LES DOSSIERS en contruction
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La prévention de la « délinquance » et de la violence:
Ni carotte, ni bâton : OSONS L’EDUCATIF ! Les savoir-faire existent, les professionnels de l’enfance que sont les animateurs et les autres acteurs sociaux agissent au quotidien pour que les enfants et les jeunes puissent apprendre à vivre ensemble et construire eux-mêmes leur avenir… Les images d’Épinal qui comparent les cités à des zones de non droit, les opérations policières médiatiques et aveugles, les politiques démagogiques qui manient alternativement la carotte et le bâton, détruisent ce que tous les militants de l’enfance, éducateurs professionnels ont construit patiemment avec souvent peu de moyens. Il est temps de promouvoir une autre politique et de construire ensemble une alternative citoyenne.
La gauche institutionnelle et la droite ont épousé des discours sécuritaires similaires avec des slogans en faveur de la fermeté, de la tolérance zéro, voire des centres fermés pour jeunes délinquants … La droite libérale est arrivée au pouvoir en décidant d’appliquer son programme : Nicolas SARKOZY sillonne les banlieues accompagné d’une cohorte de « pandores » pour faire la chasse aux jeunes, aux « marginaux », aux immigrés. Tous les micros et caméras sont braqués sur ces opérations fortement médiatisées, la majorité des commentateurs journalistiques, obnubilés en oublient toute analyse objective … Ces opérations voulant rassurer une partie de la population obtiennent finalement de maigres résultats et produisent par contre des effets sociaux et politiques très négatifs. Elles mettent à néant les tentatives antérieures visant à construire une citoyenneté, donc d’apprendre à des populations différentes à vivre ensemble… Les personnes les plus fragilisées sont considérées comme des fauteurs de troubles, des délinquants, alors qu’elles sont les premières victimes. Elles vivent dans un habitat souvent dégradé, dans des logements conçus dans les années 70 qualifiés par certains urbanistes comme des « cages à lapins » avec bien souvent peu d’équipements culturels et de loisirs de proximité. Depuis longtemps les mouvements et associations présents, les sociologues, les militants demandent que prenne fin tout replâtrage et qu’enfin les grands ensembles soient remplacés par des unités plus petites et qu’une réelle mixité de la population puisse exister dans tous les quartiers des villes. Le réseau associatif qui joue un rôle essentiel dans la construction du lien social doit après le passage de « la nuée de policiers » de toutes sortes essayer de renouer les fils… Au début de l’été, à Dammarie les Lys, en Seine et Marne, on a même vu le député Maire faire évacuer par la police les militants de « bouge qui bouge » qui étaient assemblées dans le local de l’association ! Après le passage de la police, lorsque celle-ci ne respecte pas les principes républicains, la réparation sociale est longue et difficile Les animateurs socioculturels si utiles dans le développement d’une citoyenneté active doivent essayer de redonner les repères que certains ont perdus. Dans la lutte contre l’insécurité, réelle ou supposée, les autorités locales ou nationales utilisent les raccourcis, les mesures autoritaires, précipitées au lieu de réfléchir avec les habitants, les professionnels de l’éducation et les différents acteurs associatifs et autres à des solutions plus durables qui attaquent le mal par la racine. Beaucoup de commentateurs avertis ont expliqué à juste titre les dangers d’une remise en cause de l’ordonnance de 45 et d’une politique répressive allant à l’encontre de la Convention Internationale des droits de l’Enfant, pourtant ratifiée par la France il y a plus de 10 ans… Notons ici que l’ordonnance de 45, comportait tout un « arsenal de mesures » permettant la mise en œuvre de sanctions. La modifier, revient à remettre en cause les droits et libertés acquis dans notre démocratie. Il est nécessaire de traiter en amont la question des enfants, des jeunes qui connaissent des conditions de vie difficile, côtoient pour la majorité la misère et le chômage et restent dénués de perspectives ! Les aider à s’insérer dans la société, à assurer des responsabilités, à devenir des acteurs reste encore le plus efficace. Est-ce une mutation de la société que de vouloir trouver à la va-vite une solution à la délinquance en ignorant délibérément le travail mené sur le terrain? Les décisions prises dans l’urgence n’ont jamais résolu les problèmes, bien au contraire. Notre société dérape, en brandissant le chiffon de la peur, et du tout sécuritaire une majorité de politiques et de citoyens bien pensant divisent la population en catégories, ainsi le divorce jeune/adulte s’aggrave. Beaucoup trop d’adultes ont peur des jeunes, ce phénomène n’est pas nouveau, il a déjà existé par le passé. Cependant en cédant à l’angoisse, en refusant d’assumer une relation d’autorité (et pas autoritariste) auprès des enfants et des jeunes les adultes défaillent, et les jeunes n’ont plus de repères. La stigmatisation des jeunes comme éléments potentiellement dangereux produit des effets désastreux, la démission des adultes fragilisés renforce la violence. Il est un fait que les relations intergénérationnelles sont parfois très difficiles et violentes. Mais plutôt que des programmes de prévention qui s’adressent à des jeunes, et plutôt qu’une répression sans discernement, il serait plus efficace d’aider les adultes à tenir leur rôle. Ainsi pourrions-nous éviter de recourir à la « juridiciarisation » des relations adultes/jeunes. Inscrire dans la loi, que les outrages auprès des fonctionnaires chargés de l’éducation sont désormais punis d’emprisonnement, est non seulement une mesure démagogique, mais de plus elle est totalement en rupture avec la notion d’autorité de l’adulte, laquelle s’acquiert dans un dialogue favorisant l’apprentissage des règles et la prise de conscience. L’éducation à la citoyenneté n’est pas un slogan creux. Cette orientation nécessite des mises en situation où l’enfant, le jeune est acteur : à l’école, dans sa famille ou dans le cadre de ses loisirs. L’éducation, c’est avant tout le domaine partagé par les co-éducateurs de l’enfant que sont les parents (primo éducateurs) les enseignants, les animateurs, les travailleurs sociaux et autre intervenants sur le temps libre. L’éducation, c’est : « l’ensemble des influences qui s’exercent sur l’individu et que l’individu exerce sur son environnement qui en se conjuguant contribue à la construction de l’enfant comme être social ». Aux co-éducateurs, à la société de favoriser l’émergence d’une éducation qui puisse rendre le jeune responsable, c’est à dire responsabilisé et exerçant concrètement sa citoyenneté ici et maintenant. Punir, certes mais pas n’importe comment… Le rappel à la loi, son respect sont nécessaires mais avant la répression, osons l’éducation ! Les mêmes qui menacent de la matraque ou de la prison sont ceux qui par ailleurs procèdent par démagogie et électoralisme ! Pendant des années, dans les zones urbaines dites difficiles, des jeunes en rupture, leaders de quartier ont été recrutés pour assurer des missions d’animation. Ainsi naissait le mythe des grands frères… Pourquoi ce rappel ? On pourrait penser que le temps des grands frères est révolu…Nenni ! Les grands frères sont revenus sous la forme de médiateurs de toutes sortes, emplois jeunes de proximité ; d’animateurs contractuels non formés, recrutés, avant les élections municipales pour garantir la paix sociale mais dans quelles conditions et pour combien de temps ? On pourrait au passage, citer autant de municipalités classées à gauche que de municipalités de droite, utilisant cette solution économique mais explosive pour répondre dans la précipitation. La citoyenneté est pour moi et les militants d’éducation populaire synonyme de valeurs et de principes. Nous avons besoin d’enseignants en nombre, formés et également d’animateurs socio-éducatifs qualifiés, pour assurer l’éducation des enfants et des adolescents, voire des adultes en veillant à ce que ces derniers deviennent et restent des acteurs. De réels animateurs professionnels, munis de diplômes adaptés, connaissant les publics, l’environnement social peuvent créer un lien entre la société et les jeunes… Ils peuvent en relation avec les associations de quartiers, de locataires, caritatives et culturelles tisser le lien social entre ces jeunes souvent en déshérence et le quartier, la ville et l’institution. Des expériences fort intéressantes ont été menées par des équipes municipales, elles ont permis d’insérer des jeunes, de leur donner envie de prendre en charge leurs affaires, de concevoir et de mener des projets, de construire et de faire vivre des associations. Un animateur n’est ni une assistante sociale, ni un éducateur spécialisé, aussi est-il nécessaire à la fois de ne pas confondre les rôles et de travailler en complémentarité. Cependant les collaborations interdisciplinaires avec le milieu scolaire ne peuvent se faire n’importe comment. Ainsi lorsque le Ministère de la Jeunesse de l’Education Nationale et de la Recherche décide de doubler le nombre de classes relais en appelant les fédérations d’éducation populaire à intervenir, il est à craindre que celles-ci ne soient que des opérateurs extérieurs, sans que soit initialement prévue la moindre réflexion partenariale et la moindre cohérence éducative. Il s’agit là d’une tentative d’instrumentalisation des associations complémentaires à l’école. Encore une fois l’effet d’annonce prime !. Les mouvements d’éducation populaire peuvent exercer leur mission en faveur de la transformation sociale en accompagnant les projets innovants s’appuyant sur une réelle réflexion. De nombreuses « expérimentations » réfléchies ont été menées par des professionnels de l’animation, de l’enseignement en relation avec des associations de femmes-relais dans des quartiers classés en politique de la ville. Des résultats positifs ont été obtenus avec une réduction de la violence, la consolidation du lien social et la mobilisation des jeunes eux-mêmes.
Jean-François CHALOT |