L'ALSACE 25 juillet 2001: les disparitions d'enfant

PLEIN CADRE Anglefort sous le choc

Le corps de Sylvie Tardy a été retrouvé hier matin en Haute-Savoie, après les aveux de son meurtrier présumé.
LUCIEN MISTER, un militaire de 22 ans qui a avoué dans la nuit de lundi à mardi le meurtre de Sylvie Tardy, disparue après le bal du 14 juillet à Anglefort (Ain), a été mis en examen hier pour « assassinat ». Il a déclaré qu'il avait tué la jeune fille, âgée de 16 ans, de manière « involontaire », mais semble assez incohérent dans ses propos. Selon les premiers résultats de l'autopsie, Sylvie Tardy est morte par étouffement, et son corps ne présentait pas de traces de violences sexuelles. Engagé depuis février dernier dans les troupes d'artillerie marine du camp de Canjuers (Var), Lucien Mister, également originaire d'Anglefort, « n'a jamais fait parler de lui auparavant », a indiqué le substitut Philippe Trillaud. Il s'était présenté spontanément à la gendarmerie, affirmant avoir raccompagné Sylvie chez elle après le bal du 14 juillet, mais les hypothèses de la fugue ou de l'accident, examinées par les enquêteurs, ont été éliminées « à la suite de certaines incohérences » dans ses déclarations. Ses aveux ont finalement permis de retrouver le corps de Sylvie, hier matin près de Seyssel (Haute-Savoie). En Moselle, les gendarmes tentent toujours de retrouver Karine, 17 ans, dont le vélo accidenté a été découvert sur une route (lire en pages RÉGION), tandis que Manyana, collégienne ardennaise de 13 ans, reste introuvable depuis début mai.

Des milliers de disparitions chaque année
Des milliers de mineurs disparaissent chaque année, l'immense majorité pour quelques heures ou quelques jours de fugue. « En dix ans, 135 disparitions de mineurs ont été suivies de meurtres », assure Philippe Bastien, le président de SOS Recherche de personnes disparues, association d'aide aux familles. Le ministère de l'Intérieur évoque pour sa part « trois ou quatre cas par an ». Quelque 282 « disparitions inquiétantes » de mineurs (quasiment autant de garçons que de filles) ont été signalées en 1999, selon le fichier des personnes recherchées (police et gendarmerie), qui a enregistré dans le même temps 31 940 signalements de fugueurs. « Chaque année ne reste qu'un ou deux cas de disparition inexpliquée. Quant aux fugueurs, 25 % réapparaissent ou sont retrouvés dans les 24 heures, 70 % dans un délai inférieur à un mois », assure-t-on au ministère de l'Intérieur, tout en soulignant les limites de la mesure statistique des disparitions. « De nombreux enfants fuguent, certains régulièrement. La plupart sont retrouvés », explique Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, qui relève les dangers de l'expérience. « Certains adolescents se retrouvent dans la nature, pris dans des aventures qu'ils ne maîtrisent pas toujours, avec parfois à la clé prostitution latente ou non, drogue, vols ». Nombre de disparitions sont aussi liées à des accidents, poursuit Jean-Pierre Rosenczveig : « des enfants tombent dans des rivières, des crevasses, et malgré tous les efforts, on ne les retrouve pas ». Viennent s'ajouter les enlèvements liés à des conflits intrafamiliaux. Le magistrat nuance en revanche les rumeurs sur d'éventuels réseaux : « A la marge, il peut y avoir des kidnappings, il est possible que des enfants puissent être victimes de gens les enlevant pour les exploiter, mais peu d'hypothèses ont été avérées. Impossible d'affirmer aujourd'hui qu'en France les enfants disparaissent avec un grand méchant loup qui volerait leurs organes ou les pousserait à se prostituer ». A propos des disparitions à caractère criminel - « phénomène de société microscopique, même si chaque cas est préoccupant » -, ce professionnel qui s'occupe des questions de l'enfance depuis 30 ans, n'a « pas le sentiment d'une recrudescence ». Reste que depuis quelques années, les parents se tournent vers les médias, les devantures des commerces se couvrent d'avis de recherche, les associations se multiplient. « Les parents s'organisent car ils ont le sentiment que l'administration les laisse tomber », estime Jean-Pierre Rosenczveig, évoquant « une vraie défiance vis-à-vis des institutions, justice incluse ».

Sylvie Tardy n'était pas rentrée chez elle après le bal du 14 Juillet. Originaire du même village d'Anglefort, Lucien Mister avait déclaré l'avoir simplement raccompagnée, avant d'avouer son meurtre hier matin.

AFP


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