18 septembre 2011
Puisque les enfants étrangers isolés nintéressent personne, parlons en ! (434)
Ce soir après avoir dégusté la victoire à 5 points
de la France sur lAustralie, avoir tremblé pour notre équipe
de basket enfin finaliste de lEuro, les français, souvent les mêmes,
dégusteront avec gourmandise le retour de DSK même si les sondages
avancent quils nen attendent guère de précisions sur
ce qui sest passé dans ce désormais monument national quest
devenue la suite 2208 du Sofitel de New York étant donné quen
7 minutes chrono chacun qui réfléchit un tant soit peu sait ce
qui sest passé mais ne peut être avoué, ni par lun,
ni par lautre des protagonistes ! Si lon rajoute un zest de défaite
en coupe David devant lEspagne et un brin de Fête de lHuma
qui a permis à JeanLuc Melanchon de rencontrer le peuple de gauche,
observons que lattention des français en ce dimanche qui commence
à sentir lautomne est retenue par des sujets fondamentaux.
Jai donc scrupule à marrêter sur un dossier qui me préoccupe professionnellement parlant et comme citoyen : celui de ces enfants personnes de moins de 18 ans je le rappelle non accompagnés dadultes exerçant lautorité parentale qui « débarquent » en Seine Saint Denis au milieu du conflit qui oppose frontalement depuis le 1er septembre le président du conseil général à lEtat (voir mon blog 432), le premier reprochant au deuxième de ne pas assumer ses responsabilités.
Au bout de deux semaines force et de constater que ce dossier némeut guère lopinion et ses leaders. Quelques articles de presse ou reportages télévisés, des réunions à lElysée et place Vendôme histoire de prendre la mesure du problème, bref, des clapotis. Rien ne bouge. On dit même que le gouvernement jouerait le pourrissement sur ordre de lElysée.
On aura plus parlé cette semaine du n ième plan gouvernemental de lutte contre la délinquance des enfants roms en région parisienne, plan tout aussi irréaliste que les précédents. On y a même appris, ce qui a fait rire ceux qui connaissent le sujet, que désormais laide sociale à lenfance roumaine répondait aux standards européens ; on nous a annoncé quon allait pratiquer un raccompagnement forcé de ces enfants en Roumanie sans nous dire comment on allait contourner la décision du Conseil constitutionnel de 2010. Mais sagissant de ces enfants qui arrivent régulièrement dans notre pays (entre 6 à 7000 par an), certains revendiquant le statut de refugiés politiques, dautres venant pour apprendre à lire et gagner leur vie et celle de leur famille, mais qui ne commettent aucun délit, rien. Un encéphalogramme plat.
Ayant été ces quinze derniers jours avec les collègues du parquet et les éducateurs du SEAT de Bobigny au coeur de la réponse apportée aux quelques 70 ou 80 jeunes qui se sont présentés au tribunal de Bobigny, je crois devoir témoigner et apporter quelques éléments dinformation qui pourront être utiles demain.
*
Ces jeunes sont plutôt des adolescents, parfois grands de taille. Ajoutons que parmi eux tentent de se glisser des majeurs désireux de profiter de la protection de lenfance français. Ils viennent notemment du Mali, de la Mauritanie, de lEgypte, parfois du Sri Lanka ou du Népal.
Ils ont généralement des papiers. Au moins un copie dextrait acte de naissance, fréquemment un passeport ou une carte didentité qui ont lapparence de lauthentique.
La plate forme daccueil, dévaluation et dorientation du Conseil général ne fonctionnant plus, les services sociaux ou des « gens » dans la rue les renvoient vers le tribunal pour enfants sachant que la loi veut que tout mineur puisse saisir un juge en avançant être en danger. Il y a aussi ceux minoritaires aujourdhui qui sont libérés de la zone dattente où ils étaient retenus depuis leur arrivée de létranger. Recevant les uns et les autres, le juge a eu le souci de ne retenir que ceux qui apparaissaient bien comme mineurs, comme en danger, mais encore dans des difficultés appelant une réponse durgence. Parfois il a été saisit par le parquet lui-même qui les a estimé en danger.
Conformément à ce quelle avait annoncé laide sociale à lenfance de la Seine Saint-Denis a refusé daccueillir les enfants qui lui ont été confiés par le juge ou encore parle procureur de la République qui de son cote pouvait être alerté par les commissariats ou le SEAT. Nous avons eu le souci, de faire en sorte quaucun de ces jeunes, parfois en mauvais état, répondant aux critères légaux ne restent à la rue. Et nous y sommes presque parvenus. Cest déjà cela.
Devant le refus formel dintervenir de lASE, des associations habilitées, le LAO de la Croix Rouge de Taverny et même la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) pour quatre ou cinq dentre eux ont pu débloquer des places daccueil. Pour dautres il a fallu faire preuve dimagination pour trouver des financements de chambres dhôtel, parfois avec lappui du réseau caritatif sachant que la préfecture sollicitée refusa dalimenter un fonds au bénéfice de la PJJ pour payer ces accueils hôteliers ou tout simplement de mobiliser le 115
Prenant le mors au dent, conscient quil ne pouvait pas rester sans réaction devant linexécution des décision de justice par une institution, a fortiori publique comme lest le président du conseil général, et constatant quun groupe de jeunes commençait à sagréger au tribunal, le parquet a décidé le jeudi 15 en fin daprès midi de faire accompagner les jeunes dans les locaux de lASE situé de lautre coté de la RN 186. Spectacle plaisant et original que celui de voir la responsable de la section Mineurs jusquaux dans les locaux de lASE pour faire exécuter les décisions du juge !
Face à des adolescents de chair et de sang, et non plus à des décisions de justice, le conseil général créa alors la surprise en acceptant daccueillir ces enfants et de les faire acheminer vers un hôtel. Cédait-il ? Que nenni ! Dès le vendredi matin la nouvelle se répandait que M. Bartolone en personne raccompagnerait ces jeunes au tribunal éventuellement avec des média à ses basques. En vérité, les jeunes étaient déjà de retour dans les locaux du Tribunal pour enfants.
On en arrivait à pratiquer laccueil séquentiel introduit par la loi du 5 mars 2007 : la nuit à lASE et le jour au tribunal ! Ubu roi.
Un coup droit du parquet, quoiquen ayant subit un revers du conseil général, les enfants jouant le rôle de balle, il fallait arrêter le match qui risquait de dégénérer au détriment des jeunes. Le parquet ne relança pas.
Et ce vendredi soir 16 septembre faute davoir trouvé une réponse institutionnelle le juge de permanence que jétais se retrouva devant ce groupe qui avait perdu une ou deux unités pour en récupérer dautres à expliquer aux jeunes que la France ne pouvant faire plus que de les remettre à la rue pour le week-end munis de tickets de métro et de restaurant et dun plan de la région Ile de France. Il leur revenait de rechercher un point de chute. Il ny avait pas de quoi être fier comme magistrat de la République en charge de protéger des enfants. Mais la fatigue accumulée aidant il faut parfois savoir plier
Jen arrivais à redouter quils décident de rester dans le tribunal il eut été amusant de les faire évacuer par des vigiles ou par la police ou quils commettent des larcins pendant le week-end auquel cas lEtat retrouverait une raison de soccuper deux ! Du billard pour une plaidoirie en défense axée sur la force majeure et une plainte reconventionnelle contre lEtat et le département pour mise en péril dun enfant !
Chacun pouvait partir vers un week-end studieux : coupe du monde de rugby, coupe dEurope de basket, DSK, etc.
*
Que vais- je trouver demain 19 septembre en abordant le hall du tribunal ? Que se sera-t-il passé ce week-end ? Vers quoi va-t-on ?
Les professionnels de la juridiction sont délaissés par leur ministère de tutelle. Aucun coup de téléphone ; aucun intérêt pour ces jeunes. On fait simplement attention à ce que la PJJ, donc lEtat, nen fasse pas trop pour ne pas dévier de la priorité pénale décidée par le gouvernement quand la loi exige quelle soccupe aussi des enfants en danger.
Après avoir imprudemment interdit il y a 8 jours à son Service éducatif de recueillir des renseignements sur ces jeunes à fournir au parquet ou au juge de permanence, la Chancellerie semble avoir mis vendredi de leau dans son vin. Cest désormais le service de base - on reçoit les jeunes et on fait des propositions au juge - voire réduit au minimum - on donne des tickets restaurant ou de transport- ! On peut aller jusquà recherche des établissements privés disponibles pour accueillir ces jeunes quitte à faire très attention aux sollicitations du juge qui pourrait signaler une situation très préoccupante. Auquel cas on rechercherait une place en foyer. La difficulté serait que le juge ordonne un placement à la PJJ et que celle-ci ne puisse ou ne veuille lexécuter. On aurait alors deux administrations, lune locale, lautre dEtat qui se défausseraient de leurs responsabilités et violeraient une décision de justice.
Soit mais comment sortir de la crise ?
Le bruit court quun amendement à la loi de finances introduirait une péréquation financière entre les départements. Est-ce de nature à satisfaire les conseils généraux ? Quid de lengagement financier de lEtat comme le recommandait le rapport de la sénatrice Debré en 2010 ?
Quelques réflexions simples simposent :
1 Dévidence tous ces jeunes ne sont pas mineurs : mais la plupart le sont. Nombre sont instrumentalisés par des adultes et des passeurs. Certes, mais ce sont des enfants. Luttons contre les filières, menons la politique de coopération qui simpose, mais ici et maintenant il y a des enfants en danger.
2 Tous ces jeunes ne sont pas dans un danger vital et immédiat, mais comment qualifier le fait de laisser dormir dans la rue des personnes que nous tenons pour des enfants ? Et la difficulté ne se pose pas quen Seine Saint Denis.
3 Le problème nest pas celui de la collectivité territoriale où se trouve le jeune, mais celui de la France pour le compte de laquelle les collectivités locales interviennent. Ces enfants ne sont pas des enfants de Seine Saint-Denis mais de France
4° La convention internationale sur les droits de lenfant du 20 novembre 1989 veut que la France veille à protéger les enfants sans toit, sans revenus et privés dautorité parentale pour les protéger. Elle le fait elle-même ou organise cette protection. Que ne fait-elle pas pour répondre à ses engagements?
5 LEtat qui ne conteste pas ses responsabilités, mais les relative, a désigné le ministre de la justice pour coordonner la manuvre. Il est le ministère de la loi, il a une entrée sociale à travers les tribunaux pour enfants et la PJJ ; il interviendra ensuite pour organiser le statut juridique de ces enfants à travers les juges aux affaires familiales qui manieront la délégation de tutelle ou dautorité parentale. Que le ministère de la justice joue son rôle de coordonnateur. Pour cela il lui faut gagner en crédibilité. Quelle le veuille ou ne le veuille pas, la justice a vocation, subsidiaire certes, mais vocation à soccuper des enfants en danger, nés ici ou pas. Quelle paie déjà son écot !
6 Sans doute devant lampleur du problème conviendrait-il dadopter rapidement la même démarche quen 1983-1984 pour les enfants des boats poeple : une coordination nationale dEtat, un budget spécifique et un appui apporté par les collectivités locales et les associations.
Il est temps que les choses bougent. Après quinze jours, notre marge de manuvre est réduite quasiment à rien, magistrats et travailleurs sociaux de justice sommes exsangues. Je relèverai que si la pression demeurait nous serions sur la base de 1800 situations lan, soit un millier daccueil sur lannée, et derrière les dossiers il y a des personnes.
On peut aussi attendre un drame. Certains joueraient-ils ce jeu ? Il est temps que lEtat prenne des initiatives. Il est temps que le réseau associatif se coordonne pour faire pression sur les pouvoirs publics, et déjà pour aider ces enfants par-delà lincantation. Il est temps que les médias et les politiques se mobilisent
Le silence est assourdissant !
Au passage on nous avait dit avant létat que le remplacement
du Défenseur des enfants par un Défenseur des droits garantirait
une meilleure prise en compte des droits des enfants en France ! En 15 jours
le Défenseur des droits et son adjoint aux droits des enfants se sont
transformés en Arlésiennes. Lancien Défenseur des
enfants - Mme Brisset ou Mme Versini - se serait déplacé et aurait
pris le dossier à bras le corps
au nom de la France, de ses valeurs,
de ses engagements et de ses loi