Les enfants étrangers traités comme des paquets (436)
Le gouvernement à travers Michel Mercier, ministre de la justice a fini par crever labcès qui sétait développé au tribunal de Bobigny après le refus du président du conseil général en Seine Saint-Denis de continuer daccueillir à compter du 1er septembre 2011 la masse des enfants étrangers non accompagnés qui sy présentent après être entrés en France, non pas par Roissy, mais via ses autres frontières.
Certes le conseil général nest pas seul à supporter le poids de ces situations : le tribunal pour enfants pour lorientation et le suivi, le LAO de la Croix Rouge installé à Taverny (95) et nombre détablissements du sociaux sont mobilisés. Mais force est de reconnaitre que cest quand même la collectivité locale qui assure lessentiel de la charge financière , technique et juridique des 600 mineurs qui intègrent chaque année le dispositif de protection de lenfance pour 1000 présents en permanence dans le Service de lASE. Jajoute que la qualité du travail engagé pour ces jeunes est telle que nombre restent accueillis après leur majorité pour terminer leur formation et concrétiser, si cela ne la pas été, loctroi dun titre de séjour régulier. Entre-temps beaucoup auront fait lobjet dune délégation dautorité parentale ou de tutelle.
Depuis des années, la Seine-Saint-Denis et les conseils généraux dIle-de-France appellent lEtat à laide et lui demandent de mieux assumer ses responsabilités à l'égard de ces enfants. Mais il fautconstater que lEtat na eu de cesse, après avoir tenté déluder ses responsabilités - C. Pasqua, ministre de lIntérieur de 1993 avançait que la Seine-Saint-Denis recevant des royalties liées à lexploitation de Roissy se devait dassumer une contre-partie - que de se défausser au maximum, en tous cas dassurer le service minimum.
De fait il lui est difficile de contester quil lui revient de contrôler les frontières, daccueillir les personnes sans domicile fixe, de se prononcer sur le séjour des étrangers et, tout simplement, de rendre des comptes à la communauté internationale sur la manière dont les étrangers présents en France, encore plus sagissant de mineurs, sont traités.
Par-delà le dispositif policier et judiciaire, il a accepté de financer des micro-réponses comme les deux centres dhébergement de la Croix Rouge (30 places) pour les mineurs sortant de la zone dattente de Roissy et de France Terre dAsile pour une dizaine de jeunes (10) appelés à demeurer en France. Une goutte-deau eu égard aux 6 000 mineurs pris en charge sur lensemble du territoire national par les conseils généraux. Si lon extrapole les 45 millions deuros que coûtent à la Seine Saint Denis ses 1000 mineurs étrangers non accompagnés, cest une somme denviron 300 millions qui est en jeu sur les 6 milliards deuros du dispositif français de protection de lenfance.
Cest peu et significatif à la fois dans une période de budgets publics tendus.
Mais lon sait que la question nest pas que financière, mais elle est aussi politique. Nombreux sont ceux - conseils généraux mais aussi associations - qui avancent que les départements interviennent au nom de la collectivité nationale en accueillant des enfants qui pour la plupart viennent en Europe, sinon en France, chercher à être scolarisés et formés pour travailler et nourrir leur famille. Moins dun sur dix est refugié politique. Et force est de constater que malgré les rapports qui se succèdent lEtat, invité à assumer pleinement son rôle, quelle quait été la couleur politique des gouvernants a toujours joué la montre. Largument-clé avancé (discrètement) est déviter de faire un appel dair avec un dispositif daccueil trop performant.
On laisse donc un équilibre se dégager où chacun fait le moins mal possible. On évite surtout de donner limpression aux passeurs quau final les jeunes qui mettent un orteil en France seront régularisés à coup sûr. On veut éviter leffet Sangatte où des milliers de migrants sagglutinent face aux côtes anglaises avec lespoir daccéder à la terre sur laccueil ils pourront vivre pour nourrir leur famille sans risque d'expulsion.
Concrètement on accueillie ceux les deux-tiers - de ces jeunes que lon tient pour mineurs ; ils sont alors en situation irrégulière mais non-expulsables. Ils pourront demander à être régularisés. Les préfectures ny sont pas tenues même si elles y sont incitées par la circulaire Villepin du 5 mai 2005 dès lors que le jeune et cest la plupart des cas - ne pose pas de problème dordre public et engage une formation sérieuse.. Mais rien nest assuré. Il arrive régulièrement que des jeunes qui auront suivi parfaitement le cursus qui leur aura été proposé à leur accueil et se voient demandé de repartir dans leur pays. Ceux-là, le plus souvent, plongeront dans la clandestinité.
Ces jeunes vivent mal linsécurité qui leur est offerte sachant par ailleurs tout ce qui se joue pour ceux qui ont misé sur leur réussite en France , mais les institutions sociales et scolaires aussi vivent mal cette situation où elles ont le sentiment de nêtre pas prises en compte par lEtat dans leur travail. Il leur demande de protéger ces jeunes et malgré leur réussite refuse de régulariser. Dans ce contexte nombre dinstitutions se refusent dintervenir pour des jeunes âgés de plus de 17 ans qui a leur yeux - à tort - ont peu de chances de recevoir un titre de séjour. Ne parlons- pas des jeunes majeurs victimes du retrait de la PJJ et des conseils généraux ;
Il y aurait bien une solution simple et économique : que la France renonce à la non-expulsabilité des mineurs ! Non seulement on refoulerait à larrivée à la frontière comme on ne sen prive pas, mais on pourrait expulser les mineurs trouvés sans papiers sur le territoire national sauf à traiter généreusement le cas des demandeurs dasile. En revanche, si un titre de séjour, même provisoire, était accordé il vaudrait viatique pour aller jusquau bout des études, sauf incident. Ce serait une position cohérente, mais trop en demander à la patrie autoproclamée des droits de lhomme.
Mais si lon se refuse fort heureusement - à cette cohérence par le bas réunissons au moins les conditions dun accueil digne de notre pays et en phase avec ses valeurs.
Cela suppose que sur un sujet où les responsabilités sont dévidence partagées chacun assume explicitement sa part.
A lEtat le pilotage général du dispositif. En le revendiquant il montrera aux conseils généraux quils ne sont plus abandonnés à eux-mêmes Encore faut-il quil soit crédible. Pour cela il lui faut par-delà les lois, mobiliser les moyens publics - les collectivités locales - et privés - les associations compétentes dans le champ de la protection de lenfance et de la formation-. Bien évidemment il aura à payer son écot sur la facture globale. Le rapport Landrieu de 2003 marquait bien la place du curseur : lEtat doit assumer les jeunes tant que la situation juridique de lenfant na pas été clarifiée. Doù son intérêt à faire au plus vite ! Il pourra sappuyer sur les dispositifs locaux dépendant des conseils généraux quitte à payer les frais comme le prévoit le code des collectivités locales. Une fois la situation régularisée, le jeune ayant un titre de séjour relève des conseils généraux comme tous les enfants de France. A défaut il devra quitter le territoir.
Au titre de sa compétence il revient à lEtat darticuler les interventions des collectivités locales. M. Mercier sest engagé à rechercher cette péréquation. Dans un premier temps il demande - avec succès - au parquet de Bobigny de reorienter sur dautres départements 9 jeunes sur 10 jeunes « découverts « en Seine Saint Denis. Mais on ne pourra pas longtemps maintenir ce dispositif où le parquet de Bobigny prend une ordonnance confiant le jeune à un foyer repèré comme étant théoriquement compétent pour laccueillir et le fait accompagner et déposer sur place par un chauffeur de la PJJ avec lordonnance. Si le foyer refuse daccueillir le jeune tout simplement faute de place, parfois en sestimant incompétent, et de fait on n'improvise pas sur ces questions, de temps en temps sur ordre du président du conseil général local il doit saisir le parquet local qui orientera le jeune sur lASE locale devenue compétente du fait quon a déposé lenfant devant la porte du foyer ! Les filières ne font pas mieux en déposant des enfants devant le TGI de Bobigny !
Ces pratiques, au-delà leur habillage juridique - vont à lencontre de tout ce qui a pu être mis en place depuis des décennies au sein de la protection de lenfance pour veiller à des prises en charge réfléchies et cohérentes pour les jeunes. Elles sont choquantes. Elles ne peuvent pas durer. On a reproché - à juste titre - au président du Conseil général de la Seine Saint Denis davoir usé des jeunes comme dun moyen de pression en les laissant à la rue et aujourdhui au nom de lEtat dépose ces enfants comme des colis devant les portes de certains foyers de la grande périphérie parisienne. Aucun jeune du Raincy ou XVI° arrondissement de Paris ne serait traité ainsi !!!
Sans sortir du dispositif de droit commun de la protection de lenfance, un dispositif national de régulation simpose qui sappuie sur un accord national passé avec les conseils généraux à travers leur représentant quest lAssociaton des Départements de France. Il simpose dautant plus que certains départements hier Paris, aujourdhui l'Ille-et -Vilaine in Le Monde du 1er novembre- demandent, et on le comprend, dêtre traités comme la Seine-Saint-Denis. Par ailleurs, il faudra trois à quatre plates-formes nationales pour l'accueil, l évaluation et l'orientation des jeunes relayées par un réseau de départements daccueil , les autres contribuant financièrement-.
M. Mercier a fort habilement débloqué la situation en Seine Saint Denis en évitant labcès de fixation que constituait, à la veille de linauguration de laccueil du TGI par le ministre- un groupe dune vingtaine de jeune présents tous les jours au tribunal après que la veille on leur ait remis un ticket de restaurant !
Le bricolage décidé en situation de crise ne pourra pas durer très longtemps. Les institutions sociales râlent dêtre maltraitées, les conseils généraux renâclent de navoir pas été concertés et ne veulent pas assumer. On a monté les uns contre les autres. Il est grand temps de passer à lacte 2 : celui de la négociation nationale que nous appelons de nos vux depuis 15 ans chacun assumant sa part.
A défaut, sur un sujet symbolique qui némeut guère le landernau politique sauf lorsquil on craint rétrospectivement que certains des jeunes concernés puissent victimes dun drame comme lincendie de Pantin, il faut sattendre à des soubresauts peu glorieux pour notre pays.