| AVERTISSEMENT
Je mêts ce document de travail rédigé sous la coordination
de Julien Dray et adopté par le Burean du PS pour forcer la réflexion
dans un moment où l'insécurité et spécialement
la mise en cause des jeunes comme fauteurs d'insécurité va être
au coeur de la campagne électorale appelant ainsi à des dérapages.
Dans la mesure où j'y aurai accès je mettrai en ligne les autres
documents émanés d'autres sensibilités politiques que
je trouverai. JPR
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RENCONTRES NATIONALES SUR LA SECURITE
EVRY (91) - 27 OCTOBRE 2001
LE PROJET DES SOCIALISTES
POUR LUTTER CONTRE LA VIOLENCE ET L'INSECURITE
Précocité, intensité,
continuité :
MIEUX PREVENIR,
MIEUX PUNIR.
L'insécurité est désormais l'une des premières
préoccupations des Français. Le développement des actes
de violence atteint un niveau insupportable dans notre pays. Il exaspère
légitimement celles et ceux qui en sont directement victimes et génère
une angoisse collective dans toute la société. Il est porteur
de nombreux dangers : ségrégation des populations, repli sur
soi, peur de la jeunesse, dislocation sociale. L'action politique est interpellée
tant un sentiment d'impuissance s'est répandu et alimente la crise
de la démocratie.
Face à ces évolutions majeures, les socialistes se sont dotés
de repères clairs. Pour nous, la sécurité est un droit
fondamental du citoyen. L'insécurité est aussi une inégalité
sociale. Elle touche plus durement les plus pauvres, les plus démunis,
les plus fragiles. Restaurer la sécurité pour tous et partout,
garantir à chacun le droit à la tranquillité dans sa
vie quotidienne, tels sont nos objectifs.
Nos concitoyens attendent des réponses concrètes et efficaces.
Ici se trouve l'origine d'une divergence de fond entre les approches démagogiques
et incohérentes de la droite et celle de la gauche qui renvoie au projet
de société que nous défendons. Les déclarations
fracassantes et les mesures désordonnées ne trompent personne.
L'idéologie du " tout répressif ", la fuite en avant
vers une logique d'enfermement, de développement des services de sécurité
privée, conduiraient à surprotéger des " réserves
" de riches quand une partie de la population serait abandonnée
à la violence et au désordre, condamnée à l'assistance.
Cette gestion de court terme du désordre aboutirait à un certain
" ordre social ", où les uns seraient toujours riches tandis
que les autres seraient toujours pauvres, où tout jeune portant un
survêtement et une casquette serait assimilé à un délinquant.
Nous ne nous résignons pas à l'horizon d'une France coupée
en deux. Pour nous, l'insécurité n'est pas une fatalité
à laquelle chacun devrait adapter son mode de vie. Un combat efficace
contre l'insécurité ne se conçoit pas sans être
adossé à un projet de transformation sociale et à la
perspective d'une société du plein emploi. La violence dans
notre société est la résultante de l'augmentation des
inégalités, des effets durables d'une crise que la reprise économique
n'a pas effacée, de la violence faite aux individus par les ravages
d'un capitalisme débridé, c'est pourquoi, face à cette
situation, nous voulons mieux prévenir et mieux punir pour que chacun
ait droit à la tranquillité à laquelle il aspire.
Pour cela, nous voulons :
· Combattre les comportements violents que rien ne peut excuser, ni
justifier et qui sont aussi porteurs de tout ce que nous combattons : l'argent
roi et sale, le profit maximum, la loi du plus fort.
· Combattre les causes sociales de la violence qui constituent le terreau
favorable à l'entrée dans la délinquance.
Depuis 1997, nous avons engagé une politique nouvelle et ambitieuse
fondée sur un bouleversement conceptuel de la politique de sécurité.
Celle-ci repose désormais sur une approche globale mobilisant toutes
les formes de réponses aux actes de délinquance, sur une démarche
partenariale associant à l'Etat l'ensemble des acteurs et partenaires
de la politique de sécurité, et enfin sur une démarche
de proximité pour agir au plus près des attentes de nos concitoyens.
Les Contrats Locaux de Sécurité, la police et la justice de
proximité, ont traduit cette volonté en actes. Des moyens financiers
et humains nouveaux ont été mobilisés. Nous en constatons
les effets réels, mais aussi les limites.
A présent, nous entendons donner un deuxième souffle pour une
mobilisation générale contre l'insécurité. Il
ne s'agit pas d'inventer de nouveaux dispositifs se superposant à l'existant,
mais de mettre en place les moyens opérationnels nécessaires
pour gagner la bataille de l'insécurité. De cette façon,
nous entendons redonner un sens à la République, aux droits
et devoirs qu'elle impose à nous tous, au civisme et au respect des
règles qui permettent de vivre tous ensemble.
Trois principes doivent guider une puissance publique volontaire et ambitieuse
pour combattre l'insécurité et les causes de l'insécurité.
· La précocité : Agir en amont des comportements violents
en remettant sur pied une politique de prévention à la française
en direction des jeunes et des familles pour éviter que des enfants
ne deviennent des caïds. Nous voulons agir le plus tôt possible,
à la première alerte en apportant tout de suite une réponse.
· L'intensité : Mobiliser tous les moyens en même temps.
Il s'agit de mobiliser tous les acteurs pour qu'ensemble ils travaillent à
gérer chaque situation dans la coordination et l'échange, et
qu'ils évaluent à chaque étape l'efficacité des
solutions apportées.
· La continuité : Agir dans la durée. Il s'agit de prendre
en charge, sur des trajets de vie, chaque situation, d'inscrire les réponses
apportées dans la durée pour éviter échec et récidive.
C'est dans cet esprit que nous voulons répondre aux interpellations,
quelles qu'elles soient, de nos concitoyens. C'est la volonté de ce
texte .
I - MIEUX PREVENIR
" Les petits risquent d'être encore plus terribles. "
Les instituteurs et de nombreux professionnels disent repérer très
tôt chez les enfants des troubles ou des souffrances qui risquent de
se transformer plus tard en violences. Le devoir des adultes est d'assumer
leurs responsabilités d'éducateurs, de transmettre l'apprentissage
des règles collectives de la vie sociale dès le plus jeune âge.
Intervenir sur l'origine des souffrances des enfants, qu'elles soient sanitaires
ou sociales, au travers des deux grands carrefours démocratiques que
sont l'école et la médecine, permettrait une prise en charge
précoce à même de prévenir l'entrée dans
un parcours délinquant.
Ø Propositions :
· Dépistage systématique des troubles du comportement
des enfants ainsi que des difficultés familiales et sociales dès
l'école primaire :
- création d'une cellule sociale intervenant dans chaque école
rassemblant le directeur d'école, des enseignants, un pédopsychiatre,
un assistant social, le médecin scolaire et la PMI grâce à
une contractualisation sur objectif entre l'Education nationale et les Conseils
Généraux,
- cette cellule sociale, charger de repérer les enfants en difficulté,
effectuera le suivi de ses préconisations : soins médicaux et
psychologiques, intervention auprès de la famille, tutorat par un adulte
référent,
· Renforcer la prévention sanitaire en étendant les compétences
de la PMI aux 6-13 ans.
" L'école ne joue plus son rôle.
L'échec scolaire fabrique des délinquants. "
L'école n'est plus simplement la cible de violences venues de l'extérieur.
Le vandalisme, les agressions, le racket, se produisent désormais entre
élèves, dans l'enceinte même des établissements.
Le renforcement de l'encadrement adulte, la stabilisation des équipes
pédagogiques, les actions de prévention des violences scolaires
ont fait évoluer la prise en compte de ces situations par l'institution.
Pour renforcer ces dispositifs, nous devons agir sur les difficultés
des élèves, particulièrement au moment du passage au
collège.
Ø Propositions :
· Ouverture d'internats pédagogiques renforcés à
partir du CM2 et du collège pour les élèves en situation
de rupture. L'inscription en internat sera proposée aux familles pour
protéger leur enfant. Il offrira un encadrement pédagogique
renforcé donnant une large part aux pratiques culturelles et sportives.
Notre objectif : 2 internats pédagogiques renforcés par département.
· Création du tutorat à travers un système de
bourse permettant à des adultes référents, enseignants
ou éducateurs retraités notamment, de prendre en charge le suivi
scolaire, éducatif, périscolaire et affectif des enfants en
difficulté à l'école ou dans leur famille.
· Poursuite du développement des classes-relais permettant une
pédagogie différenciée dans l'enceinte du collège.
· Lutte contre la déscolarisation des moins de 16 ans et l'absentéisme
: création de cellules de " veille éducative " au
niveau communal pour développer le travail partenarial permettant de
repérer les situations de rupture éducative précoce et
de proposer les réponses individualisées indispensables.
· Création de " Travaux d'Intérêt Educatif
" effectués dans l'enceinte de l'établissement scolaire,
afin de favoriser, comme mode de sanction disciplinaire, l'obligation scolaire
(heures obligatoires d'aide aux devoirs, d'aide au personnel ATOS, de nettoyage,
) plutôt que le recours à l'exclusion.
· Développement de l'éducation à la santé,
à la citoyenneté, au respect réciproque, à la
gestion des conflits, ainsi qu'à la sexualité à tous
les niveaux du système éducatif.
· Renforcement numérique et qualitatif des équipes de
direction des établissements pour développer un travail en équipe
pluridisciplinaire : CPE, infirmières et médecins scolaires,
assistantes sociales, psychologues
" Si les parents s'occupaient de leurs gosses, ça n'arriverait
pas. "
Les familles se sont profondément transformées ces vingt dernières
années. La stabilité et la taille des cellules familiales, le
rapport à l'autorité, ont été bouleversés.
Les effets du chômage en ont amplifié les conséquences
sur le plan des rapports éducatifs. Face à cette évolution
lourde de la société, toute nostalgie du retour au modèle
patriarcal serait vaine et illusoire. L'enjeu est bien d'identifier sur qui
reposent les responsabilités parentales à l'égard des
enfants et de veiller à leur exercice concret.
Plutôt que de montrer du doigt les parents défaillants, qui peuvent
d'ores et déjà être sanctionnés en cas de manquement
grave à leur rôle, il faut reconnaître que les parents
sont souvent désemparés face à leurs enfants. Des modifications
législatives importantes ont permis de clarifier et de faire partager
l'exercice de la responsabilité parentale. Il s'agit à présent
de se donner les moyens d'aider les parents à investir pleinement leur
mission éducative. Pour cela, une nouvelle politique familiale doit
permettre, outre les allocations versées aux parents, de développer
des services collectifs d'aide aux familles :
Ø Propositions :
· Création de services collectifs d'aide à l'exercice
de la parentalité comme les " Ecoles des Parents " : développement
des lieux d'acceuil (Maisons des parents, Ecoles des Parents etc
sous
la forme associative ou de service municipal) permettant l'aide individuelle
et le conseil aux familles, le partage d'expérience entre parents,
l'éducation à l'autorité parentale, les CAF pouvant inciter
les familles à s'adresser à ces structures.
· Mener une action de communication, chaque année, passant par
des campagnes télévisées régulièrement
renouvelées et des documents écrits sur les responsabilités
parentales distribués par les CAF.
· Mise en place de médiateurs qui viendront en aide aux institutions
(école, travailleurs sociaux, justice) pour permettre aux parents venus
d'ailleurs de comprendre les enjeux de l'ordre public français tout
en tenant compte de leurs valeurs familiales.
" Les jeunes ? Ils tiennent les murs. Y'a rien pour eux. "
Une " socialisation délinquante " s'est installée
dans de nombreux quartiers. Cette initiation commence dans la rue, les cages
d'escaliers et les caves, où des enfants et des adolescents sont livrés
à eux-mêmes. L'explosion de la délinquance juvénile
conduit parfois dans les esprits à transformer notre jeunesse en nouvel
" ennemi de l'intérieur ". Une société qui
a peur de ces enfants est une société qui va mal.
Nous voulons bâtir autre chose pour la jeunesse qu'une condamnation
passive au caïdat.
Nous voulons rétablir autour de ces jeunes une présence adulte
structurante qui les éduque, s'oppose à eux, les considère
et les respecte de la même façon que nous attendons de nos enfants
qu'ils respectent les règles élémentaires de la vie en
société. Il nous faut réinventer une politique de la
jeunesse ambitieuse, facilitant l'insertion de chacun, préventive et
éducative, capable de transformer l'énergie, les talents, la
révolte dont notre jeunesse est porteuse en démarche positive.
Ø Propositions :
· Un ministère de la Jeunesse à part entière doté
d'un budget conséquent et d'une administration chargée d'impulser
et de piloter l'ensemble des actions en direction des jeunes.
· Présence de véritables Maisons des Jeunes dans chaque
quartier, par la création d'équipements de qualité nouveaux
ou la transformation et le développement des structures existantes,
proposant sur de larges amplitudes horaires un panel d'activités de
qualité encadrées par des adultes professionnels. Notre objectif
: une MJC pour 5 000 habitants.
· Le droit au sport pour tous les jeunes : véritable composante
de l'éducation populaire, chaque jeune doit pouvoir pratiquer l'activité
sportive de son choix, par le développement de l'accessibilité
aux pratiques sportives (horaires, tarifs), la création d'équipements
nouveaux et une meilleure utilisation des structures existantes, l'ouverture
des clubs et des fédérations au grand public, le recrutement
d'éducateurs sportifs.
· Un plan d'urgence pour la prévention spécialisée
en lien avec les Conseils Généraux qui en ont la charge : recrutement
de 5000 éducateurs de rue (notamment par la formation des actuels ALMS
et médiateurs), revalorisation de leur statut, renforcement du secteur
associatif de la prévention spécialisée.
" Ici c'est mort. Notre quartier, c'est un ghetto. "
Les effets d'une triple ségrégation territoriale, sociale et
quasi-ethnique ont abouti à installer de nombreux quartiers d'habitat
social dans une logique de ghettos qui génère violences et délinquances.
Des outils législatifs et des objectifs de renouvellement urbain ambitieux
ont été fixés. Casser les ghettos et mettre sur pied
un développement harmonieux du logement social sont désormais
des priorités qu'il convient de doter de moyens opérationnels
adéquats.
Ø Propositions :
· Un plan national pour les démolitions-reconstructions permettant
d'améliorer les dispositifs actuels par la création d'un fonds
national permettant le financement à 100% par l'Etat des démolitions
et la remise à niveau des espaces publics sous condition de transfert
de leur propriété aux communes.
· Le renforcement de la présence humaine pour améliorer
la vie quotidienne dans les zones d'habitat collectif (poursuite du programme
d'adultes-relais, présence de gardiens, développement des médiateurs
et " correspondants de nuit ") et un renforcement des obligations
des bailleurs en matière d'entretien des logements et parties communes.
Le rôle des maires et présidents de communauté d'agglomération
dans la gestion urbaine des quartiers populaires devra également être
renforcé.
· La redistribution des richesses entre les villes : au-delà
de la dotation de solidarité urbaine, poursuivre le rééquilibrage
au sein des autres dotations de l'Etat.
· Pour donner au ministère de la Ville les moyens réglementaires
et financiers nécessaires à sa mission, réunir les compétences
administratives des directions de la ville, de l'aménagement du territoire,
des collectivités locales et de l'urbanisme et du logement.
" T'as vu comment ils nous traitent ! Pourquoi on les respecterait
? "
Les comportements de certains adolescents favorisent les préjugés
et les peurs, ces préjugés favorisent à leur tour des
comportements d'irrespect, de violence. Les discriminations racistes fréquentes,
dans l'accès à l'emploi, au logement, aux loisirs, constituent
une injustice qui mine le respect de la loi.
De plus, les institutions - école, police, justice, caisse d'allocations
familiales... - sont souvent mal perçues par la population. En particulier,
les habitants des quartiers populaires, et surtout les jeunes, se plaignent
de n'être pas écoutés, renseignés, ni considérés
avec respect. Si, à une large majorité, les agents publics accomplissent
bien leur travail, les fonctionnements administratifs produisent parfois de
des dysfonctionnements qui sont ressentis comme de l'arbitraire qui ruine
la confiance dans notre système républicain.
Nous voulons que tous les citoyens retrouvent confiance dans les institutions
en luttant efficacement contre les discriminations et en améliorant
le fonctionnement quotidien des services publics.
Ø Propositions :
· Une lutte draconienne contre les discriminations racistes :
- application vigoureuse de la loi par les parquets en ce qui concerne l'ensemble
des discriminations (logement, emploi, formation, loisirs),
- mise en place de moyens opérationnels pour rendre les CODAC efficaces
y compris en ce qui concerne la lutte contre les comportements vexatoires
dans les services publics.
· Création d'une charte d'hospitalité applicable à
l'ensemble des services publics en parallèle à l'organisation,
dans chaque commune, d'initiatives de dialogue jeunes-police fondées
sur le respect réciproque, organisées en lien avec les syndicats
de policiers, et permettant une éducation au devoir de respect de chacun
à l'égard de tout fonctionnaire.
· Poursuivre la mise en place des délégués du
médiateur de la République dans les quartiers les plus en difficulté
afin de faciliter une meilleure compréhension entre administrations
et citoyens.
II - MIEUX PUNIR
" Les délinquants se croient tout permis.
Ils ont un sentiment d'impunité. "
Sans réponse ou sanction immédiate, les jeunes délinquants
reçoivent le message qu'ils peuvent agir en toute impunité.
Les victimes se sentent délaissées et livrées à
elles-mêmes ; les parents ne se sentent pas soutenus.
Une volonté claire a donc été affirmée : apporter
une réponse proportionnée et effective au premier passage à
l'acte afin de responsabiliser son auteur et de prévenir la récidive.
Le développement de la justice de proximité vise à la
mettre en uvre. Des moyens nouveaux doivent être mobilisés
pour compléter les nouvelles procédures judiciaires. Une échelle
de sanctions, claire et lisible, proportionnée à la gravité
des actes de délinquance, doit être affirmée et appliquée.
De la même manière, nous voulons mettre en place une direction
nationale de la réparation disposant de relais dans toutes les juridictions.
Ø Propositions :
· Une sanction ou une mesure adaptée à chaque situation
1. La mesure éducative permettant de réagir dès la première
infraction pour éviter toute récidive :
- Traitement systématique du premier délit par une mesure éducative
ou de rappel à la loi accompagnée d'un suivi global et régulier
conduisant l'auteur du délit à comprendre les conséquences
de son acte, permettant d'identifier et de traiter dans sa situation personnelle
les facteurs de risques pour prévenir toute récidive.
- Atteindre un taux d'exécution des mesures éducatives de 100%
par le recrutement d'éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse
affectés en milieu ouvert et le développement des associations
agréées par la justice.
2. La réparation permettant à l'auteur de violence de réparer
le préjudice subi par la victime ou par la collectivité :
- Création d'un service chargé de la réparation dans
chaque Parquet autour d'un magistrat affecté à temps plein à
l'organisation de l'exécution des mesures de réparation.
- Inscription, dans le cadre du CLS, d'une obligation en ce qui concerne le
nombre de postes permettant l'exécution de mesures de réparation
et de Travaux d'Intérêt Généraux et les modalités
d'encadrement par commune.
- Création de chantiers du patrimoine et environnementaux dans le cadre
d'un programme national de relance des TIG incluant la mise à disposition
des structures d'accueil (communes, associations agréées
)
de moyens humains d'encadrement pour la réalisation de ces chantiers.
- Associer à la réparation une nouvelle peine de formation civique
permettant, dans le cadre de la sanction, un dialogue entre auteurs de violences
urbaines et institutions (police, pompiers
).
3. L'éloignement permettant une mise à l'écart du délinquant
et une rupture temporaire avec son quartier d'origine :
- Optimiser l'utilité des Centres d'Education Renforcée et des
Centres de Placement Immédiat : améliorer la qualité
de l'encadrement par la constitution d'équipes pluridisciplinaire,
développer un panel d'actions de nature à traiter globalement
les carences éducatives (prise en charge sanitaire et sociale, enseignement,
pratiques culturelles et sportives, insertion professionnelle
). Notre
objectif : un Centre d'Education Renforcée pour 100 000 habitants.
- Prévoir des mesures incitatives pour affecter, dans ces centres,
des éducateurs expérimentés.
4. L'enfermement car la prison doit retrouver tout son sens. Elle est le bout
de la chaîne pénale. Elle n'est pas une fatalité ou un
passage obligé. Pour cela, la prison doit, elle aussi, être réformée.
Nous voulons lui redonner son sens pour garantir une mise à l'écart
de la société et permettre une reconstruction individuelle.
" Quelques caïds nous pourrissent la vie.
Tout le monde sait qui c'est et il ne se passe rien. "
Une économie mafieuse alimentée par les trafics en tout genre,
et en premier lieu celui de la drogue, gangrène la vie des cités.
Autour de ce " business ", les caïds font leur loi, règlent
leur compte avec des armes, flirtent avec le grand banditisme, tiennent les
populations sous leur coupe, attaquent toute présence " étrangère
" sur " leur " territoire. Ils se présentent en modèles
pour les plus jeunes, les enrôlent dans leurs trafics.
Nous voulons nous débarrasser de l'économie parallèle
qui nourrit la violence, le ghetto, et mine l'Etat de droit. Pour cela nous
entendons avant tout mettre l'accent sur le développement de la police
judiciaire pour démanteler les trafics et lutter plus efficacement
contre la naissance d'un nouveau grand banditisme.
Enfin, considérant que le trafic de drogue alimente l'économie
parallèle, nous souhaitons, sans idée préconçue
ni tabou, assumer l'engagement d'une réflexion sereine dans la société
française, débouchant à terme sur une législation
pertinente et efficace en matière de stupéfiants.
Ø Propositions :
· Recrutement substantiel et formation d'Officiers de Police Judiciaire
pour qu'ils constituent à terme de 30% des effectifs de sécurité
publique afin de systématiser les opérations ciblées,
de réaliser les enquêtes et d'établir les procédures
permettant de poursuivre les personnes impliquées dans les trafics
et le grand banditisme.
· Participation des services spécialisés (DCPJ, DCRG,
DST, PAF), sous forme de cellule coordonnée dans chaque circonscription,
à l'action de la police de proximité pour démanteler
méthodiquement les réseaux de l'économie souterraine.
· Création d'un groupe de coordination auprès des Parquets
rassemblant les services fiscaux, les douanes
ainsi que l'ensemble des
services de l'Etat concernés par la lutte contre les trafics.
· Organisation par la MILTD d'une consultation nationale sur la législation
sur les stupéfiants dont les conclusions seront soumises au Parlement,
permettant d'établir le poids du trafic de substances illicites dans
l'économie parallèle, de faire un bilan des politiques de réduction
des risques, et d'engager une réflexion sereine sur une nouvelle législation.
" Les policiers ne sont jamais là quand on en a besoin. "
Les policiers exercent un métier difficile. Particulièrement
exposés au danger et aux violences urbaines, le travail effectué
par les fonctionnaires du service public de la police nationale mérite
la considération et le respect de l'ensemble de la société.
Pour améliorer l'efficacité de leur action, la police de proximité
est une révolution majeure qui vise à transformer une police
autrefois conçue pour maintenir l'ordre et protéger les institutions,
en une police au service de la sécurité des citoyens. Ce mouvement
de transformation profond a été engagé. Il demeure encore
fragile en raison des conditions de sa mise en place à son origine
: nombreux départs à la retraite, absence de redéploiement
des effectifs, absence de déconcentration hiérarchique. La police
de proximité ne consiste pas seulement à faire de l'îlotage,
mais à élucider les faits de délinquance qui empoisonnent
la vie de nos quartiers. C'est pourquoi nous proposons d'entrer dans une deuxième
étape pour mettre en place une police de quartier de qualité.
Ø Propositions :
· Une programmation à 5 ans pour une police de proximité
de qualité intégrant :
- Un plan pluriannuel de recrutement et de formation initiale et continue
de gardiens de la paix, de commissaires, lieutenants, capitaines et commandants
de police, permettant de compenser les départs à la retraite
et de faire face aux besoins de la généralisation de la police
de proximité, en particulier en cadres intermédiaires.
- La création de 3000 postes de personnels administratifs dans les
commissariats permettant de redéployer une partie des effectifs sur
le terrain.
- La création d'une police pénitentiaire en charge des transferts
de détenus, afin de ne plus amputer les effectifs de police de proximité
pour ces missions.
- La poursuite de la modernisation de l'équipement des policiers et
commissariats en moyens techniques et opérationnels, sous la forme
d'un engagement pluriannuel dont la mise en uvre sera contrôlée
par la représentation nationale.
· Déconcentrer le fonctionnement de la police nationale pour
l'adapter à l'objectif de proximité grâce à :
- Une déconcentration de la gestion des effectifs et des moyens techniques
par l'attribution d'une dotation aux Préfets dont ils auront la charge
en fonction de critères objectifs (recensement de la population, niveau
de délinquance
).
- Une politique de gestion des ressources humaines similaire à celle
qui a été engagée dans l'éducation nationale permettant
de régionaliser le recrutement, de motiver et de mobiliser les fonctionnaires
à l'exercice du métier de policiers dans les zones les plus
difficiles.
- Une restructuration à terme des circonscriptions de police à
l'échelle des nouvelles agglomérations.
- La ré-affectation des moyens de maintien de l'ordre au profit de
la sécurité publique et la suppression des BAC départementales
pour les redéployer dans les unités de circonscription dans
les BAC locales.
· Une police de quartier sous la responsabilité du chef de circonscription
:
- La responsabilisation du commissaire de la circonscription sur la direction
et la coordination de l'ensemble des opérations de police sur le territoire
dont il a la charge.
- Un contrat d'objectif sur les missions de la circonscription de sécurité
publique avec l'observatoire départemental de la délinquance
en responsabilisant les chefs de ces circonscriptions sur les résultats
obtenus dans la lutte contre la délinquance.
- La mise en proximité, à l'échelle des circonscriptions,
de l'ensemble du panel des services de police afin de favoriser la polyvalence,
de créer une synergie et d'optimiser les résultats : judiciaire,
RG, mineurs, murs, BAC
- La réorganisation des horaires d'ouverture des commissariats et des
patrouilles en fonction des réalités de la délinquance.
Mise en place d'un véritable service de sécurité publique
à la disposition du citoyen et correspondant à ses attentes
(horaires, disponibilité, écoute).
· Décentralisation par transfert de compétence aux Régions
de la construction et de l'entretien des commissariats afin de les moderniser,
d'y améliorer l'accueil du public et les conditions de travail des
policiers.
" La justice ne fait pas son boulot. "
Dans le débat sur l'insécurité, la justice figure souvent
au ban des accusés. Notre système judiciaire n'a pas été
conçu pour faire face à la masse actuelle des actes de délinquance.
Faute de procédures judiciaires bien établies, il est parfois
amené à prononcer des décisions de classement qui sont
incompréhensible aux yeux de la population. Il ne sera pas mis un terme
à ces situations en modifiant une ixième fois la législation.
La justice doit disposer des moyens de son fonctionnement. Aujourd'hui, elle
réagit mieux, plus vite, de façon plus systématique.
Un mouvement profond de transformation de l'institution vers une justice de
proximité a été engagé. Cependant, la visibilité
de son action et l'exécution de ses décisions ne sont pas satisfaisantes.
L'arsenal législatif et réglementaire existant doit être
utilisé autant que nécessaire pour améliorer la capacité
de l'institution judiciaire à faire face à la masse des délits,
remplir ses missions avec transparence et visibilité pour ceux qui
en sont victimes, et surtout exécuter les sanctions prononcées.
Ø Propositions :
· Un devoir d'information de la justice sur son activité grâce
à :
- L'application systématique de l'obligation d'information continue
des victimes, personnes physiques ou morales, sur le traitement judiciaire
et les sanctions prononcées à la suite de leur plainte, motivation
du classement sans suite dans le cas des plaintes contre des auteurs connus.
- Une conférence annuelle où les Chefs de juridictions, circonscription
par circonscription, débattent des activités de l'année
et répondent aux préoccupations de la population et des élus.
· La poursuite du plan d'implantation de Maisons de la Justice et du
Droit avec l'objectif sur 5 ans de l'implantation d'au moins une MJD par agglomération.
· Un plan d'action pour la justice, afin de réaliser une mise
à niveau des moyens humains permettant d'améliorer la disponibilité
temporelle de l'ensemble des fonctions judiciaires et leur implication dans
les CLS. Ce plan sera discuté et réévalué chaque
année par les Commissions des Lois du Parlement. Il comprendra :
- Recrutement d'assistants de justice autour des magistrats, afin que ces
derniers puissent pleinement se remplir leur mission de participation aux
instances partenariales de prévention et de sécurité.
- Création de postes de greffiers pour compléter le plan de
recrutement de Juges pour enfants et éducateurs PJJ déjà
engagé.
- Optimisation de l'application et l'exécution des peines par le recrutement
exceptionnel de Juges d'application des peines.
- Création d'équipes pluridisciplinaires autour des magistrats
affectés à la politique de la ville pour former, avec les représentants
de l'administration pénitentiaire et de la protection judiciaire de
la jeunesse, des cellules " justice-ville ".
- Recruter 10 000 adultes-relais au service de la justice chargés de
contribuer à la mise en uvre des mesures judiciaires socio-éducatives.
Sous le contrôle de la justice, ils pourraient accompagner le mineur
dans ses activités post ou périscolaires, accompagner la personne
sortant de prison dans ses démarches quotidiennes de réinsertion,
faciliter les relations avec l'employeur, l'école, les administrations.
· Adaptation de la carte judiciaire à la réalité
des agglomérations.
" La prison, c'est l'école du crime. "
Une nouvelle prise de conscience s'est fait jour autour des réalités
de l'univers carcéral et de l'état de délabrement dans
lequel se trouvent les prisons françaises. Nos prisons sont devenues
criminogènes. Les dégâts sont énormes : récidive,
état de hargne des détenus, violences, caïds endurcis.
Nous voulons reconstruire un système pénitentiaire digne du
pays des droits de l'homme mais surtout capable d'assurer pleinement sa mission
: lieu de mise à l'écart de la société, mais aussi
de rupture avec la criminalité et de reconstruction individuelle.
Ø Propositions :
· Transformation des quartiers réservés aux seuls mineurs
d'âge pour créer de petites unités spécifiques
où sera mise en place une sécurité et une prise en charge
éducative dynamiques par un renforcement de l'encadrement pluridisciplinaire
pour atteindre le rapport 1 détenu / 1 adulte référent.
· Mise en place autour du Juge d'Application de Peines de procédures
obligatoires d'accompagnement et de réinsertion des sortants de prison,
en particulier mineurs et jeunes majeurs, en partenariat avec les institutions
et tissu associatif local.
· Créer une plate-forme locale d'insertion auprès de
chaque établissement pénitentiaire réunissant les employeurs
locaux, les missions locales, les intervenants sociaux
et pouvant mobiliser,
pour les sortants de prison, les ressources locales de nature à permettre
une réinsertion sociale à même de prévenir efficacement
la récidive.
" On s'occupe plus du délinquant que de la victime. "
Derrière les chiffres et les statistiques de la délinquance,
il y a avant tout celles et ceux qui ont été blessés
dans leur chair ou dans leurs biens, et qui parfois se sentent doublement
victimes : victime des faits qu'ils ont subis, victime de la non-reconnaissance
du préjudice de par le comportement des institutions à leur
égard. L'idée que " de toute façon, ça ne
sert à rien de porter plainte " s'est ainsi peu à peu installée,
et avec elle une loi du silence qui entretient l'impunité des délinquants.
La considération et la réparation dues aux victimes sont essentielles.
Elles le sont d'autant plus que des violences subies qui n'ont pas été
dites ou réparées peuvent se transformer en souffrances qui
génèrent à leur tour de la violence.
Ø Propositions :
· Un " correspondant victime " par commissariat grâce
à la création de postes d'assistant psycho-social permettant
d'accueillir les victimes, de les conseiller dans leurs démarches et
de les diriger vers les services adéquats (association d'aide aux victimes,
aide juridictionnelle, démarches auprès des assurances etc
).
· Facilité l'accès aux services d'aide aux victimes existants
et en cours de développement par la mise en place de plate-forme regroupant
aide juridique, financière, administrative et psychologique.
· Encourager les victimes et les témoins à porter plainte
et à briser la loi du silence par des campagnes d'information du public
(police de proximité, éducation nationale, bailleurs
).
· Favoriser la création de numéros d'appels locaux (écoute
24h/24) pour favoriser l'accès des victimes à l'information,
au soutien psychologique, à l'orientation des démarches, du
type de " Jeunes Violences Ecoute " en Ile-de-France.
· Lutter contre l'éventualité de représailles
et mieux protéger les victimes : systématiser la possibilité
de porter plainte sous X ou de domicilier la victime au commissariat.
" Les administrations se renvoient la patate chaude. "
Le domaine de la sécurité est trop longtemps demeuré
celui de la rétention d'information et du cloisonnement qui nourrit
les fantasmes et nuit à la coordination efficace de l'intervention
de l'ensemble des acteurs. Les Contrats Locaux de Sécurité se
sont ainsi révélés un outil innovant pour faire de la
sécurité l'affaire de tous, rassembler les efforts et les actions
jusqu'ici éparpillés. Il s'agit du cadre adéquat pour
mettre en place, au niveau territorial pertinent, une stratégie globale
et coordonnée de lutte contre l'insécurité. Après
une première étape, qui a été celle de la signature
et de la mise en place des CLS, il faut leur donner un second souffle pour
qu'ils soient porteurs d'un échange opérationnel des informations,
de changements profonds dans les méthodes de travail des services publics
qui doivent travailler ensemble et main dans la main.
Ø Propositions :
· Une deuxième phase de développement des Contrats Locaux
de Sécurité grâce à :
- L'instauration d'une obligation de réunion mensuelle des CLS.
- La création, dans chaque CLS, d'une cellule opérationnelle
réunissant de façon quasi-hebdomadaire la police, la justice,
l'éducation nationale, les bailleurs, les transporteurs, pour coordonner
concrètement l'intervention de l'ensemble des acteurs, systématiser
l'information réciproque, la réactivité et le traitement
global des situations, l'étude de toutes les situations particulières
et la recherche de solutions.
- Améliorer la transparence et l'impact des CLS en institutionnalisant
l'information, l'échange et l'écoute aux propositions des conseils
de quartier, des associations et des habitants. Tous les semestres, une réunion
du CLS avec le Conseil de Quartier.
· Des modules d'enseignement et de stages communs inscrits dans le
cursus de formation des policiers, des éducateurs, des magistrats,
afin de favoriser une connaissance réciproque du fonctionnement des
différentes institutions.
· Un outil fiable de mesure de l'insécurité par la création,
au niveau national, et local dans le cadre des CLS, de structures de collecte
statistique quant au nombre et la nature des actes de délinquances,
leur traitement par la police et la justice, complété par des
enquêtes de victimation auprès de la population, pour disposer
d'un outil sérieux de mesure de l'insécurité et d'évaluation
de l'impact des politiques publiques engagées par la combattre. Ces
structures devront publier mensuellement les statistiques de la délinquance.
· Création, dans les universités, de départements
de formation en criminologie, accompagné par le développement
de la recherche-action dans le domaine de la sécurité, c'est
à dire la participation systématique de chercheurs universitaires
dans la définition, la mise en uvre et l'évaluation de
l'ensemble des politiques publiques de sécurité.
· Développer une filière universitaire de formation aux
métiers de la sécurité.
· Améliorer la réglementation en ce qui concerne les
sociétés privées de sécurité qui emploient
80 000 salariés et peuvent, dans le cadre de leurs missions et sans
se substituer aux pouvoirs publics, concourir à la sécurité
intérieure :
- création d'un agrément individuel des agents délivré
par les préfectures et préalable à toute embauche,
- introduire la co-responsabilité de l'entreprise donneur d'ordre en
ce qui concerne le respect des préconisations en matière de
sécurité.
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