LA CONSULTATION NATIONALE DES JEUNES :
CRITIQUES ET SUGGESTIONS DU JDJ
Ce n'est pas être spécialement négatif que d'énoncer qu'auront déçu les 29 propositions avancées en réponse aux préconisations d'un comité adossé au million et demi de questionnaires reçus mais pas encore tous dépouillés. Négligeons - une paille ! - le fait que l'on ne réponde pas ou si peu de l'avis général au questionnement central sur l'emploi et les revenus. Le pouvait-on dans un exercice de ce style quand cela suppose une politique en soi ? Contentons-nous de quelques remarques (si possible) originales
1 On peut être sceptique à l'annonce de la création de trois téléphones verts à objet spécifique (il faudra rapidement un standard conjoint pour réduire les coûts!) et d'autant de médiateurs - à l'école, dans les commissariats, dans les quartiers, pourquoi pas à la maison, avec les copains, avec la copine, avec soi-même ? Ces suggestions trahissent pourtant le constat d'un vrai problème : l'absence d'un dialogue social pérenne. Nous affirmons de longue date le besoin de médiation et invitons à la mise en place comme dans d'autres pays d'un médiateur pour l'enfance et les jeunes capable d'intervenir sur des problèmes individuels et collectifs. Pour autant, il ne peut pas y avoir de médiation s'il n'y a pas d'abord affirmation des droits et reconnaissance des personnes à médiatiser. Or, rien n'est dit sur les droits des jeunes dans la cité ou à l'école : où sont passés le décret et les circulaires du février 1991 sur les droits et obligations des élèves du secondaire ? Pourquoi encore ne pas avoir joué la carte de la vie associative en facilitant la création d'associations de jeunes capables de forger un fond culturel, de le canaliser, d'être autant de lieux d'apprentissage de la démocratie, du dialogue et d'inscription dans le temps. En d'autres termes, on parle d'organiser un dialogue avant de s'attacher au débat sur l'identité personnelle, culturelle, familiale. C'est mettre la charrue avant les boeufs!
2 Pourquoi dans l'affichage politique maintenir un ministère de la Jeunesse et des Sports comme si les jeunes ne pouvaient être que des sportifs et les sportifs n'être que jeunes? Mettons le sport à sa place, c'est-à-dire à la Culture afin de bien identifier un objet de politique : la jeunesse sachant que les jeunes sont pluriels et la jeunesse une étape en soi de la vie, plus qu'une période de transition entre enfance et âge adulte.
3 Enfin les dispositions annoncées ne répondent pas à la demande implicite mais combien essentiel : "Donnez-nous de l'espoir, et des perspectives. Faites-nous rêver sans nous bercer d'illusions." Il faut des perspectives, un idéal, une espérance - et déjà des actes sur l'emploi, le logement, le cadre de vie - aux jeunes. Ce message n'existe pas. Les membres du gouvernement n'en sont pas responsables, mais nous tous qui ne sommes pas capables aujourd'hui de conceptualiser l'avenir et d'en tirer de quoi s'exalter. Pourtant il y a matière ! Là est bien la défaillance collective. On peut donc craindre que la désillusion soit grande entre des attentes certainement contradictoires et utopies des questionnaires et les réponses. Le politique n'en sortira pas grandi, le monde adulte non plus. On peut craindre que nombre de jeunes soient renvoyés à leur solitude ou à leur désespoir. A partir
delà il ne faut plus qu'une étincelle. Et de la violence découleront des mesures ! A trop vouloir être prudent ou aveugle, on risque l'immobilisme explosif.