L’histoire bégaie,mais la confiance des jeunes dans la parole des adultes s’étiole

24 octobre 1998

Conclusion du Ministre de l'Education nationale à la suite du mouvement lycéen : il faut mieux prendre en compte  les conditions de vie faites aux lycéens, dialoguer, mieux les considérer, organiser des temps d’échanges entre l’administration et les élèves dont, au passage, on se souvient que nombre sont des citoyens à part entière pour être âgés de plus de 18 ans. On appelle les enseignants à être au clair sur les droits et obligations des élèves.

On se souvient alors d’un décret du 18 février 1991 pris dans la foulée de la révolté lycéens d’octobre-novembre 1990 et de ses quatre circulaires d’application sur les libertés de réunion, d’association et d’expression et la maison des lycéens. Il avait alors fallu la présence ferme du président de la République François Mitterrand pour que les promesses données soient tenues.  Le décret  fut finalement présenté en conseil des ministres par le ministre  de l’Education nationale  de  l’époque .... Lionel Jospin assisté de .. . Claude Alègre.

Il en advient ce qu’il devait advenir. Aucune pédagogie active ne fut mis en place. Dans un bilan dressé un plus tard Libération avait appelé - en vain - l’attention sur le voile en train de s’installer sur ce bel  échafaudage.  Des textes trop compliqués, trop longs, illisibles affirmaient de leur part les lycéens. Des critiques à la hauteur de l’ignorance des uns et des autres. Combien de fois nous a-t-il été donné d’apprendre aux enseignants l’existence des ces textes ?

Sept ans plus tard les mêmes causes produisent les mêmes effets. On redécouvre la poudre et on prend les mêmes décisions. On rajoute simplement l’idée d’un conseil de la condition lycéenne qui voudrait qu’une fois le mois un point de rencontre soit organisé au sein de chaque établissement scolaire.

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Restequ’une fois de plus l’administration et les adultes qui la composent sont passés à côté d’une réelle opportunité. Au lieu de faciliter l’expression des élèves quitte à la préparer et à l’accompagner en sen saisissant des textes réglementaires de 1991; on a mis le coude dessus. On a appelé régulièrement à la loi et on a commencé par oublier celle qui ne vous intéressait pas. Et on s’est inquièté ensuite des passages à l’acte.

A preuve , la circulaire interministérielle du 15 octobre 1998 sur la lutte contre la violence en milieu scolaire préparée avant les événements lycéens est singulièrement silencieuse sur l’exercice des droits des élèves. On y parle de “ comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté ”, mais on ne rappelle par les textes de 1991. L’oubli n’est donc pas le fait que des professionnels; l’administration y a sa part de responsabilité ! Il n’est pas neutre.

Il sera intéressant de voir ce qu’il va advenir à la relance 1998. il ne se passera rien si les enseignants et les cadres de l’Education Nationale ne voient pas  l’intérêt qu’ils auraient à faciliter et à canaliser l’expression des jeunes.

Cela suppose de changer un état d’esprit. Là est bien le plus dur car, au sein de l’institution scolaire, autre forme du corporatisme,  nombreux sont sur la ligne dure, répressive, autoritaire, hiérarchique, etc.. consistant à dire qu’il faut d’abord que les élèves fassent leur preuve alors que l’inverse s’impose : faire en sorte que les élèves retrouvent confiance dans les adultes. Il faut créer les conditions d’expression, quitte à leur apprendre à en faire un usage respectueux des autres même si parfois le propos ou l’écrit peuvent être corrosifs et interpellant.

De la même manière faut-il amener les policiers à s’interdire de tutoyer les jeunes s’ils veulent être respectés pour être tenus pour respectables des jeunes.

De même  en prison ne peut-on pas faire confiance aux jeunes incarcérés quand  trop ont le sentiment que les personnels pénitentiaires les considèrent comme des bêtes fauves irrécupérables. Etc.... 

En d’autres mots : quelle place faire à la stratégie du fort au faible ?

Dans ce pays on cède aux révoltes des jeunes avec comme souci une fois le coup de feu passé, de reprendre rapidement d’une main ce que l’on vient de céder. A ce jeu, on perd tout crédit et l’explosion se rapproche.

On peut entendre que la “ Gauche plurielle ” vise à être plus réaliste en matière de sécurité en ne négligeant pas les besoins d’ordre public. Encore doit-elle créer les conditions réelles pour que les jeunes aient moins d’occasion ou de prétextes à passer à l’acte. S’il s’agit simplement d’améliorer la performance du dispositif de répression et de contrainte, il n’est toujours pas sûr qu’elle sache faire et surtout mieux que les conservateurs ! Robert Badinter alors ministre de la Justice ne disait rien d’autre à Gaston Deferre lors d’un conseil interministériel sur la sécurité du 5  mai  ... 1982.

Jean Pierre Rosenczveig

le 24 octobre 1998


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