Edito JDJ avril 1998
Ca craque et une réponse offensive urge,
Il ne faut pas être grand clerc pour observer la corrélation entre la montée en puissance de la délinquance des jeunes et sa transformation, la crise du système d'éducation et les dysfonctionnements familiaux et sociaux. L'exemple de la Seine Saint Denis est une illustration.
La stratégie judiciaire qui y a été suivie dès 1992 s'imposait.
La justice était dans son rôle en s'adaptant quand ses réponses patinaient sur la nouvelle situation sociale. Il fallait remettre les parents en selle, créer un espace de liberté en prenant en fin en compte les victimes, marquer un coup d'arrêt à des enfants glissant vers la violence en l'absence de barrières et de repères moraux. La justice, appareil d'Etat, devait aussi rassurer les professionnels et les citoyens. Indéniablement elle a tenu ses engagements. Mais elle touche ses limites quand par exemple, dans ce département, quelques 500 mesures éducatives ne sont pas exécutées.
Reste que cette barrière judiciaire a aussi permis de camoufler une situation sociale et institutionnelle dure et se durcissait encore plus. On voit bien aujourd'hui à travers les mouvements des enseignants et des parents que la justice à elle-seule avec ses rappels à la loi ne peut pas éternellement tout juguler. Les craquements sont perceptibles.
Certains se sont sans doute endormis derrière la digue. L'école n'a pas su s'adapter pour redonner à chaque jeune en difficulté un projet et une perspective en liaison avec sa famille. Les service sociaux n'ont pas été reployés pour être là où les familles sont en souffrance pour les soutenir et leur donner un espoir de s'en sortir. La politique de la vile s'est essoufflée. Peu d'espoirs de vivre dignement ont été offerts.
Cet hiver, devant des formes diverses mais somme toutes circonscrites de vioelcnes sociales, on a entonné l'hymne à la répression pure et dure. On parlait de réforme de l'ordonnance de 1945 qualifié d'objet ringard et laxiste, d'ouverture " maisons closes ", d'abaissement de la majorité pénale à 14 ans etc.
Les pouvoirs publics ont eu l'intelligence de plier sans rompre et de donner du temps au temps. A la sortie de l'hiver, les esprits sont plus lucides. On retrouve des propositions de bon sens. Mais elles ont un coût économique, mais d'abord politique.
Là encore l'adaptation de la justice des mineurs ne suffira pas - et ne parlons pas des sanctions contre les parents - si dans le même temps n'offre pas des adultes de référence, et d'abord des parents investis de leur rôle, aux adolescents d'aujourd'hui et aux très jeunes enfants. Des alliances institutionnelles s'imposent entre l'Etat et les collectivités, le public et le privé, les professionnels et la société civile. Il faut aussi rendre justice aux jeunes et leur donner de l'espoir. Tout un programme pour une sortie de crise à la française.
Pour nous au JDJ cela se résume en quelques idées simples
- la justice n'est pas que judiciaire, mais aussi sociale,
- on peut d'autant plus exiger des devoirs qu'on respecte les droits des personnes,
- c'est aux plus forts et d'abord aux adultes et aux institutions de montrer l'exemple
- la protection de l'ordre public va de pair avec le respect des individus.
- les parents ont des droits, mais ils ont d'abord des devoirs et on gagnerait beaucoup à se poser la question du respect du droit des enfants quand on aborde une question sociale.
Dans le temps où une certaine reprise économique se dessine, des craquements s'entendent nettement dans le camps de ceux qui supportent de longue date la crise et la mutation sociale en cours. Ceux-là n'ont plus guère à perdre.
Le temps est sans doute d'une grand mouvement social qui accompagne la sortie de crise et d'une mobilisation tout azimuts avec un message de refus et d'espoir. Il faudra de l'argent - un emprunt s'impose gagé par la confiance de l'opinion dans le projet.-; il faut aussi trouver des hommes mobilisables; ce pays n'en manque pas.
Bref, il ne faut pas jouer " petite main ", mais au contraire être radicalement ambitieux et offensif. Les rapports du C.E.S. et de la mission parlementaire ont tracé les pistes, chiffré les besoins, défini des stratégies. On sait ce qu'il y a à faire. Il faut un feu vert et un chef d'orchestre.
A défaut, certaines digues craqueront et les Pythies l'emporteront avec leurs réponses noires.