LA TERRE D'ACCUEIL
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TROP D’EDUCATIF TUE L’EDUCATIF
bobillot@ifrance.com
Au commencement il y avait la correction. En 1945, plus exactement le 2 février, est née l’ordonnance, donc la protection et l'éducation. Deux manières différentes de traiter la délinquance des enfants. L’éducatif qui se faisait plus gros que l’éducation. Mais qu’est-ce donc que l’éducation en dehors de l’action de développer les facultés physiques, intellectuelles et morales ( Larousse : 97,98, 99 et suivantes). En somme et pour ce qui nous concerne, l’accompagnement des enfants dans leurs difficultés, dans l’apprentissage et le rappel des contraintes. Les parents, l’école, le travail, le chômage, la maladie, la prison sont des contraintes. L’enfant en est-il seulement victime, donc au passage de la société, des policiers et des juges, ce que l'éducatif n’est pas loin de penser, ou est-il aussi acteur de son devenir et parfois auteur ? Trop d’éducatif tue l’éducation. Mais j’allais oublier, en 1985 est arrivé l’article 12 de l’ordonnance de 1945, et sa fameuse et suave proposition éducative, ( Première et unique fois que l’adjectif éducatif est employé dans ce texte , cherchez bien...), qui s’impose aux magistrats en cas de réquisition de mandat de dépôt envers un mineur. ( En fait c’est la consultation du service de la protection judiciaire de la jeunesse compétent qui est rendue obligatoire, laquelle doit normalement aider à choisir une autre voie ( la liberté ) et à éviter l’incarcération , pas à la substituer par une réponse de même nature... ). Victoire, le pouvoir éducatif arrivait par la grande porte dans l’ordonnance et tenait désormais la dragée haute à l’autorité judiciaire ( Comme si un pouvoir était concurrent d’une autorité ...). Enfin presque, car là s’installaient deux confusions : D’une part, il était devenu impossible de définir positivement le terme éducatif. On en avait depuis belle heurette perdu le bon sens. Consternation. On lui substitua donc le beau vocable de : solutions alternatives à l’incarcération. Ce qui ne veut strictement rien dire: l’adjectif alternatif signifie « qui se répète à intervalles réguliers ». En tout état de cause, cette substitution faisait joli et cachait bien la misère d’une expression vide de sens ( histoire d'enjoliver la langue de bois ). On la retrouvera même dans la dernière circulaire du Garde des sceaux ( sur les articles 8.1, 8.2 et 8.3 de l’ordonnance ) au détour d’une phrase où elle n’était point attendue, sous la forme de propositions alternatives à l’incarcération . De mieux en mieux. Ainsi, et d’autre part, l’éducation, dois-je encore dire l’éducatif, allait enfin permettre de préserver l’ordre public du trouble causé par l’infraction, de mettre fin à l’infraction , de garantir la représentation, etc... Cela a quand même permis, à certains magistrats malicieux profitant de l’aubaine, de faire porter, aux pauvres éducateurs qui n’en demandaient pas tant, réalisant, mais un peu tard..., le poids de leurs décisions de mandat de dépôt, parfois incontournables et socialement justifiées: « Un foyer pour la prison », comme en d’autres temps: « un cheval pour mon royaume ». Et si les éducateurs ne donnent pas la réponse qu’on attend d’eux ( instrumentalisation de l’action éducative ) on leur fera culpabiliser l’incarcération, par défaut, à moins qu’ils ne l’aient déjà fait eux mêmes . Bien joué ! A tant vouloir faire à la place, pas étonnant qu’on vous le demande. Laisser en liberté est un choix. Priver de liberté en est un autre. Il en est de même pour l’éducation et la sanction. Là est l’alternative qui s’offre au juge ( alternative : choix entre deux possibilités ). La liberté ne remplace pas sa privation, fusse-t-elle surveillée ou contrôlée et l’éducation n’a jamais été la substitution d’une peine . L’éducation c’est bien l’apprentissage de la liberté.« Depuis 1945, tous les bons auteurs ont fait la distinction entre la mesure éducative et la peine » (Yves De Thévenard. 1980 ). Cette mesure est au demeurant principale ou accessoire quand il y a peine. L’éducation surveillée et la protection judiciaire de la jeunesse chargées de cet accompagnement n’ont été et ne seront jamais une prison améliorée ( même si certains électeurs s’impatientent ). Laissons ce choix de réponse bien délicat au juge, qui a certes charge d’âmes ( il faut faire avec ), mais aussi d’ordre public ( il faut exclure provisoirement ). Protection de la société ( victimes ), mais aussi protection de l'enfant ( coupable ). De même, ne confondons plus incarcération provisoire et incarcération sanction si nous voulons continuer à faire de l’éducation, malgré ces contraintes et gardons-nous bien d’imposer. L’éducation ne peut être la seule réponse à l’infraction . Ce serait bien déconsidérer la capacité de nos petits mineurs à estimer, par eux mêmes, devoir payer leurs dettes ( le travail d’intérêt général, par exemple ... ). Nous avons à proposer, à convaincre, à inciter, à suggérer, pas à déjuger. Alors même qu’une éducation insidieuse, subversive et constante peut émerger à tout moment de la procédure, avant, pendant et après le jugement. Chacun chez soi et chacun ses choix . Mais l’éducation a-t-elle encore sa place aujourd’hui, alors que le traitement direct, autonome en temps réel du parquet, qui retrouvant enfin une place perdue, offre des réponses nouvelles, mais aussi dans lesquelles une forme de sanction pré-sentencielle se taille la part du lion au grand dam du pauvre éducatif thérapeutique ? Le pot de fleurs contre le pot de fer ... On peut s’en chagriner. Mais ma conviction reste que l’éducateur a toujours sa place et quelle place, dans un traitement plus rapide, plus lisible, je ne dirais pas plus risible... tant pis, je l’ai dit. A ce stade c’est la sanction incomprise qui appelle l’éducation protectrice et non le contraire. La prévention de la récidive fait appel à la raison, mais aussi à la peur de la sanction. Quand cela ne marche pas, reste l’éducation. L’éducation, c’est la persuasion avec le temps en plus. Encore faut-il en être persuadé. Une mise en garde, n’a jamais fait de mal à personne et peut être suffisante. Une réparation aussi , même s’ il est vrai qu’ elle induit quand elle est à l’initiative du procureur une notion de droit anglo-saxon : « Je plaide coupable, pour éviter des
poursuites, alors que celles-ci devraient à priori entraîner ma protection ». Enfin, bon. L’éducatif peut dormir tranquille: c’est dans l’intérêt du mineur..., celui qu’il détermine lui même ... Pas toujours celui que nous lui devons. Pour preuve, le conseil constitutionnel, dans sa décision du 2 février 1995 en déclarant l’injonction pénale inconstitutionnelle va à l’encontre de certains textes et pratiques, comme la réparation ante-poursuites, et jette un sérieux doute sur leur validité. Il est ainsi rappelé l’idée que la séparation des autorités de poursuite et de jugement est nécessaire à la liberté individuelle ( Principe fondamental des Lois de la République ), considérant que le prononcé et l’exécution de certaines mesures, comme les TIG, sont des atteintes à la liberté
individuelle et que même avec l’accord des personnes, elles « ne peuvent s’agissant de la répression de délits de droit commun, intervenir à la seule diligence d’une autorité chargée de l’action publique, et requièrent la décision d’une autorité de jugement » Un soit transmis de préoccupation en quelque sorte. Redonner du sens au délit ( l’efficacité ça passe par redonner du sens ) et accompagner durant un temps réduit cette remobilisation. A nous, éducateurs plus qu’une obligation de moyens, s’impose une volonté de réussir. Ca passe ou ça casse. On changera de temps si nécessaire. J’ignore si c’est de l’éducatif, mais je vous garantis bien que c’est de l' éducation et que cela participe de la protection judiciaire. « Ne mets pas les doigts dans la prise électrique »: c’est de l’éducation préventive. Une fois les doigts mis, cela devient de l’éducation protectrice, ou de la protection éducative si vous y tenez encore. A nous d’imaginer des prestations à court ou moyen terme qui prolongent l’intervention des parquets ou des juges des enfants lors d’un
défèrement ou d’un rendez-vous judiciaire ... Cela peut marcher, cela doit marcher, cela marche. Je l’ai expérimenté. Les textes existent tant au pénal qu’au civil. Il suffit simplement d’inventer le formulaire... Laissez-moi quand même, en guise de conclusion, vous dire le fond de ma pensée : ôtons à tout jamais l’éducatif de notre langage, et méfions nous de l’adjectif éducatif, les enfants s’en porteront nettement mieux..... .et nous, par la même occasion .
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