LIBERATION DU 30 AVRIL 2003
Société
Mineurs refoulés
Trois enfants chinois bloqués hier à Roissy.
Par Marc PIVOIS
mercredi 30 avril 2003
ier, 15 heures, Claire Brisset reçoit un e-mail urgent de la CNSP (Coordination nationale des sans-papiers) : trois enfants chinois seraient en passe d'être expulsés. Or la loi interdit les expulsions de mineurs. Aussitôt, la défenseure des enfants (institution indépendante créée par le Parlement voici trois ans) prend deux de ses collaborateurs. En route pour Roissy. 16 heures : de longs pourparlers commencent avec les policiers de ZAPI 3, zone d'attente de Roissy. Une fille et deux garçons de 14-15 et 16 ans ont été interceptés à leur descente d'avion. Ils racontent qu'ils viennent rejoindre leurs parents. Le commandant Mousseau est aimable mais intransigeant : «Si c'est pour les rencontrer, en salle de visite, pas de problème. Vous y avez droit comme tout le monde. Mais si vous entrez en zone d'attente, c'est non ! Seul un parlementaire a droit à une visite impromptue.» Claire Brisset : «J'avise
le ministère de l'Intérieur.» Echange de fax et de coups de fil. «Il est indispensable que les autorités vérifient que ces enfants ne vont pas se retrouver dans les mains de mafieux, mais je ne voudrais pas qu'on les remette dans l'avion avant de vérifier l'identité de leurs parents.» Le commandant Mousseau n'est pas d'accord. «Il ne s'agit pas d'expulser. Ici, dans cette pièce, on est en France, mais, de l'autre côté de cette cloison, administrativement, ce n'est pas la France. Donc, ils ne sont pas entrés sur le territoire et on se contentera de les refouler.» Qu'importe si les enfants sont ici depuis neuf jours. A 19 heures, Claire Brisset accepte de les voir en salle de visite. Mais c'est l'heure de la relève. Le commandant Mousseau part. 19 h 30, son successeur arrive, très agressif : «Vous ne pouvez pas les voir, ils sont en phase d'embarquement ; j'ai des instructions de la direction
centrale ; je n'ai rien à vous dire.» Il claque la porte. 19 h 45, sur la route du retour, Claude Gueant, directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, appelle Claire Brisset. «Je fais vérifier tout ça», promet-il. D'ici là, les enfants seront peut-être déjà dans l'avionÊl
© Libération
|