LA TERRE D'ACCUEIL

" Papa attends-nous"
"les parents n’ont aucun droit, ils n’ont que des devoirs." Françoise Dolto

B. Bobillot

juin 2002


Il était une fois un petit garçon prénommé Vincent, qui se promenait avec ses parents dans une belle forêt de pins pourvue de grandes allées sablonneuses. D’un naturel sage et docile, Vincent comme beaucoup d’enfants uniques, épousait avec adresse les attitudes, les expressions des grandes personnes l’entourant. Il ravissait ses parents, en leur laissant à penser qu’une éducation, fondée sur le « fais ce que je dis et fais ce que je fais », était une réussite sans ombre. Or le grain de sable arriva. Marchant derrière eux, Vincent, par distraction ou manque d’enjambée, prit du retard et se sentant esseulé s’écria : « Papa, attends-nous ». Effarement du père : « Nous! Qui nous? ». Les bras lui en tombent. Ses jambes fléchissent, ralentissant du même coup son allure, anéantissant ses convictions et sidérant son esprit cartésien. « On dit papa attends-moi ! Et ce n’est pas faute de lui avoir répété. Aurais-je été à ce point incapable de transmettre un message aussi simple ? Où a-t-il pu aller chercher une telle invraisemblance ? Serait-il, contre toute apparence devenu idiot ? Impossible. Vincent est un enfant normal, intelligent et doué de discernement. La psychologie explicative et salvatrice de l’action éducatrice manquée, ne me sera pas d’un grand secours à son âge, car elle se heurtera à l’absence d’adhésion du sujet et j’entends déjà :Quand même, mon petit monsieur, à deux ans, vous plaisantez ! Vincent vous a désobéi, c’est tout. Bon. Vincent, on ne dit pas papa attends-nous, on dit papa attends-moi, sinon tu as une fessée ! ». Que trouver d’autre ? Vers qui, vers quoi se tourner ? En quelques secondes l’approche des réponses aux problèmes d’éducation par les voies traditionnelles: Pédagogie, Psychologie, Punition, a atteint ses limites. Car même si la sanction calme provisoirement le trouble à l’ordre familial, elle n’évacue pas pour autant la question du pourquoi, du comment et laissera un goût amer, un goût de raté. Poursuivant son petit bonhomme de chemin et sa petite idée, Vincent insouciant de la tempête déclenchée, se mit à courir. Dans sa lancée il rattrape et dépasse ses parents. Craignant qu’il ne s’éloigne trop, ils lui lancent : « Vincent, attends…….Nous ! ! ! » A peine le temps de finir la phrase. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Vincent ne faisait que répéter. Il avait juste changé le destinataire ( S’il n’avait eu qu’un seul parent, ce dernier n’y aurait vu que du feu ! ). Il n’était ni simple d’esprit, ni en infraction avec le code familial de l’éducation. Il ouvrait une autre voie, sans pour autant réduire à néant les autres: Celle du bon sens ou plutôt du bon droit. D’accord ou pas, cela aura au moins le mérite d’ouvrir la discussion. Et une fois admise la pensée par procuration, le droit de penser par soi-même pourra s’exercer, sous la protection enfin éclairée de ses parents. L’affirmation de l’égalité des droits s’appuie sur la reconnaissance implicite des différences de fait. Elle en garantit au demeurant le respect. Le plus grand, le plus petit sont égaux en droits. Le contraire d’égal, c’est : différent. Certes, deux est supérieur à un, puisque un plus un égale deux. Mais un et un, c’est tout autre chose …………

Bernard Bobillot
APCEJ In Mouv’Ance n° 105 Juin 2002
bobillot@ifrance.com


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