Des questions par-delà les risques de prostitution autour des jeunes étrangers qui arrivent à Roissy


La rumeur voudrait que des proxénètes viennent s'alimenter en chair fraîche à la sortie du tribunal de Bobigny. Si cela est vraisemblable. Il y a quelques décennies d'autres se rendaient à Montparnasse accueillir les jeunes " bécassines " bretonnes rien. Pour autant n'est démontré, Une instruction est en cours depuis mai 2001 pour faire la vérité sur les mineurs - filles et garçons - qui disparaissent à la sortie de l'audience des " 35 quater " ou quelques jours plus tard après avoir été pris en charge par le tribunal pour enfants. Attendons ses résultats. Encore faut-il réunir tous les moyens policiers nécessaires, et pas seulement à l'échelle française.

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La première question posée est bien celle des filières de prostitution qui amènent massivement des jeunes africaines à se prostituer en Europe. Les savoir-faire modernes des proxénètes font douter que les jeunes luciolles qui illuminent les boulevards extérieurs parisiens soient directement issues de Bobigny. Souvent elles ne sont pas Sierra Léonaises ou Rwandaises comme on le dit rapidement, mais Nigérianes. Peu importe en vérité : elles ont été acheminées de très loin pour se prostituer et sont exploitées. Eclairer ces réseaux seraient interessants.

Cette question ne doit pas en cacher une autre bien plus importante : maîtriser et à tout le moins sécuriser l'immigration de plus en plus massive de jeunes arrivant seuls l'Afrique centrale, mais aussi de l'Europe de l'Est, avec comme souci de survivre. Certains sont voués au vol, d'autres à la prostitution. D'entrée de jeu ils sont les instruments d'une mafia ou vont tomber dans ses mains.

Il est sans intérêt de se contenter de dénoncer l'existence de filières. Il y en a toujours eu et heureusement il y en aura toujours pour faire sortir de leur pays ceux qui sont en danger soit de famine soit de persécution. On ne s'échappe pas d'Afrique vu le coût du voyage (transport, papiers, etc.) sans une organisation bien huilée. La question posée est en fait celle de savoir si ces filières sont saines ou dangereuses. Comment offrir des voies protégées à ceux qui doivent s'enfuir dès lors que sur place rien ne peut changer ? Il y a d'ailleurs un danger à dénoncer des avocats - parfois avec un brin de racisme quand ils sont eux-mêmes africains - qui aideraient ces réseaux. Sauf à participer d'une démarche mafieuse, ils ne font que leur travail.

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Nous devrions plutôt balayer devant notre porte car les réponses apportées par notre pays à l'accueil de ceux qui se présentent comme mineurs sont indignes d'un donneur de leçons de droits de l'Homme et ce malgré les efforts importants développés par de nombreux et admirables professionnels (policiers, magistrats, travailleurs sociaux, assistantes maternelles, etc.) et militants associatifs.

1) D'abord il est choquant que nous occultions l'ampleur du phénomène. Combien sont-ils chaque année à arriver officiellement en France, sachant que s'ajoute l'immigration totalement clandestine ? 2500 ? 3000 ? Plus encore ?

Le dernier chiffre rendu public sur le seul aéroport de Roissy était de 843 pour la période courant du 1er au 15 novembre 1999. Une centaine cette année là ont été présentés au tribunal. Que sont devenus les autres ?

200 ont été présentés en 2000 au juge des enfants, on atteindra certainement les 300 sur 2001. Pour cela combien étaient arrivés Roissy ? 1500 ? 2000 ? Quel sort leur a-t-il été réservé ? Refoulés ? Entrés sur laisser-passer vers quelle destination ? Et surtout : sur quels critères ?

Le ministère de l'Intérieur nous doit des comptes et des< explications comme citoyens en vertu de la loi. Il nous les refuse. Aux professionnels il ne peut pas faire de cachotteries. Nous avons un problème commun à gérer.

2) L'accueil ménagé à ces enfants isolés laisse à désirer. A Roissy il a été amélioré grâce à l'ouverture en janvier 2001 de ZAPI III. Cet effort s'imposait pour les accueillis et pour les personnels. Pour autant, malgré nos demandes, on ne réserve pas à ces jeunes qui en nombre sont des persécutés politiques l'accueil humanitaire qui leur est du. Pourquoi continuer à refuser qu'une équipe pluridisciplinaire s'installe à Roissy en zone d'attente ? Par son expertise elle aiderait également à l'administration dans sa prise de décision (refoulement et demande de prolongation de rétention au juge, entrée sur le territoire avec ou sans asile). On sent la peur de l'Intérieur d'être dépossédé d'un pouvoir régalien. On craint également qu'un accueil amélioré joue le rôle d'appel d'air. Mais ces populations en souffrance ne débarquent pas à Roissy pour l'épaisseur de sa moquette ! Soyons au moins dignes de nos standards.

La mise en rétention administrative doit être mise à profit pour nouer une relation avec ces jeunes et gagner leur confiance quand ils nous vivent, uniforme ou non, comme des " cravates " cousins germains de ceux qui les ont persécutés au pays. C'est peu dire que notre dispositif de protection de l'enfance est guère vécu comme tel.

3) S'ils doivent partir il faut s'inquiéter de leur étape future grâce notamment aux relais de la Croix Rouge. Nous devons nous doter - au plan européen- d'antennes sociales dans les pays d'origine pour préparer un éventuel refoulement et ne pas mettre en danger ces jeunes.

A ceux qui doivent entrer sur le territoire français créons les conditions pour qu'ils profite de l'intervention sociale. L'ouverture à Taverny sous peu d'un service spécialisé géré par la Croix Rouge que nous appelions ne signifie pas qu'il faille renoncer à s'appuyer sur la compétence des départements - notamment la Seine Saint Denis - et des associations qui jusqu'ici ont fait énormément pour ces enfants. Mais l'Etat peine encore à reconnaître que l'accueil des enfants réfugiés relève de sa compétence et veut passer le mistigri aux départements. S'il assumait pleinement ses responsabilités les départements ne manqueraient pas de l'aider ! L'Etat est responsable de l'accueil aux frontières et des personnes sans domicilie. Il doit l'admettre et passer convention avec les collectivités locales. Il doit aussi travailler avec une approche européenne dans la mesure où nombre de ces jeunes veulent seulement rejoindre des membres de leur famille ou de leur village qui sont en Allemagne ou en Hollande terre socialement plus accueillantes que la France, n'en déplaise à certains. Aux yeux de la majorité des étrangers la France n'est qu'un port pour débarquer sur une route qui est longue, pas une terre d'accueil. Nous nous devons de baliser ce chemin si ces jeunes doivent le suivre pour qu'il soit sans risque, notamment prostitutionnel.

Nous devons être préoccupés par la prostitution, mais massivement les vrais problèmes sont ailleurs. Qui sont ces jeunes ? Parmi les vérités à restituer disons que la plupart des mineurs " libérés " par le tribunal de Bobigny sont des garçons et qui plus est des moins de 16 ans. Ont-ils une famille en Europe ? Quel est leur itinéraire prévu ? Sont-ils des réfugiés économiques ou politiques ? Pour ces dernières il faut envisager de les accueillir sur le long terme jusqu'à la fin de leur études Leur tutelle doit être délégués au département ou à une association. On le fait déjà , parfois dans les 6 mois de leur arrivée, mais souvent les papiers de base manquent. Il faut reconstituer une identité. Ceux-là vont pouvoir à terme réclamer la nationalité française. Ou obtenir le droit d'asile. Pourquoi attendre si longtemps pour traiter leur cas ? Pourquoi ne peuvent-ils pas travailler d'ici là ?

Notre pays est mal à l'aise avec cette immigration somme toute peu importante mais symbolique. Qu'est-ce 2500-3000 mineurs par an au plan national au regard de 60 millions de français ? Certains de ces jeunes veulent être journalistes ou informaticiens. Ils le seront. Faire du politique c'est oser affronter ces questions et y apporter des réponses. Ce dossier devient malsain. Il pourrit tout. On jette - sans le vouloir peut-être - la suspicion sur des avocats et des magistrats ; les travailleurs sociaux et les associations sont découragés malgré le travail extraordinaire qu'ils font.

Il est temps de sortir de cette spirale car il ne s'agit là somme toute que des premières vagues d'une marée montante venant du sud et de l'est. Le problème est certes délicat et ne se joue pas que sur le continent européen, mais n'y perdons pas notre âme au passage. Que la prostitution ne soit pas l'arbre qui cache la forêt !

Pantin, le 3 novembre 2001

Jean-Pierre Rosenczveig,
Président du tribunal pour enfants de Bobigny
Président de DEI-France


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