Edito JDJ Mars 1999

Pari risqué :
à s’enfermer sur elle-même la P.J.J. échouera et passera à côté d’une mobilisation nationale

On ne reviendra pas sur les effets pervers du débat sur la sécurité de ce début d’année 1999. Le danger majeur est ailleurs.

Les “ centres d’accueil immédiat strictement contrôlés ” seront donc des structures ouvertes, mais avec une réelle présence éducative 24 heures sur 24, 365 jours par an. On a enfin osé prendre intellectuellement le virage de la “ contrainte éducative ” pour des jeunes qui sans être criminels sont particulièrement en rébellion pour leur éviter au final le recours à l’incarcération.

Déjà certains peu nombreux la pratique : La Juine, Montaut, Cheval pour Tous, etc... On entend encore des éducateurs affirmer avec 20 ans de retard qu’ils ne peuvent pas contraindre des jeunes. Or toute éducation se veut contrainte et toute répression s’entend éducative.

Reste maintenant à trouver les hommes et les femmes expérimentés dans la vie pour constituer ces équipes nouvelles.  Et là, il ne faut pas se leurrer : l’administration P.J.J. avec ses modes de gestion classique ne peut pas prétendre concrétiser rapidement et, plus grave encore, inscrire une réponse éducative dans le temps. Les exemples sont trop nombreux qui le démontrent.

Plus que  jamais, il lui faut donc s’appuyer sur la souplesse de la gestion associative du secteur habilité à intervenir sur la mission de service public et composer des équipes mixtes avec des professionnels volontaires issus de son sein et de travailleurs sociaux sous contrat privé à durée indéterminée, des hommes et de femmes venus d’ailleurs, de l’éducation, de l’enfance inadaptées, de l’éducation populaire.

Elle ne doit pas tenter de faire ce que d’évidence elle ne peut pas faire du fait de sa structure, et non pas de ses personnels faut-il préciser !

Il lui reviendrait alors de définir un projet, de passer une commande précise à une structure et une personne susceptible de s’investir sur plusieurs années, de leur allouer les moyens adaptés et se donner la capacité de contrôler la mise en oeuvre éducative et pas seulement budgétaire de ce projet. Tout un programme. Pour cela elle doit s’appuyer sur l’expertise que personne ne lui conteste.

A prendre une telle attitude elle a tout à gagner. A s’enfermer dans un orgueil mal placé, elle a tout à perdre.

Mais à avoir soutenu pendant des années qu’il suffisait d’avoir plus de moyens pour mieux faire alors qu’en réalité il s’agit de faire autrement et de gérer autrement la réponse sociale, on peut craindre le pire.

Il ne reste que 9 mois et demi pour tenir le premier engagement pris le 27 janvier. Plus dur serait la chute si les échéances n’étaient pas tenues ou si les équipes s’autodétruisaient comme la moitié de celles nées du programme Toubon ! 

A l’inverse, en investissant sur le “ faire-faire ”, la P.J.J. pourrait avoir l’énergie de recruter tous ceux qui mobilisés par le programme du 27 janvier frappent à la porte pour venir la renforcer.

La P.J.J. est-elle une administration moderne de gestion qui se penche d’abord sur ce qu'elle produit ou sur elle-même ? On le saura bientôt. Mais c’est aussi la crédibilité du programme gouvernemental qui est en jeu.

Jean Pierre Rosenczveig

14 2 1999


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