Les jeunes employés

Bernard Bobillot
APCEJ in Mouv’Ance, n°106 juillet 2002


Le temps a passé depuis la loi Aubry de 1997 sur les « emplois-jeunes » et bien des épreuves avec lui. Les professionnels qui ont accueillis ces jeunes gens ont eu du mal à définir le statut et la place de ces nouveaux professionnels, ni stagiaires, ni boursiers, mais qui devaient malgré tout sur leur temps de travail disposer d’un crédit temps et financier de formation. Comment s’y prendre et que leur appliquer ? Un traitement social, au prétexte qu’il s’agit somme toute de limiter le chômage des jeunes ou un traitement de droit en valorisant la dignité de personnes effectuant une fonction nécessaire au développement de l’activité ? Nombre de ces jeunes employés ont fait les frais d’un manque de positionnement clair, faute de repères, d’imagination ou de courage. Le choix et le préambule d’accueil étaient pourtant simples. Avec un peu de bonne volonté, le piège de l’humanitaire pouvait être facilement écarté à partir de deux affirmations de bon sens : D’une part la mission des jeunes employés est de faire ce que les autres professionnels ne savent pas faire, et non ce qu’ils ne peuvent pas faire. D’autre part, si un employeur embauche, à l’évidence c’est qu’il a besoin des personnes qu’il embauche. Ils s’inscrivent dans une logique de complémentarité, et trouvent ainsi, dans le cadre du droit du travail, leur place de droit. La considération de sous emplois ou de sous employés est un détournement de la loi. Il est vrai que la complexité réside dans le paradoxe du dispositif. Ce dernier a pour vocation de s’articuler autours de l’émergence de métiers en devenir et de la formation personnelle qu’ils nécessitent. L’objectif majeur est la structuration d’une identité professionnelle, mais la préoccupation prioritaire reste néanmoins, la préparation de la sortie du statut « emploi-jeune ». A cette fin des stratégies nouvelles d’accompagnement, fondées sur l’ajustement des qualifications à partir de besoins nouveaux donc de métiers nouveaux, avec le nouveau professionnel lui-même, sont à inventer. Pour se faire un partenariat constant et transversal entre l’institution, l’organisme de formation s’impose sous la supervision d’un tuteur, acteur prévu par la loi, mais souvent oublié, au profit d’une relation plus traditionnelle, sur le mode stagiaire, donc de dépendance entre les professionnels et les jeunes employés. La mission du tuteur, hors des pratiques classiques, consiste à se porter garant des procédures mises en œuvre pour construire l’emploi et la formation des jeunes employés. Le tuteur, tiers médiateur, autorité sans pouvoir, auteur de facilitation professionnelle est la clé de voûte de l’édifice, l’outil incontournable du repérage, de la validation du rôle et de la place de chacun. C’est à ces conditions et ces conditions seulement que l’on peut parler de traitement de droit des jeunes employés.