LA TERRE D'ACCUEIL

Contre mauvaise fortune, bon cœur


Le code de l’éducation dispose en particulier que le service public de l’éducation contribue à l’égalité des chances. Il reprend ainsi les dispositions de l’article 28 de la Convention Internationale des Droits « à l’Enfance ». L’application de la CIDE ne se faisant pas à marche forcée, nous ne pouvons que nous réjouir de son introduction, même partielle, dans les lois françaises. Cela dit un arrêt sur image s’impose et l’énoncé des grands principes mériterait d’être revisité pour que ces derniers puissent par delà les intentions se concrétiser.
De quelle chance parle-t-on ? La chance bonne fortune ou la chance comme droit? L’égalité est l’égalité des droits et non l’égalité de fait. Et le fait est que les personnes sont différentes. Le hasard heureux ou malheureux de la chance fera le restant : le petit pourra peut-être grandir, mais le grand restera grand. Même s’il le voulait, le droit n’y pourrait rien changer. On a le droit de naître partout, mais la chance de naître, sous le soleil, riche, beau et en bonne santé ne se décrète pas. Imaginez un citoyen se plaignant d’une entrave à l’exercice de ses chances ! Le droit et la chance ne sont pas de même nature et parler d’égalité des chances revient à dire que chacun à droit à la même chance. L’idée est généreuse, mais le rédacteur de la convention a quelque peu laisser son imagination divaguer vers l’illusion. L’égalité des chances est un non-sens. Les termes sont antinomiques. Chance et malchance sont injustes par définition et l’objectif de la loi est justement de garantir des droits, non des chances. Chacun a, par contre, droit au même capital d’enseignement et d’éducation, à cette égalité des moyens mis en œuvre, pour qu’il puisse développer selon ses choix, sa détermination, sa volonté, sa capacité de saisir la chance qui lui est offerte, de construire sa liberté. C’est à n’en point douter quelque chose comme cela que le législateur a voulu dire, mais c’était trop long et l’essentiel, dans le fond n’est peut-être pas là.


Bernard Bobillot
APCEJ

bobillot@ifrance.com


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