un business
comme dans de nombreux quartiers. La spécialité locale serait
le vol de voitures allemandes et leur dépeçage. On s'organise
ensuite pour le faire disparaître et l'habitude de faire flamber les voitures
entraîne d'autres gestes dont ont été victimes des résidents.
Dans l'organisation de type " mafieuse " qui existe les très
jeunes tiennent un rôle au service des plus vieux. Ces violences trahissent
aussi la révolte de jeunes - majeurs ou mineurs - qui brulent peut être
les symboles d'une intégration qui leur échappe.
Mais il faut relativiser Strasbourg. : les agressions de bus dans d'autres banlieues
sont plus inquiétantes. Et la France n'est pas à feu et à
sang. Des " révoltes " sectorielles ou plus larges, notre pays
en à connu au coût plus élevé. Quel a été
le prix du Parlement de Bretagne brûlé par les paysans bretons
! Qui a été condamné ? A Strasbourg, la justice a voulu
être ferme et exemplaire.
Pour l'instant ces jeunes en sont encore encore à violer la loi; insensiblement
s'apprroche la révolte de ceux qui n'ont rien à perdre. C. Bachamnn
avant de mourir voici quelques jours dénonnçait l'égoisme
de la bourgeoisie. Comment lui dire qu' elle a une bombe sous les fesses, elle
croit encore à l'idée simplifacatrice qu'il suffit d'éliminer
quelques meneurs ?
2 Incontestablement par sa nature (violence contre les personnes et les biens),
par sa signification (associalisation plus qu'opposition générationnelle),
par son nombre (toute une jeunesse est concernée) la délinquance
juvénile interpelle nos institutions, y compris d'édducation et
de " rééducation ". Le bilan dressé récemment
des Unités à encadrement éducatif renforcé crééee
par M. Toubon montre les limites actuelles d'un certain travail social pour
ces jeunes si on improvise. Il faut réunir les moyens humains et financiers.
La Protection judiciaire de la Jeunesse ne peut pas tout faire; Elle doit se
concentrer sur l'évaluation, l'accueil en urgence et le conseil auprès
des juridictions, être garante du suivi éducatif des mesures, assurer
les mesures pénales à caractére éducatif. Pour le
reste comme l'acceuil au long terme il faut qu'elle passe la main au secteur
associatif habilité mieux organisé. A ce seul prix, elle redeviendra
crédible dans les zones sensbiles.
Parfois il faut punir les enfants (par la prison ou par des peines modernes)
mais sans renoncer à une démarche d'éducation. Or on ne
remonte pas dix ou quinze ans en un mois ! La justice a besoin de plus d'institutions
éducatives (familles d'accueil d'abord, internats scolaires, internats
éducatifs). L'éloignement du quartier et des relations peut être
utile; il n'est pas une fin en soi. Les jeunes ne doivent pas être regroupés,
mais pris en charge individuellement dans un cadre de vie à échelle
humaine. Cela suppose: 1° il faut trouver les hommes et des femmes équilibrés,
crédibles, fermes et chaleureux qui vont s'engager pour ces jeunes, parfois
hors du champs traditionnel de l'action sociale ; 2° l'Etat et les départements
- les départements entre eux - doivent arrêtent de jouer à
la patate chaude. La deuxième étape de la décentralisaton
est à écrire.
3 La loi n'est pas fondamentalement en cause. A la marge on peut encore l'améliorer.
Sa dernière mise à jour date de juillet 1996 par M. Toubon. Sur
sa base les juridictions et la police ont pu engager leur aggiornamento avec
des résultats indéniables : moins de 15 % de récidive chez
les primo-délinquants traités par le parquet de Bobigny, des parents
remobilisés, des victimes rapidement entendues et indemnisées.
Pour les cas les plus difficiles, jeunes déstructurés et abandonnés,
la la prison fonctionne: la détention est multipliée par 4 en
5 ans en Ile de France
Reste le cas plus délicat des moins de 16 ans sur lesquels dans le temps
de l'arrestation nous n'avons pas de contrainte carcérale mais n'oublions
pas qu'une peine de prison peut interfvenir à très bref délai
pour les récidivistes. Le retour à la détention provisoire
préconisé pour eux serait une facilité. La prison reste
l'école du crime. D'autres avancent l'idée de maisons closes où
les jeunes seraient " rééduqués " ingnorant que
d'expérience il ne peut pas y avoir d'éducation dans un lieu fermé.
Si c'est la voie éducative est choisie, elle doit être dans un
lieu ouvert ce qui ne veut pas dire qu'il ne soit pas cadrant et autoritaire,
soit du fait du charisme de son responsable soit du fait des son mode de fonctionement.
On a des exemples.
En vérité, s'affrontent ici les tenants des idéologies
comportementalistes (hier on coupait la main, on plongeait le délinquant
dans la rivière, on l'incarcérait, on nous propose la contention
dans ces centres fermés !) et ceux qui veulent s'attaquer aux causes
sans nier la part de responsabilité individuelle et mobiliser les compétences
de l'individu.
La justice doit jouer son rôle (en responsabilisaant les parents y compris
parfois par des poursuites pénales, par la mise sous tutelle des allocations
familiales, et non leur suppression, par le retrait ders enfants de leur milileu
pour les protéger, par le travail d'aide et de soutien aux parents qui
veulent et peuvent se remobiliser). Cele est possible; cela se fait.
Il faut surtout s'attaquer aux causes :
- Pour valoriser le jeu des responsabilités parentales, l'établissement
de la filitiion paternelle doit devenir obligatoire, les deux parents doivent
être enfin égaux en droits et en devoirs; un statut des beaux-parents
s'impose. Il faut encore faire passer un message public sur les responsabilités
parentales
- Les services sociaux doivent se rédéployer pour aider les familles
(les parents et les enfants) là où elles sont en souffrance;
- Etre juste : les enfants et les jeunes sont prêts à admettre
une société si elle est à leur yeux. Il ne peut y avoir
deux poids deux mesures; ceux qui font et agissent la loi doivent la respecter,
etc.
Reste que le fossé se creuse entre ceux qui vivent bien et les autres.
La vie de ces enfants est dure : parents dévalorisés ou délégitimés,
violence dans et hors la maison, a minima absence de protection des adultes,
habitat dégradé, absence de marques d'attention positive et de
valorisation puis petit à petit enfermement dans un statut de mauvais,
etc.
Si le doublement de la délinquance juvénile depuis 1990 est avéré
comment imaginer que quelques places de prison de plus et quelques " maisons
closes " pourront suffire ? Cette jeunesse meurtrie et dangereuse est à
l'image d'une société à reconstruire d'urgence. C'est donc
des stratégies complémentaires qui doivent être suivies
dont la clé de voute est que les enfants et leurs parents croient que
leur vie peut enfin changer, déjà en ayant vivre dignement en
famille par le travail.