20 janvier 1997
A l'occasion d'un jeu pédagogique

Tartuffes, pour le coup, vous êtes mis à nu !

En apprenant les mésaventures de Bernard Defrance, professeur de philo à Meaux amené à se présenter nu devant ses élèves, beaucoup ont rigolé en l'imaginant retranché prudemment derrière son livre de philo de terminale, mais vêtu uniquement de son sempiternel noeud-papillon! Bref, généralement, on ne voyait pas de quoi fouetter un chat dans ce nouvel épisode du « cercle des poètes disparus », les plus jeunes étant surpris qu'une affaire de cette nature prenne une telle ampleur avec une suspension de 4 mois pour l'enseignant et un dossier transmis au procureur de la République afin d' apprécier des poursuites pour outrage public à la pudeur.

Disons le tout net, nombre d'entre ceux qui fréquentent B. Defrance et militent avec lui pour le respect des droits des enfants et des jeunes ont été surpris, sinon choqués, de son comportement en ce 30 novembre 1996 estimant qu'à tout le moins il avait commis une erreur grossière non pas tant dans le jeu de l'esprit proposé par le prof à ses élèves que dans le système de sanctions prévues y compris pour lui-même. Il va de soi qu'on n'aurait rien eu à redire si Bernard Defrance avait mis en place un système de gages qui, sans être des pères-la-pudeur, n'ait rien à voir avec le corps  et des attitudes pouvant prêter à toutes les interprétations possibles, qui plus est dans le contexte actuel où trop d'adultes dévient.

L'intéressé admet aujourd'hui que sur ce point il a dérapé ne voyant pas lui-même à mal et sans doute ne percevant combien dans ce registre il risquait de soulever des réactions. Une classe n'est pas le Club Med ! La liberté y est relative. Des mineurs comme des majeurs peuvent être en difficulté avec des activités de ce type.

Bien sûr, B. Defrance n'est ni un vicieux, pas plus un exhibitionniste; tout au plus imprudent militant sur sa petite planète enseignante coupée de certaines réalités ! L'exposition du corps humain en chair et en os n'a rien aujourd'hui d'extraordinairement choquant. Mais la crédibilité de la parole de l'adulte peut se payer d'un prix élevé quand l'enseignant est à nu, non pas intellectuellement, mais physiquement, et n'a pas su éviter le mélange des genres. On ne joue pas dans une classe; on n'a pas à montrer qu'on est « cap » ! On est respectable par son comportement quotidien et  B. Defrance, sur ce point, ne leurrait pas ses élèves. Nul besoin pour lui d'en rajouter. Chacun doit être dans son rôle d'enseignant ou d'enseignés, même si les profs peuvent aussi apprendre des élèves. Le « cercle des poètes disparus » doit se réinscrire dans l'école citoyenne !

Pour notre part, nous estimons que le « streap-philo » ne peut à aucun titre être cautionné. Nous y voyons même un malencontreux prétexte fourni à tous ceux qui estimeront que les militants des droits de l'homme et de l'enfant ne sont que des irresponsables vouer à se faire rhabiller ! Au risque de paraître désavouer notre ami, nous disons fermement qu'il a fait le mauvais choix sur ce point.

En revanche, c'est bien un indéfectible soutien que nous apporterons au prof engagé qui, de longue date, - relisons attentivement la Planète lycéenne - a su sauver nombre de se élèves de la dérive, sinon de passages à l'acte plus graves.

Soutien encore au Defrance qui a introduit le droit dans sa pédagogie et qui entend sur le plan institutionnel le réintroduire dans l'école au risque de mettre à mal le confort de nombre de ces collègues ou de la hiérarchie.

Et puis, B. Defrance a beau jeu aujourd'hui de dénoncer les tartuffes académiques qui savaient quelle pédagogie il développait, y compris ce jeu, pour ne pas s'en offusquer outre mesure et ne pas hésiter à faire appel à lui dans la formation des enseignants. N'avaient-ils pas lu Le Monde du 8 novembre 1996 où Robert Solé rendant compte de la Planète lycéenne s'interrogeait à voix haute sur cette démarche pédagogique ? L'honnêteté veut de dire que nous-mêmes n'avions pas intégré cet exercice dans la pratique de B. Defrance. Mais donnons lui acte de ne pas l'avoir scellée même s'il n'en avait pas un phare de sa pédagogie parce que cela ne correspondait pas à la réalité.

Il est clair que le pédagogue et le militant ont fait une mauvaise appréciation du rapport de forces. A interpeller l'institution Education nationale B. Defrance devait s'attendre à ce qu'elle finisse par réagir par la bande éventuellement.

Certains avancent même que le soixante-huitard attardé s'est retrouvé aux prises avec un représentant de la nouvelle droite musclée, M. le Recteur étant un proche de M. de Villiers pour avoir été son directeur de campagne. Dans un tel contexte il eut bien évidemment fallu être plus prudent pour ne pas donner prise à une critique à laquelle, bien sûr, on peut répondre, mais qui incontestablement fragilise la position de l'innovant pédagogue.

Chacun se forgera son point de vue sur cet épisode philosophique au vu du courrier-circulaire de B. Defrance et d'un article « modéré » publié dans le Monde sachant que mis à part le Figaro la presse a été plutôt compréhensive pour ce « prof au poil ».

Notre conviction est faite : B. Defrance a fait le pas de trop qui l'a fragilisé. Foin d'angélisme encore : on ne doit pas être surpris que la transmission au parquet ait été effectuée le 19 décembre 1996 quand l'intéressé n'a été entendu sur le fond par sa hiérarchie que le 20 ! Elle l'a trompé. Observons encore que les parents d'élèves n'ont pas porté plainte comme il est dit même si une famille s'est étonnée auprès de l'Inspecteur d'académie. La FCPE elle-même admet avoir été manipulée.

L'Inspecteur et le Recteur et eux seuls ont entendu engager le fer procédural contre leur prof de philo exceptionnel; certainement parce qu'ils n'arrivaient pas à réduire son aura sur ses élèves et son impact extérieur. Seule la hiérarchie de l'éducation nationale est donc responsable de la poursuite et attend de la justice qu'elle règle son sort à B. Defrance. Tartufferie ou hypocrisie ? A coup sûr, la volonté d'éliminer - ou de faire - un gêneur.

Il nous faut maintenant veiller à ce que cette affaire soit remise dans se juste proportion. Elle servira à l'intéressé et à d'autres d'avertissement. On ne doit pas aller au-delà.

Casamenor


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