VIOLENCE A L'ECOLE

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2000


L'Etat tentant de généraliser ce qui se développe en Seine Saint-Denis depuis 1992 a le souci - légitime au demeurant - de restaurer la paix et la sérénité dans les établissements scolaires où elle peut avoir disparu ou être régulièrement remise en cause par un partenariat entre le justice, la police et l'éducation nationale. Et puis; tout simplement, l'Etat a le souci de couper court au plus tôt à une délinquance juvénile endémique dans un contexte social et économique où nombre de jeunes voire de très jeunes enfants peuvent être laissés à eux-mêmes et pousser tels des " enfants sauvages " sans grande références, sinon celle de la rue, de la loi du plus fort, de la violence à un point où trop sont incapables de communiquer autrement que par l'agression physique ou verbale.

Ainsi à Bobigny en veillant à être informé immédiatement de tout fait délictueux ou d'indiscipline grave; le parquet a entend venir en aide aux élèves et aux membres de la communauté éducative. Très rapidement on est tout naturellement passé de la cible enfants " délinquants " aux enfants en danger avec toujours le même enjeu : remobiliser les responsabilités parentales ; à défaut mobiliser des moyens sociaux éducatifs. Dans le même temps la libération de la parole sur la maltraitance à enfants et le débouchage des oreilles et l'ouverture des yeux ont mis en évidence combien d'enfants et de jeunes vivent dans leur famille, dans le quartier ou même dans des établissements pour enfants des violences inadmissibles.

Dans ce contexte, le service social scolaire et le service de santé scolaire - services d'Etat - ont tenté de jouer leur rôle dans cette remobilisation. Mais ce maillon faible et sinistré du dispositif de protection de l'enfance pour reprendre la conclusion du rapport Beaupère du Conseil Economique et Sociale de 1986 et celles de l'Inspection générale de l'Education nationale est loin d'avoir les moyens de faire face à lui seul.

Il est pourtant essentiel si on regarde les premiers résultats obtenus en Seine Saint-Denis de persévérer dans cette voie, de la généraliser et de réunir les moyens permettant d'en tirer un meilleur profit encore : non seulement il revient à l'Etat d'assurer la sécurité dans les établissements scolaires pour que tous les enfants y trouvent la quiétude nécessaires aux études mais également leurs enseignants la sécurité qui leur est due, mais il faut encore tenter de profiter de ce lieu privilégier qu'est l'école de la République institutions dans laquelle se rend l'immensité des enfants de France . Et observons qu'exclus par la grande porte, ils y reviennent par la petite !

Il est donc grand temps que le social s'implante vraiment dans l'école.

Il semble, mais ici une grande prudence s'impose si on veut généraliser sur l'ensemble du territoire national, que les relations commencent à peine à se nouer entre les enseignants et les travailleurs sociaux, entre l'Etat et les collectivités locales. Tous ceux-là ont encore des difficultés à imaginer qu'ils participent de missions de service public en faveur de la même clientèle; ils sont encore souvent dans des stratégies de pouvoirs. Retenons que les choses évoluent.

J'observe surtout qu'on est loin du compte. Il faut être réaliste : l'Etat comme les collectivités locales ont des problèmes financiers. Il semble - on aimerait être démenti - difficile d'imaginer un gros effort budgétaire pour pénétrer socialement l'école, soit par une augmentation par l'Etat des moyens affects à ses service , soit par la création de postes par les collectivités locales. A la marge cela peut être possible.

Il faut allier les forces avec le souci partant de la base de départ qu'offre les services d'Etat de développer leurs moyens par cette alliance avec les collectivités. Chacun y trouvera son compte. L'Etat qui en offrant une meilleure prestation sociale aux jeunes leur permettra de mieux travailler en classe; les collectivités et notamment les départements qui cessent d'errer à la rechercher de enfants en difficultés. Il faut les prendre là où ils sont : à l'école.

On n'échappera pas à des conventions Etat-collectivités si chacun veut bien sortir d'une stratégie de pouvoir et raisonner à partir des objectifs qui lui sont globalement assignés. A l'Etat d'assurer la mission d'éducation, ce qui suppose le calme et la paix et aussi d'assurer la justice, d'éviter que des jeunes ne deviennent délinquants et rendre justice aux enfants en danger. Aux collectivités de ménager le soutien social aux enfants en souffrance pour éviter qu'ils le soient ou le restent.

Il y a urgence devant la montée de vagues d'enfants de plus en plus jeunes qui sont en déshérence. Il y a urgence car les seuils de tolérance s'affaissent : on demande maintenant que le gêneur soit purement et simplement exclu. La logique dans laquelle nous entrons est cynique : on élimine les gêneurs : il y a un coefficient de perte accepté ! Il est utile de mobiliser la justice mais encore faut-il qu'on ne la saisisse pas que de fait mais également de leur interprétation et de perspectives de réponse pour reconstruire les individus : seules l'action sociale peut le faire.

Il est difficile en quelque mots de vider la question, mais on doit avoir en tête que c'est bien sur ce maillon-clé que l'effort doit porter : plus de moyens affectés venant de tous horizons, meilleure coordination de ces moyens au regard des objectifs, tout débouche pour qu'une nouvelle étape de la décentralisation soit franchie. Qui ne voit pas que chacun y a intérêt.

On peut imaginer de changer les textes; on peut aussi concevoir à textes égaux une politique incitative démontrant les bénéfices d'une telle alliance.

Beaucoup de collectivités locales sont conscientes, mais enfermées dans des jeux de rôle décentralisés refusent d'imaginer ces alliances qu'a priori elles tiennent pour de pièges financiers. Faut-il dire aux unes - les collectivités - et à l'autre que l'argent public est celui du contribuable qui attend que ceux qu'ils financent soient plus performant et se souci peu de leur rapports de forces.

Tout cela ne fera pas l'économie à l'Etat de se poser la question de la place du social dans l'école : service autonome d'une école qui refuse d'être autre chose qu'un lieu de distribution du savoir ou un service intégré d'un lieu de d'éducation. Selon l'option retenue, c'est la place et l'autorité du chef d'établissement qui sera en cause. Pouvoir, encore pouvoir!

Jean Piere Rosenczveig
président du tribunal pour enfants de Bobigny
président de l'association nationale des communautés éducatives (ANCE)
membre du Haut Conseil de l'Intégration


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