L’approche éducative, psychologique ou répressive dans l'appréhension et la définition du rôle des parents, parfois même de leur légitimité, n'a-t-elle pas été trop souvent mise en avant au détriment de la voie de droit, du droit des gens, du droit vivant.
Premier constat : L’autorité parentale est un droit, et un droit cela se respecte.
L’autorité parentale fonde depuis 1789 sa légitimité sur la respectabilité et le devoir de protection des parents. Cette autorité est de droit. Son exercice ne s’acquiert que par la reconnaissance de l’enfant. C’est lui qui installe une relation de droits et de devoirs. Ces derniers ne s’instaurent pas uniquement par leur rappel. Ils doivent se vivre et se construire réciproquement. Mais leur respect s’impose surtout pour une raison de bon sens : la famille a toujours eu pour rôle de protéger : Tous les animaux protègent leurs petits. Pourquoi en serait-il autrement du petit de l’homme ?
Deuxième constat : Les parents n’ont pas démissionné : nous les avons licenciés.
La valorisation de l’autorité protectrice des parents, est un devoir qui contribue à l’instauration de la dignité des personnes : C’est la collectivité qui par le droit, fait de chaque individu une personne. Les institutions mettent-elles suffisamment en avant, le respect de la place des parents dans la construction des enfants? Et les membres de ces institutions, sont ils conscients que toute intervention de leur part a pour effet d’invalider, la position des parents : Ils sont ceux qui savent. Or ce savoir aborde, ce qui n'est pas censé s’apprendre : être parent n’est pas un métier, c’est un état. Un état de droit qui plus est. Il nous faut changer de registre, sans ignorer les autres, et s'engager dans une participation de droit, des personnes à la vie qui les concerne. Qui passe donc par l’intérêt que nous leur devons : "Faire avec eux et non pour uniquement eux".
Dernier constat : L’autorité parentale instituée en 1970, a été tuée dans l’oeuf avant même d'exister.
Des années noires ont amorcé la dégradation de l’autorité des parents et justifient aujourd'hui le désir de sanction à ses manquements. En voulant limiter les excès de la puissance paternelle, on a oublié les vertus protectrices de l’autorité. Du contrôle du respect de l'exercice des droits et des devoirs, qui tente de restaurer la dignité, nous sommes passés en 1958 à l’assistance, créatrice de dépendance et fond de commerce des psychosociocrates, de tous poils, plus mobilisés, 1968 aidant, par la défense de l'intérêt des usagers, comme faire valoir d’une idéologie, que par la valorisation de leurs droits. Reconnaître des droits, c'est permettre à l'autre d'exister par lui-même. D'un côté nous dénonçons l’irresponsabilité croissante des parents et de l'autre nous les privons des moyens d'exercer
cette responsabilité. Nous bafouons leurs droits fondamentaux, au mieux on les ignore, en s’appropriant leurs enfants, de la crèche au lycée : une forme de pédophilie institutionnelle, pour mieux les sanctionner au final de cette dépossession. La perte de repères n’est qu’un défaut de balisage. L'éducation institutionnelle est mise sur le
même plan que l'éducation familiale. Mais si la famille reste un lieu d'apprentissage de la citoyenneté, ce n'est pas pour autant une démocratie. Ainsi, partant de l’évidence, que l’on ne peut donner ou rendre que ce qu’on a reçu, reprenons le bon sens, laissons aux parents leurs droits légitimes à être, d'abord, dans leur bon droit et considérons les enfants comme des sujets de droits et futurs citoyens.
Bernard Bobillot Apcej In mouv’Ance n°81 Jan/Février 2000