Délinquance des jeunes : une sortie (heureuse) d'hibernation pour rendre justice aux jeunes
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20 avril 1998


Avec le colloque de Villepinte (novembre 1997), les violences urbaines de décembre et la multiplication des incidents en milieu scolaire, notre pays a pris conscience de l'état dramatique et préoccupant d'une certaine jeunesse. J.P. Chévenement choqua en qualifiant des enfants criminels " de sauvageons qui vivent dans un monde virtuel " alors qu'il ne disait rien d'autre que ce que depuis des années nombre de professionnels diagnostiquaient. On fut donc cet hiver à deux doigts de déraper vers les centres de sécurité pour mineurs new styl qualifiés de " maisons closes " et on entonna (trop) rapidement l'hymne classique à la réforme de l'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante tenue pour ringarde et source apparemment de tous les maux - notamment du prétendu laxisme des juges - par de doctes ignorants des réalités judiciaires.

Heureusement, les pouvoirs publics prirent le temps de la réflexion. Le printemps s'annonce plus serein. Le rapport remis récemment par les deux parlementaires en mission confirme le travail mené depuis un an par le Conseil Economique et Social adopté le 25 mars dernier. Il ressort déjà clairement de ces reflexions que la question n'est pas de réformer la loi, mais de l'appliquer dans toutes ses dimensions. Car si elle prône la priorité éducative, l'ordonnance de 1945 encore mise à jour en 1996 n'empêche pas la fermeté répressive. Deuxio, il faut arrêter de mélanger répression et éducation : la prison - à condition d'être revisitée - vaut pour la répression; l'éducation quitte à prendre de la distance du quartier ne peut se faire dans des milieux contenants mais ouverts. Il en existe comme la démontrer les journées d'étude de l'ANCE sur l'internat. Multiplions-les Exit les nouvelles maisons de correction. Dont acte !

Mais alors, et là est bien l'intérêt des deux rapports, encore faut il que la société se donne les moyens de ses objectifs. Or la P.J.J. est exsangue et est-elle même structurellement apte à tout gérer ?; le dispositif de protection sociale est " percé " et en tout état de cause inadapté et mal déployé face à la montée des problèmes sociaux liée à la crise. A l'Etat et aux Conseils généraux de remplir leurs responsabilités. Des chiffrages des besoins sont avancés notamment pour les équipements éducatifs (internats éducatifs ou scolaires). Seront-ils pris en compte?

Qui plus est - et là encore nous nous y retrouvons - c'est aussi bien à court et moyen qu'à long terme qu'il faut veiller à l'ordre public. Si nous n'y prenons garde les lendemains seront encore plus durs que les temps présents; d'où l'importance d'une forte et rapide mobilisation sociale pour les plus jeunes dans l'école - renforcer le service social scolaire - et le quartier. Cela a aussi un coût économique et politique.

Enfin, quitte à être mal compris par des commentateurs qui n'ont voulu voir que par ce bout de la lorgnette, on insiste sur les responsabilités parentales. La mise sous tutelle des allocations familles comme les sanctions pénales contre les parents défaillants ne sont certes pas une réponse ou une politique en soi. Qui pourrait affirmer le contraire ? Il s'agit simplement de rappeler symboliquement et très exceptionnellement l'ordre des choses à l'égard de parents souvent dépassés ou tellement hors du jeu social que les règles en sont escamotées au quotidien : l'éducation est d'abord familiale. Il faut le rappeler et aider ces parents dans l'exercice de leurs responsabilités. Mais cessons déjà avec ce mythe misérabiliste : tous les chômeurs, tous les émigres, tous les parents divorcés ne sont pas des parents démissionnaires ! Encore faut-il qu'il y ait une famille et deux parents également responsables pour tout enfant ! E. Guigou a entendu ce message et annoncé ses objectifs à échéance de 1999. Dont acte encore.

Une chose est certaine avec ces travaux argumentés : on a compris l'inanité d'une réforme législative cache-misère qui éviterait une nouvelle fois de se donner les moyens, d'abord de garantir le droit à l'éducation à ces enfants souvent laissés à eux-mêmes et en souffrance; deuxièmement, d'apporter à leurs jeunes frères, une présence parentale et à leurs parents un soutien social.

Le diagnostic étant (justement) fait reste à la société de savoir si elle se mobilisera pour apporter à ces jeunes ce dont ils manquent : des adultes - parents d'abord, travailleurs sociaux et pédagogues, militants sociaux - disponibles pour valoriser leurs compétences plutôt que des murs d'enfermement pour les annihiler un temps.

En rendant justice aux enfants et aux jeunes en détresse, notre société se protégera ! Qui plus est elle sera en phase avec ses grandes valeurs auxquelles elle demande à la jeunesse d'adhérer. Ici on attend beaucoup des travaux de la Commission Fabius sur les droits des enfants qui vient à échéance.

Reste l'essentiel : donner de l'espoir aux enfants comme aux parents. Il n'est pas besoin d'être un grand sociologue pour observer que la montée de la violence des jeunes correspond ici comme ailleurs ou à d'autres époques à l'accentuation et l'installation de la fracture sociale. L'hymne aux responsabilités parentales ne palliera jamais la capacité d'une famille de vivre dignement de sa force de travail !

Nous ne disons rien d'autres depuis des années ! Là encore, c'est de justice qu'il faut parler aux jeunes, mais de justice sociale ! Qui plus est, parler ne suffit plus.


Casamenor

le 20 avril 1998


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