Edito. JDJ; Juillet 1998


Je rapporte, tu rapportes, ils rapportent,
mais pour quel rapport ?

Avant que la colloquite aiguë du printemps ne frappe pour échanger et disserter sur le sexe des anges loin de l'agitation professionnelle, les rapports pleuvent sur l'enfance et la famille : deux sur les réponses à la délinquance juvénile (Conseil Economique et Social et mission parlementaire Balduyck-Lazerges), un sur la famille (rapport Théry), un sur l'état de l'Education nationale, un sur les études supérieures, un sur les droits des enfants (commission parlementaire présidée par L. Fabius), etc...

On peut en rigoler et penser que notre pays tombe dans son pêché favori : l'enterrement par rapport interposé. En vérité, ces réflexions s'imposaient pour mettre quelques planches solides sous les pieds de chacun dans cette période de mutation politique et sociale, réunir les matériaux objectifs indispensables pour savoir de quoi on parle, dégager des perspectives, confronter des projets à travers l'audition de points de vue contradictoires. Bref, offrir des repères à l'action et contribuer à dégager les mesures qui s'imposent.

Première réaction à la lecture de ces documents : les lecteurs du JDJ ne seront guère déroutés. Ils y retrouveront nombre des analyses qui nous nous autorisons à relayer depuis des années. En d'autres termes, on y mesurera le cheminement des idées que nous nous efforçons de mettre en avant à partir de notre savoir professionnel et de notre culture institutionnelle. Voilà déjà un point réjouissant : le JDJ est directement ou indirectement un lieu d'influence.

Par-delà ce nombrilisme, nombre d'idées avancées de longue date sont désormais légitimées et vont prendre encore plus d'amplitude. Cela est essentiel car il ne suffit qu'une idée soit bonne; le corps social doit encore s'en persuader. Ainsi, dans les années 80, nous n'étions que quelques uns à penser que tout enfant devait se voir reconnaître le droit d'accéder à ses origines; aujourd'hui est proposé le droit de l'enfant à voir sa filiation établie et d'accéder à la connaissance de ses origines ! Il y a encore loin de la coupe aux lèvres, mais ce climat favorable est encourageant.

Autre orientation générale : le souci de ces différents groupes de travail, souvent hétéroclites, de rester lucides et de mettre en perspective les incidents qui régulièrement défraient la chronique, notamment autour de la violence et de la délinquance des jeunes. Ainsi, en termes d'ordre public, on entend qu'il faut gérer à la fois le court, mais aussi le moyen et le long terme. Certes il faut de fermes rappels à la loi dans l'instant, mais aussi se préoccuper éviter de nouveaux passages à l'acte en redressant des itinéraires de vie et surtout en créant les conditions de vie différentes pour les générations appelées à arriver à maturité. `

Plus profondément, les parlementaires réunis autour de L. Fabius ont mis les choses dans le bon ordre : veiller aux droits pour pouvoir exiger les devoirs.

Disons le : nous approuvons globalement ces orientations et les mesures qui en découleront. Il y a de quoi faire une politique respectueuse des droits de la personne et répondant aux enjeux sociaux.

Reste à passer à l'acte, c'est-à-dire déjà décider mais aussi convaincre de la pertinence des choix faits. Il y a bien quelques textes à voter (et quelques arbitrages à rendre) mais il faut encore parfois (on pense aux réponses à la délinquance juvénile) dégager des moyens humains et financiers nouveaux. Si des dispositions exceptionnelles s'imposent (conf. ce qui s'est joué pour l'Education Nationale en Seine Saint Denis), il est tout aussi évident que certaines réformes sont structurelles. Elles impliquent des jeux de pouvoirs (entre adultes, entre puissance publique et famille, entre collectivités publiques, en réseau associatif et public, entre professionnels et nouveaux bénévoles.

Par ailleurs, annoncer des créations de postes ne suffit pas; il faut encore les pourvoir, parfois avec des gens venus d'autres horizons et d'une autre expérience que les professionnels classiques. Et puis, la puissance publique d'Etat ou locale ne peut pas prétendre tout faire et seule. Des alliances ou des complémentarités sont à rechercher, fondées sur des compétences établies et reconnues; ce qui est aujourd'hui loin d'être le cas quand le jeu favori consiste à tirer dans les pattes de celui qui intervient ou de fonctionner sur des représentations vieilles comme le monde.

En d'autres termes, dans les mois, sinon les semaines qui viennent, au temps des indispensables rapports doit succéder celui de la décision, de l'annonce, de la pédagogie, du savoir-faire pour ne pas décevoir en sachant que rien n'est jamais linéaire. En effet, la meilleure des réformes peut être porteuse d'effets pervers qu'il convient de maîtriser voire de prévenir.

Il nous revient donc de rester disponibles pour garantir l'orientation générale : celle qui veut que par-delà leur attitude les jeunes soient considérés comme des enfants et que leur soit garantis quelques droits essentiels : le droit à être protégé et d'abord par leur famille, le droit à l'éducation, le droit de s'inscrire dans une histoire, le droit à un avenir, etc. A travers les colonnes du JDJ ou l'organisation de des manifestations spécifiques sur les droits des jeunes (par exemple, sur les droits de l'enfant, la mise en oeuvre d'un Médiateur de l'enfance, etc.), la production de documents, l'animation de formations, nous apporterons notre contribution.

Jean Pierre Rosenczveig


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