DE LA BELLE NOTION D’AUTORITE
Autorité Responsabilité…. Contrainte
Extrait de l’enquête sur la délinquance auto-déclarée des jeunes (recherche pour : la Fondation MAIF, le Ministère de l’Intérieur, le Ministère de la Justice,, le Centre de Prospective de la Gendarmerie Nationale et le SEMITAG de Grenoble)
« : l’absence de contrôle parental tend à renforcer la probabilité de commettre des actes de délinquance …;
Les effectifs de l’enquête s’avèrent suffisants pour examiner les effets croisés de : l’origine sociale, l’état de l’environnement, le contrôle parental.
Cette analyse confirme que le contrôle des parents est bel et bien une variable structurante : c’est elle qui fait varier le plus fortement le taux de délinquance. Puis c’est l’environnement, enfin l’origine sociale apparaît comme un facteur nettement plus faible.
Donc, même dans les conditions les plus difficiles qui soient, à savoir dans un environnement très dégradé et avec une mauvaise situation scolaire, le contrôle parental limite considérablement la délinquance. »
Ce constat vient corroborer ceux d’autres rapports qui concernent la violence et la délinquance.
S’il n’est pas question de faire des Parents des boucs émissaires, il paraît nécessaire d’essayer de comprendre comment l’autorité, censée résoudre des problèmes de désordres tant familiaux que sociaux, existe ou n’existe pas à l’aube du 3 ème millénaire.
La capacité des parents à incarner et à figurer l’autorité est mise en cause car leur autorité ne s’identifie pas au pouvoir de contraindre leurs enfants.
Pour H ARENDT « Les parents seraient fondés à se prévaloir d'une forme de légitimité consécutive à l'acte procréateur et à sa reconnaissance sociale »
Mais légitimité n’est pas synonyme d’autorité, et il faut revenir au concept de responsabilité parentale dont l’autorité est le corollaire.
L’état ne peut se désintéresser de ce problème et pour ce faire, il vaut mieux considérer les parents comme des alliés, s’il faut mettre en place une politique de soutien.
A partir de la révolution française, le lien ontologique qui reliait la Puissance Paternelle au Pouvoir Politique a été rompu, c’est dans les décennies suivantes que s’est forgée la conviction de la nécessité d’interventions publiques dans la sphère privée, d’abord pour sanctionner, puis pour contrôler, enfin pour assister l’autorité parentale. Tout au long du Xxème siècle des bouleversements sociologiques comme l’émancipation de la femme, l’émergence des droits de l’enfant, ont en même temps amoindri le concept d’autorité.
L’autorité n’est ni un rapport de force, ni l’aboutissement d’un effort de persuasion ; elle procède de la reconnaissance de quelqu’un comme fondé à s’exprimer à partir d’une certaine place. Cette notion de fondation proche de celle de légitimité, nous conduit en matière d’autorité parentale, à mesurer l’importance de la désignation sociale en qualité de parent.
La responsabilité parentale a pu être définie d’un point de vue sociologique comme
le résultat d’une construction sociale dans laquelle interviennent, outre les individus concernés, à la fois l’état et le Droit, mais aussi les savoirs, notamment ceux des sciences humaines et des groupes de pression et de pensée.
Elle renvoie aux tâches et obligations que la législation et la réglementation imposent aux parents.
En ce sens le parent est responsable dans la mesure où il accepte l autorité qui lui délègue cette responsabilité (HENRIOT)
La responsabilité est aussi « une forme d’obligation réfléchie par laquelle le sujet s’impose de faire ce qu’il croit devoir faire pour être tel qu’il croit devoir être », ce qui suppose un certain sentiment de ce que recouvre l’enfance.
Dès lors il ne peut y avoir de responsabilité purement objective s’appliquant du dehors ni de responsabilité entièrement subjective, seul fait de la volonté individuelle.
Le droit n’est en la matière d’aucun secours car le code civil s’intéresse aux droits et aux devoirs des individus non à la croissance de cette cellule vivante que constitue la famille.
Donc la conscience chez les parents de leur responsabilité résulte d’un processus de prise de conscience personnelle. Ce dernier s’origine dans la façon dont chacun des pères et mères a intégré l’éducation donnée par ses propres parents : en s’y identifiant, en prenant le contre pied ou en cherchant à l’améliorer. La question qui se pose est en fait : quel héritage éducationnel, émotionnel, inconscient transmettront-ils à leurs enfants ?
CASTELLAN, distingue dans le phénomène de la transmission inter- générationnelle d’éducation, 2 transmissions: l’une involontaire de comportements et d’émotions élaborés inconsciemment et qui ne correspondent à aucune visée. Cependant, les phénomènes de réactivation de contenus psychiques issus des générations précédentes peuvent provoquer la duplication inconsciente de la structure mentale des parents en intégrant entre autres les zones d’ombre, les choses qu’ils cachent. Cela peut être source de transgressions pénales et de nombreux thérapeutes intègrent la psychogénéalogie dans la conduite de leurs cures.
L’autre : la transmission volontaire étant la source de ce qu’on pourrait appeler « l’esprit de famille », c’est une manière d’appréhender la vie ; elle contribue à asseoir une personnalité et joue en général un rôle positif.
L’héritage constitue donc la base incontournable à partir de laquelle les parents imaginent l’éducation à donner ou à ne pas donner à leurs enfants.
La pluralisation des configurations familiales due à la multiplication des familles recomposées ou simplement décomposées, fait que le sentiment de responsabilité familiale subit des infléchissements de plus en plus fréquents
Pourquoi cette responsabilité est-elle si importante ? Parce que c’est un des éléments majeurs qui structure l’éducation donnée aux enfants.
Pour DURKHEIM, l’Education est une forme de socialisation méthodique, pour d’autres auteurs, c’est un modèle de socialisation fondé sur une relation asymétrique dont l’adulte est le point de référence et un modèle plus égalitaire ou domine la relation de réciprocité ; on se rend compte que :
-le premier modèle est en usage dans les sociétés unifiées, centralisées et hiérarchisées respectant un système de valeurs et de comportements cohérent et stable ;
-le second, est plus répandu dans les sociétés démocratiques, fragmentées, individualistes qui se sont édifiées au XIX ème et au Xxème siècle.
(Une remarque hors-sujet en découle : dans notre société pluriethnique où cohabitent des individus de provenances diverses et donc diversement socialisés, les deux modèles s’opposent, le passage de l’un à l’autre ne va pas sans difficulté d’autant qu’ils peuvent s’appliquer à un même individu à des moments ou des lieux différents au risque d’un clivage de personnalité.)
Aux premières années de la vie correspond la socialisation primaire au cours de laquelle l’enfant est en totale dépendance de ses parents qui doivent lui faire acquérir les interdits fondateurs du meurtre et de l’inceste, la socialisation secondaire est celle où la scolarisation et l’influence grandissante du groupe des pairs introduisent l’ouverture à l’altérité et aux intérêts sociaux.
-Durant la socialisation primaire : l’inachèvement et la dépendance caractéristique du petit d’humain, implique la dimension oblative de l’attitude des adultes devant leurs propres enfants. MAUSS, a mis en lumière le caractère ambigu du don qui peut devenir nocif, s’il fonctionne à sens unique car il peut compromettre la future émancipation de l’enfant. Chaque frustration est vécue par l’enfant comme une menace existentielle, et la violence est une réaction naturelle dès le stade oral ; mais il lui faut rencontrer l’opposition indispensable pour comprendre que la toute puissance du désir est obligatoirement limitée par la volonté de l’autre. L’éducation ne peut se dérouler sans un minimum de conflits.
A l’heure actuelle, beaucoup de parents ne veulent plus prendre le risque de ne pas être aimés par celui qu’ils ont désiré. De ce fait l’identification au père ferait place à une contre identification à la mère, amenant des phénomènes de violence destructrice à des âges où autrefois on ne les attendait pas.
Cette considération amène à réfléchir sur un sujet tabou : celui de la contrainte. Une éthique de la contrainte a-t-elle un sens ? Existe-t-il une manière démocratique, pédagogique de la contrainte ?
La dimension contraignante de l’éducation parentale, est nécessaire ne serait-ce que pour protéger l’enfant des conséquences de sa propre violence.
On ne peut renoncer sans dommage à tout affrontement, mais en l’absence de tout contrôle extérieur, l’éducation parentale doit se soumettre à des précautions élémentaires (article d’A GARAPON)
-Situer la contrainte entre la logique de la réaction spontanée et la logique longue de la préoccupation pédagogique,
-cantonner au maximum la force dans le registre symbolique de la démonstration pour éviter sa mise en œuvre,
-rester systématiquement en dessous des provocations,
-cultiver une éthique de la patience,
-ne décider que ce que l’on sera capable de tenir et pratiquer une logique d’apaisement progressif en usant la colère de l’enfant non par peur de l’affrontement mais pour éviter l’escalade.
Il importe de respecter à tout prix la dignité de l’interlocuteur.
La 1ère socialisation doit faire une place au concept « d’autorisation » : il s’agit de laisser émerger l’initiative de l’enfant dans des situations qui ne relèvent pas du désordre mais de la réorganisation ; les parents utilisent leur pouvoir non pour contraindre mais pour laisser faire. L’autorisation a à voir avec l’expérimentation, elle est un pas vers l’autonomisation.
Les supports principaux de l’autorité des parents sont tout d’abord :
-la parole, vecteur fondamental de l’échange humain, elle est utilisée pour autoriser, encourager, prononcer un interdit, émettre conseils et réserves.
-l’exemple, en ce qu’il suscite l’imitation constitue lui aussi un instrument privilégié de l’autorité.
Une cohérence parfaite doit être maintenue dans la durée, elle répond ainsi à la demande récurrente des jeunes de référents adultes permanents, sûrs et crédibles.
Si l’on réfléchit à ces 3 notions : autorité, responsabilité, contrainte, on se rend compte que leur analyse peut tout à fait convenir à toute personne s’occupant de l’éducation de jeunes et d’enfants.
La responsabilité, certes ne s’origine pas de la même manière pour un éducateur que pour un parent, mais n’est-ce pas un atout dans le sens où l’héritage évoqué ci-dessus, porteur de beaucoup d’aléas n’a pas à être transmis. S’en tenir pour lui à « l’obligation ou la nécessité morale, intellectuelle de remplir un devoir, une charge, un engagement d’accepter que certains actes puissent entraîner des conséquences et d’en accepter le poids, (définition de la responsabilité, dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, LE ROBERT), au nom des organes du pouvoir (définition de l’autorité dans la même référence d’ouvrage), par le lien de ses représentants, Ministères de l’Education, de la Famille et des Affaires Sociales, de la Justice,
de la Police…est largement suffisant pour légitimer son action en toute connaissance de cause.
Je conclurai, en reprenant le mot de Monsieur Lang, il ne s’agit pas de rétablir la notion de BELLE autorité, mais bien celle de NECESSAIRE autorité, en sachant que tous les acteurs de la vie sociale doivent assumer leurs responsabilités pour légitimer son exercice. .
Michelle Granier
25 octobre 01
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