LE DROIT ET LA VIE
C'est banalité que d'observer que dans cette fin de XX° siècle monte une demande de droit. N'entre-t-on pas d'ailleurs dans une période de dictature du droit ? Les inquiétudes sont réelles dans de nombreux secteurs du champ social ou médical ou psy. Comme aux USA chacun devra-t-il désormais se mouvoir avec son téléphone portatif et son avocat de crainte d'engager inconsidérablement sa responsabilité? On voit les excès possibles. Pour autant, qui contestera, surtout sous nos cieux, les avantages de l'Etat de droit, de la reconnaissance des droits des personnes sachant que droit rime souvent avec devoirs comme nous l'écrivons depuis des années s'agissant des droits des enfants.
Et puis tout simplement le droit en garde-fou institutionnel , assurance contre les accusations d'arbitraire. Un commissariat qui vit les contrôles de garde à vue, une maison de repos pour personnes âgées qui rend des comptes, un service de l'Aide sociale à l'enfance qui n'accueille pas un enfant sans l'accord des parents ou l'ordre d'un magistrat sont insoupçonnables. Ils peuvent faire des erreurs d'appréciation, mais conserveront leur crédit et la confiance du public.
Tel était bien l'enjeu premier de la loi du 6 juin 1984 que de sortir le service de l'Aide sociale à l'enfance de l'image de l'Assistance publique qui lui collait à la peau et était régulièrement ternie par des vrais ou faux procès. Combien de fois n'a-t-on vu tirer à boulets rouge sur la "DASS" quand la justice était en réalité seule responsable de tel retrait enfant ou refus de restitution. La loi du 6 juin 1984 a marqué une étape essentielle pour l'action sociale. 10 ans après, le JDJ devait poser la question dans un dossier coordonné par P. VIVET : rapportées à la genèse de ce texte, quelles sont les avancées pour les 200.000 familles et 450.000 enfants de l'ASE. Mais pour essentiel, ce texte ne remplacera jamais l'évaluation des personnes responsables de l'enfant, ses parents, les travailleurs et cadres sociaux, sur les orientations à prendre.
De la même manière, à la veille du 5° anniversaire de la Convention des Nations unies sur les droits de l'enfant, texte fondamental pour les droits de l'homme, nous savons qu'il est tous les jours bafoué, y compris dans les pays qui l'ont fait leur.L'histoire des droits de l'homme veut de supporter cette contradiction et d'y puiser une énergie renouvelée pour mener le combat pour la Justice. Ainsi, plus que jamais il faut encore sensibiliser et à dénoncer ceux qui s'y livrent au tourisme sexeul à travers des campagnes comme celles d'ECPACT pour que nombre y renoncent. Reste qu'il fallait voter un texte permettant la poursuite en France de tels fait et aujourd'hui nous aspirons à ce que des procédures pénales soient engagées contre ceux qui s'y livrent. On voit bien que le droit n'est pas tout et pourtant il joue un rôle de premier plan pour promouvoir les droits de la personne. Le projet de convention européenne que nous publions s'attachera aux droits pour faire valoir les droits des enfants. En attendant, à en croire la Commission Consultative de des droits de l'homme, nous sommes encore loin du compte en France, en droit et ajouterons-nous dans la réalité de tous les jours.
Une dernière illustration tirée de la Consultation nationale des jeunes qui vient de déboucher sur 57 propositions dont certaines peuvent apparaître comme déconnectées des besoins ou des revendications des jeunes. Ainsi en est-il du droit de vote à 16 ans. Revendiquer une meilleure participation des jeunes à la vie de la cité appelle-t-il à l'accès au droit de vote à 16 ans? N'est-ce pas là un raisonnement d'adultes d'autant plus pernicieux que les adultes eux-mêmes ont une tendance à se détacher de l'usage du droit de vote à eux reconnu comme l'est cette idée de résumer la liberté associative des jeunes à la seule liberté de constituer des associations de 1901.
Alors ne tombons pas dans le mythe du droit. A l'inverse ne négligeons pas que le droit peut rééquilibrer les rapports de l'individu avec l'institution quelle qu'elle soit. Après avoir longtemps vécu le droit comme instrument des puissants l'opinon publique réalise-t-elle que le droit n'est pas forcément cela. On peut en douter tellement est fort le scepticisme ambiant, terreau de tous les démagogues.
Et puis, le droit et la justice seront-ils demain vécu comme des instruments de liberté ou de repression?
Ce JDJ, illustré par Folon, fidèle militant des droits de l'enfant, se veut une nouvelle iullustration de ce combat.