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Ce droit protecteur, qui fait peur .
B. Bobillo 1998
N’a-t-il point fallu une Révolution pour que les droits de l’homme soient déclarés, une Libération pour admettre ceux de la femme et une Convention pour envisager ceux de l’enfant.
Tout ne va pas de soi. Il n’est pas illusoire de penser que l’affirmation des droits fait peur, puisqu’il faut se battre pour les faire valoir. Se battre contre les privilèges, dénoncer les conservatismes frileux, aux positions tranchées, qui vont toujours dans le même sens, et dont la logique et l’objectif sont le maintien d’un supposé pouvoir que l’on doit garantir par la force : la force, le contraire du droit, bien entendu. Le bâton reste l’outil de prédilection de la paix sociale dans une communauté humaine ou l’expression des droits, garante des libertés individuelles et collectives, ferment de la citoyenneté, est pourtant l’objectif à atteindre et déclaré comme tel. L’idée que plus il y aura du droit, moins il y aura de conflits ne semble avancer que par soubresauts, à l’italienne, un pas en avant, dix pas en arrière: au petit
droit, s’exprimant avec le petit doigt, est immédiatement opposé l’énormité des devoirs ( Il s’agit en fait d’obligations ). Pourtant droits et devoirs ne sont pas de même nature. En effet si l’on n’est pas obligé d’exercer ses droits, on ne peut par contre se soustraire à ses devoirs.
Et puis, dans le fond, le droit, c’est l’affaire des spécialistes, des juristes, avec leur langage technique, ésotérique, académique ou obsolète. Bref on n’y comprend rien. L’affaire est réglée: Tu n’as pas le droit... Un point c’est tout. On aurait pu dire « Vous n’avez pas le droit » Du registre impératif nous passions à la mise en garde. Le vous, plus doux, car plus distant, neutralise le caractère "affec.. tue.. eux" du tu ( et je ne dis que cela ). Le tu, outil malin de pouvoir, qui sous une apparence de gentillesse, de complicité induit la séduction, soumet et tue le droit. ( Le tu tue... ). Le vous fait plus facilement écran aux sentiments trompeurs, les filtre et laisse la possibilité de demander: pourquoi « pas le droit ?» , en rétablissant en quelque sorte, un droit... celui de savoir.
Droit de savoir, de s’exprimer, de penser, d’écrire, de circuler... Droit liberté. Mais aussi, droit qui inquiète: Attention ma liberté commence ou s’arrête celle des autres: revendication, ma liberté s’arrête ou commence...: acceptation, ma liberté commence ou commence celle des autres ( Bernard Defrance ): reconnaissance. On en est loin ! Pour l’instant on s’en tient au fait que les autres risquent bien d’en vouloir un peu plus et de s’en prendre à mon territoire: Je dois rester sur mes gardes, derrière ma ligne Maginot, m’engager et ne donner que ce qui doit être reçu.
Recevoir: droit à l’égalité. Les mêmes droits pour tout le monde. Droit au travail, droits à prestations sociales, droit solidarité, droit fraternité, garantis par la force de la Loi contraire à la loi de la force; Droit à être défendu, à être protéger.
La protection est un devoir qui s’impose à celui qui à le pouvoir et le droit sur . Les parents sur les enfants, le patron sur l’ouvrier, l’état sur le citoyen, ( de temps à autre le citoyen sur l’état! ). Droits et devoirs sont ici complémentaires, indissociables et constitutionnels.
Le malaise surgit quand un déséquilibre s’installe dans ce couple: les nobles et les serfs, les riches et les pauvres, les hommes et les femmes, les grandes personnes et les enfants. Le sentiment d’injustice, " c’est pas juste ... ! " apparaît, justement, quand les droits de l’un prennent abusivement le pas sur ceux de l’autre... Soumission, haine, violence, guerre... Ainsi l’expression, sans même parler de revendication, d’un simple droit laisse entendre la perte d’une parcelle de pouvoir. La peur survient. Comment protéger si l’on a peur ? C’est pourtant bien ce qui se passe actuellement : les grandes personnes ont peur des enfants . Qui osera dire le contraire ?
L'idée même de respect d’autrui ne peut-elle se concevoir que dans l’allégeance à un pouvoir. Pouvoir, au demeurant, et c’est toute la finesse de la chose, qui se cache derrière le registre affectif au nom du devoir de protection. Bien joué. On se retrouve malgré soi englué, pris au piège, par plein de braves choses: la bonté, la générosité, la charité, sans avoir eu le temps de voir venir ou de dire « touche pas à mon droit ». L’enseignant, l’éducateur, l’assistante sociale, le juge, le policier, le médecin, l’avocat, et bien d’autres, protecteurs devant l’Eternel ( mais pas uniquement ), sont-ils payés pour aimer, ( faire semblant parfois ) les enfants, en particulier, ou les respecter dans leur dignité, donc dans leur droits ? « L’amour » comme préambule à la fonction de protection,
en quelque sorte. Surprenant : « je t’aime, moi non plus, enfin pas vraiment .. » Ne peut–t-on respecter sans aimer? ( La protection institutionnelle qui tente de se faire plus grosse que la protection familiale...) Moi qui croyais béatement que vivre en société, c’était justement vivre avec des gens, que l’on n’aime pas nécessairement, que l’on ne peut parfois pas sentir, pour le moins qu'on n’a pas choisi et que la démocratie se gérait par le droit: Ce droit protecteur, régulateur des excès des émotions, des passions, des fusions, des confusions. Quel nul, j’ai du manquer une marche.. Pourtant, ses derniers, ne s’autorisent-ils pas, sans vergogne et en toute bonne conscience à tutoyer des enfants, qui ne sont pas les leurs, ni ceux qu’ils auraient ou qui les auraient choisis ( passe encore ), et sans leur demander leur avis et leur accord De quel droit ? On serait
d’ailleurs surpris:
« Je te tutoie, mais tu me vouvoies. ( classique des classiques ). Non mais ! Chacun sa place, l’enseignant, l’enseigné, le protecteur, le protégé, le dominant, le dominé. » Ok. De toute manière je n’ai pas le choix. Soumission au plus fort et non obéissance. On attendra que cela se passe pour faire pareil après. ( J’ai entendu lors d’un conseil de discipline dans un collège des enseignants reprocher à un enfant, en le tutoyant, bien sûr, de s’autoriser à les tutoyer quand il était en conflit avec eux... Faut quand même oser! )
« Je te tutoie et je t’autorise à me tutoyer » Oui... Bon... D’accord... Faut voir... Mais uniquement parce que c’est vous et que vous êtes gentil . Je me soumets là aussi, je subis le credo de l’ordre affectif. Une forme de « pédophilie institutionnelle...». Mais je suis tranquille, je sais que vous sublimez, enfin j’espère. Et puis, je peux toujours dire non. Pas facile devant une telle magnanimité. Cela vous fera de la peine naturellement. Au fait, j’aurai préféré « je vous autorise à …» Je me serais moins senti coincé. Passons.
« Je vous vouvoie et... vous me tutoyez !! Vous ne manquez pas de toupet, je ne suis pas votre copain, restez à votre place ( tiens là aussi ). On n’a pas élevé les chèvres ensemble... ». C’est donc plutôt rare.
Certains milieux professionnels, ( les mêmes souvent que ceux cités précédemment ) sont particulièrement friands de ce tutoiement non choisi, de cette fausse réciprocité et « s’entretutoyent » en quelque sorte, joyeusement. Histoire de faire comme si, de gommer les différences, donc ce droit à..., de mettre tout le monde au même niveau, dans le même sac ( l’esprit de corps ), de laisser croire que tout le monde « il est beau , il est gentil ». Difficile de refuser. Le non à l’amabilité du tu, expose à l’isolement ou a être catalogué d’irascible misanthrope. On doit s’aimer là aussi, à priori et en préambule de toute relation institutionnelle ( une forme de viol collectif des consciences). Ce tu neutralise comme le venin toute velléité de résistance. Ainsi s’instaure, malicieusement, un impérialisme
affectif douanier, réducteur des libertés d’expression, laissant aux plus forts, séducteurs, et manipulateurs de tout poil, le loisir d’imposer leurs lois aux plus faibles, avec parfois une violence que seul le tu permet. J’ai même entendu une fois « Je t’interdis de me vouvoyer », mais c’était un lapsus, bien sûr.
Enfin:« Je vous vouvoie et vous me vouvoyez »
On aurait pu le dire plutôt. C’était tellement plus simple. L’équilibre est rétabli. Remarquer que lorsqu’on se vouvoie d’abord et qu’on choisit ensemble de se tutoyer, c’est nettement plus rigolo. Encore plus quand on change de « corps d’origine » Les enfants avec les grandes personnes et tous les autres qui tentaient de se protéger derrière un état ou une fonction pour sauver la face. Se la voiler en fait. Cela bouscule toutes les logiques et certitudes. Quelle pagaille, quelle confusion, quelle honte. C’est de nouveau la révolution. Pourtant il me semble bien qu’il s’agisse là d’une prise en compte, ( respect de l’autre ) reposant sur une alliance, au lieu et place d’une prise en charge ( pouvoir sur l’autre ) bienveillante et contraignante, en raison de sa contrepartie de dépendance.
« Mais la protection cela se paye, mon petit monsieur ». Je me suis encore trompé, je pensais que c’était un droit. Silence !...
L’amitié se fonde parfois, sur la considération mutuelle qui se construit et s’établit lors d’une activité, d’un travail ou d’une affaire réalisée en commun. Elle n’est par contre, jamais garante du contraire. L’émotion, induite à priori, submerge le plus souvent la reconnaissance du droit et des droits de l’autre. Les affectes antérieurs prennent immanquablement le dessus.
Si cette reconnaissance, reconnaissons-le, émerge doucettement, qu’en est-il, par contre, aujourd’hui de l’éducation aux droits, ces fameux droits tout simples. Ces droits qu'ils ne suffit pas simplement d'instituer par le rappel des devoirs, mais qui doivent se construire et se vivre réciproquement. Mais il reste encore un long chemin à parcourir entre « les sujets du roi » et les « sujets de droit » Les droits des enfants ne sont pas dangereux. Ils sont. Un point c’est tout. Respectons les. C’est à nous de commencer, les enfants nous le rendront bien. Citoyenneté quand tu nous tiens..« Allons enfants.......
....Tout cela c’était pour rire.
Bernard Bobillot
APCEJ
20 mai 1998 In JDJ n° 187 septembre 1999 bobillot@ifrance.com
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